Les lesbiennes de la région s’étaient donné rendez-vous derrière les bikeuses, place Castellane, pour une marche des visibilités profondément féministe, joyeuse et très intergénérationnelle. Mais retrouver au Boum la communauté queer dans sa variété, ses cheveux de toutes les couleurs, ses tatouages, ses fluidités, ses rires, ses jeux de mots et ses cocktails au goût de bonbons d’enfance, faisait visiblement du bien à toutes celles qui avaient défilé le matin.
Soirée stand-up, la salle, petite, est comble mais au Boum on ne se bouscule pas. Les premier·e·s arrivé·e·s s’assoient au dernier rang, on attend que tous·tes celleux qui ont réservé arrivent, et que chacun·e prenne un verre. À 4 euros le cocktail, 5 euros la pinte. Le prix d’entrée est très abordable, et variable, en fonction des revenus et des moyens de chacun·e, sans justification demandée. L’ambiance est safe pour toustes, y compris pour celleux, nombreux·ses dans la communauté LGTBQIA+, qui sont en situation de précarité économique.
Théo Challande, co-directeur du lieu, chauffe ce soir-là la salle, et rappelle les règles de bienveillance mutuelle. Avant l’arrivée de Maëlle Chabrillat, qui lance ses premières salves.
Rire avec tous·tes
Le spectacle d’humour peut-il être bienveillant ? Peut-on rire sans se moquer des autres ? L’humour de Maëlle Chabrillat, noire en France, blanche au Sénégal, dénonce évidemment les préjugés racistes qu’elle subit au quotidien. Mais c’est son autodérision, sa propre intériorisation du racisme, ses relations à sa mère qui sont le plus drôle.
À son punch d’enfer succède l’angoisse d’Emna Kallal, qui joue incroyablement de son malaise, de sa souffrance psychique, de sa solitude, de ses ratiocinations. Qui en rit, et en fait rire, parce que le public queer y reconnait ses incapacités à vivre dans une société anxiogène qui les rejette. Et y reconnaît aussi cette vertu réparatrice, thérapeutique, du rire, quand il est vécu ensemble.
Cécile Marx, humoriste au sketch bien rodé, joué dans plusieurs festivals, conclut la soirée. Très drôle quand elle parle des joints qu’elle roulait enfant pour son père, et assez incroyable dans ses impros avec son dictionnaire, où elle répond aux questions du public. Pas tout à fait safe jusqu’au bout, quand elle insiste lourdement sur la voix grave et sensuelle d’un spectateur venu chercher l’amour. « Je te gène excuse-moi je fais de l’humour… », explique-t-elle. Excuses entendues, et acceptées : au Boum l’humour est resté safe.
AGNÈS FRESCHEL
La soirée Comedy club s’est déroulée le 26 avril au Boum, bar associatif du cours Julien à Marseille.
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