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Quand l’art est en situation irrégulière 

Les dysfonctionnements des services de l’immigration impactent la vie des artistes étrangers, comme celles de toutes les personnes immigrées. Des structures culturelles, les syndicats et associations d’accès au droit tirent la sonnette d’alarme

Fulu Miziki est un groupe largement identifié de la diaspora africaine. Créé par six amis d’enfance à Kinshasa, il s’est fait connaître pour sa musique inclassable jouée sur des instruments fabriqués à partir de matériaux de récupération, avec un message explicitement écologique. Repérés en 2019 par la maison de production marseillaise Bi:Pole, ils arrivent en France deux ans plus tard avec un passeport « Talent ». Ces titres, introduits en 2016, sont destinés « aux étrangers qui apportent une contribution au développement et au rayonnement de la France » dans différents domaines, notamment artistique ou littéraire. Ils permettent d’entrer et de séjourner légalement sur le territoire français, mais n’équivalent pas à un titre de séjour de longue durée. Les Fulu Miziki, doivent donc, chaque année, demander le renouvellement de leur titre de séjour, et affronter les dysfonctionnements administratifs des services de l’immigration. 

Un système dysfonctionnel 

Les artistes, comme toute personne souhaitant obtenir ou renouveler un titre de séjour, font face à des temps d’instruction de plus en plus longs, dépassant bien souvent les délais prévus et donc la validité de leurs attestations de prolongation d’instruction (API). Ces attestations, qui garantissent l’accès aux droits et l’autorisation de travailler dans un cadre légal, doivent en principe être délivrées et renouvelées automatiquement. 

Mais ce n’est souvent pas le cas, comme le dénonce une tribune intitulée « Ne suspendons pas la vie des artistes étrangers ! » publiée sur Mediapart le 5 mars et co-signée, entres autres, par Bi:Pôle et Friche La Belle de Mai. On peut y lire que la « diversité, souhaitée par nos publics et encouragée par la diplomatie culturelle, est pourtant de plus en plus difficile à faire vivre ». Ce 10 mars, c’est au tour du Syndicat Français des Artistes Interprètes et la CGT Spectacle d’interpeller l’administration dans un communiqué commun. Ils demandent notamment l’arrêt des radiations de France Travail et le renouvellement automatique des API.  

L’absence de titre de séjour entraîne automatiquement une radiation de France Travail, et donc du régime de l’intermittence. Les artistes ne peuvent alors plus cumuler les heures de travail leur permettant d’accéder à leurs droits, et il n’est pas possible de récupérer rétroactivement ces heures une fois la situation régularisée. Par exemple, l’un des membres du collectif a reçu fin février la fameuse API qui lui manquait depuis janvier, ce qui lui permet de réintégrer le régime de l’intermittence, mais pas de déclarer les heures travaillées durant ces deux mois.  

Pas possible non plus d’obtenir des visas pour voyager à l’étranger. Leur tournée à venir est donc compromise. Pour Sekembele, membre de Fulu Miziki, « la France est l’un des meilleurs pays pour les artistes » grâce au régime de l’intermittence, « mais le problème c’est l’administration ». « Quand on a plus les papiers, on perd nos droits automatiquement, mais quand tout est régularisé ça ne se remet pas en place automatiquement. » renchérit  Tché Tché, autre membre du groupe. 

Les associations alertent

Ces dysfonctionnements administratifs touchent toutes les personnes immigrées. Dans une lettre ouverte au préfet des Bouches-du-Rhône, La Cimade Marseille dénonce des « situations kafkaïennes […] du fait des dysfonctionnements de l’administration. » Les personnes sont « privées de documents attestant de la régularité de (leur) situation », ce qui entraîne une incapacité à travailler légalement et à percevoir les droits sociaux, tels que l’assurance maladie.

Aussi, les démarches administratives représentent une somme non-négligeable, car l’obtention ou le renouvellement d’un titre de séjour nécessite l’achat d’un timbre fiscal spécifique, et le prix de la carte en elle-même. Ce coût varie selon le type de titre de séjour, et une taxe peut s’y ajouter dans le cas d’une présence irrégulière sur le territoire (visa de régularisation). La loi de finance 2026 prévoit une augmentation de 50% de ces taxes et du droit de timbre. À compter du 1er mai, le prix d’un premier titre de séjour s’élèvera ainsi à 350 euros… dans le meilleur des cas. 

CHLOÉ MACAIRE 

On n’arrête pas la musique 
Ce 13 mars, un concert de soutien à Fulu Miziki est organisé au Petit Cab (Friche La Belle de mai), en début de soirée. L’occasion pour le groupe de lever des fonds et d’alerter sur leur situation, mais aussi de présenter de nouveaux morceaux sur lesquels ils travaillent depuis la fin de leur tournée en décembre dernier.
Ces nouveaux titres, qui devraient figurer sur un prochain album, sont justement inspirés par les différents groupes et sonorités qu’ils ont pu entendre dans les festivals internationaux auxquels ils ont participé. Ils ont donc innové, en fabriquant par exemple de nouveaux instruments, toujours avec la même démarche écologique qui a fait leur réputation. Car ils sont formels : leur message doit vivre malgré les difficultés qu’ils rencontrent actuellement. C.M.

13 mars
Friche La Belle de mai, Marseille

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