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Trous de mémoires

Entre mémoire intime et histoire collective, La Dernière – ma colère est née au fond d’un trou, créée au Théâtre Joliette du 4 au 6 mars, explore les traces fragmentées d’un passif colonial français

Écrite par Métie Navajo, autrice compagnonne du Théâtre Joliette, et mise en scène par Kheireddine Lardjam, La Dernière – ma colère est née au fond d’un trou s’ouvre sur un espace scindé en deux. L’avant-scène et l’arrière scène sont entièrement séparées par un grillage de deux mètres de haut surmonté de barbelés. Un énorme tronc d’arbre coupé à ras, fossilisé, aux grosses racines repliées (certaines se déplieront), occupe le centre de l’avant-scène, espace surveillé par un gardien du temps et de la mémoire (Azedine Benamara). Un titre ronflant et un personnage à la raideur sentencieuse, rapidement désamorcés par quelques inserts humoristiques. Deux espaces séparés mais poreux, entre passé, présent, rêve et imaginaire, souvenirs d’enfance, camp de harkis, école et cérémonie officielle.

Saint-Laurent des Arabes

Pendant que Jeanne, la mère (Vanessa Bettane), sorte de mère-courage, prépare son discours pour une cérémonie au cours de laquelle elle va recevoir une médaille pour son engagement de professeure de judo dans les « quartiers difficiles », Lilia (Camille Bernon), la plus jeune de ses trois filles, au tempérament de ninja, vient de se faire exclure de sa classe de CM2. Elle a frappé un garçon, Abdelkader, qui lui a adressé une insulte, qui l’a mise en colère mais qu’elle ne comprend pas : « harki ».

Jeanne décide de zapper la cérémonie et les honneurs officiels pour emmener ses filles, qui se chamaillent, sur les lieux de cette mémoire. Elle y allait en vacances pour retrouver des membres de sa famille : le camp de Saint-Laurent-des-Arbres, dans les Cévennes, rebaptisé par certains « Saint-Laurent des Arabes ».

Médaille et doudous

À travers une écriture vive, poétique et documentée, un jeu des comédiennes et une mise en scène au diapason, on glisse, entre espaces réels et espaces rêvés, d’une époque à une autre, et d’une mémoire familiale fragmentée à une histoire collective planquée sous le tapis. Le grand-père, l’Algérie, la guerre, l’arrivée en France, les camps de harkis enfermés pendant les années yéyé et Johnny, l’idole des jeunes. Honte, colère, désir de reconnaissance. Une médaille de guerre, qui traverse les frontières et le temps, et une valise pleine de peluches, permettent d’incarner les fantômes du passé. Ils seront et resteront accrochés au grillage, entre les deux espaces.

MARC VOIRY

La Dernière – ma colère est née au fond d’un trou a été créée du 4 au 6 mars au Théâtre Joliette, Marseille.

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