Exigeant, contraignant, le répertoire classique attend de ses interprètes un dévouement rare. Porté par la jeunesse et la grâce du Ballet Junior de l’Opéra de Paris, il prend une ampleur inédite. Belle idée, donc, que d’avoir créé en 2024 cette troupe de danseurs et danseuses âgés de 18 à 23 ans, et faisant leurs premières armes sur des œuvres du répertoire. C’est donc sur le bien-nommé Allegro Brillante de Balanchine que s’ouvrent les hostilités. La silhouette et la gestique de Natalie Vikner et Davide Alphandery s’imposent avec finesse et élégance, un sourire radieux toujours aux lèvres. La coordination des danseurs et danseuses impressionne, de même que le sens de l’entente et du détail, sur une pièce certes datée, mais requérant une technique sans faille.
La Cantate 51 de Maurice Béjart sollicite un effectif plus réduit mais une plus grande expressivité. La grammaire classique est toujours là, tout particulièrement chez les six danseurs et danseuses encadrant une scène marquée par l’art de l’icône et le sens des proportions – le travail tout en symétrie de Nuria Fernandes et Ève Belguet est à ce titre impressionnant. Mais les corps de l’Ange (Isaac Petit)et de la Vierge (Angélique Brosse) redessinent les contours d’un art en pleine mutation : lignes éthérées, tension entre mouvement et fixité. Et surtout l’intimité et la complicité inédites entre deux interprètes redéfinissant le pas de deux, dans un mouvement lent particulièrement poignant.
Rebattre les cartes
Central dans le Requiem for a rose d’Annabelle López Ochoa, le corps tout de chair vêtu de Shani Obadia rappelle celui de la Vierge, sur une tonalité certes plus funèbre mais également plus organique. La danse emprunte ici à un langage plus contemporain – surtout sur la partie solistes –, ses jeux de bras et de mains évoquant, entre autres, le baile. Enfin, la grande pièce de José Martinez Mi Favorita, invite tout le ballet à briller sur ses pas les plus techniques, tout en maniant l’ironie, le goût de l’outrance et du (faux) raté pour revisiter ses pièces les plus classiques : Petipa, Noureev et tous les autres … Belle incursion de l’humour dans un genre qui s’en est rarement soucié. Et jolie conclusion à un panorama enthousiasmant et rassembleur.
SUZANNE CANESSA
Le spectacle a été dansé du 8 au 10 mars au Grand Théâtre de Provence (Aix-en-Provence), en co-réalisation avec le Ballet Preljocaj dans le cadre des Rencontres des Ballets Junior Européens.
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