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Scènes et cinés sur le fil métropolitain

Les difficultés s’accumulent pour le réseau culturel des six communes à l’ouest de l’Étang de Berre

« Notre avenir est assombri par les problématiques budgétaires plus que significatives de la Métropole ». C’est par ces mots que Daniel Gagnon a commencé la conférence de presse de Scènes et cinés le 22 juin. Le maire de Cornillon-Confoux, membre du bureau de la Métropole Aix-Marseille-Provence et Président de Scènes et Cinés, rappelle que la régie culturelle « dépend à 80%, tout budget confondu, des contributions financières de la métropole ». En effet les villes du SAN (Syndicat d’agglomération nouvelle Ouest Provence), créé en 1972, ont délégué leurs compétences culturelles au Territoire Ouest Provence en 2006, puis à la Métropole quand les territoires ont disparu en 2015, fondus dans les presque 2 millions d’habitants d’Aix-Marseille-Provence. Une métropole désormais présidée par Nicolas Isnard, maire de Salon-de Provence qui, étant donné les difficultés budgétaires dont il héritait, l’a placée sous tutelle de l’État. Sans pour cela obtenir le rattrapage budgétaire qu’il espérait pour maintenir la collectivité à flot.

Constatant « les restrictions budgétaires particulièrement rudes souhaitées par le préfet », Daniel Gagnon rappelle que « les lignes budgétaires visées par la Chambre régionale des comptes et ensuite par le Préfet ont un impact immédiat sur les financements des structures culturelles du territoire ».

« C’est tout un écosystème culturel et artistique qui va être fragilisé avec ces demandes d’économies drastiques imposées par l’État ». Et autour de l’étang, entre ciel, fleuve et mer, parc naturel et industrie pétrolière, on sait combien les équilibres des écosystèmes sont fragiles.

Toute une histoire

Istres, Port-Saint-Louis-du-Rhône, Fos-sur-Mer, Miramas, Grans et Cornillon-Confoux. Depuis plus de 50 ans ces communes de taille variable se sont alliées pour le meilleur et pour le pire, menant ensemble un projet culturel cohérent et ambitieux depuis 20 ans, à destination des habitant·es. Chaque ville est équipée d’un théâtre et d’un cinéma, ou d’une salle accueillant les deux, et l’ensemble est labellisé par l’État à deux titres : scène conventionnée, cinéma art et essai. À ces équipements s’ajoutent L’Usine, scène de musiques actuelles à Istres, un réseau de 7 médiathèques, des conservatoires et écoles de musique …

Ces équipements sont plébiscités par les 100 000 habitant·es des 6 communes : 20% sont inscrit·es aux médiathèques, les abonné·es sont fidèles, les salles pleines. La programmation est artistiquement ambitieuse, l’éducation artistique ancienne et massive, et les tarifs très bas.

Changements politiques

Mais les dernières élections municipales viennent remettre en cause les équilibres. Le maire de Fos-sur-Mer, contrairement à d’autres maires RN de la région est, d’après Daniel Gagnon, « satisfait que Fos appartienne à Scènes et Cinés ». Il fait désormais partie du Conseil d’Administration de la régie culturelle avec son adjoint à la culture, au même titre que les 5 autres maires et adjoints.

En revanche, le changement politique à Istres a immédiatement bouleversé la donne. François Bernardini régnait depuis 2001 sur la sous-préfecture. Il attend désormais le résultat de son procès (délibéré le 7 octobre) pour détournement de fonds publics, favoritisme et prise illégale d’intérêts. Le Parquet a requis 2 ans ferme, son avocat Michel Pezet a plaidé la relaxe. La Ville d’Istres s’est portée partie civile contre son ancien édile. Continuera-t-elle sa politique culturelle ?

Istres, capitale culturelle de l’Ouest

La ville de 470 00 habitants concentre la plus grande part des équipements  culturels : un cinéma art et essai, la formation professionnelle Coline, un musée d’art contemporain, Polaris, la salle de musique actuelle L’Usine, la médiathèque René Char récemment ouverte qui s’ajoute à celle du quartier d’Entressen, le Festival les Élancées, essentiel dans le circuit des « arts du geste », et le Théâtre de l’Olivier.

Construit dans les années 1970 ce théâtre, vétuste, inadapté, contenait de l’amiante. Quand la Ville d’Istres s’est attelée à sa rénovation, l’État a conseillé de le détruire, pour construire un équipement neuf. Les travaux, au départ estimés à 17 millions, s’élèvent désormais à plus de 43 millions, et ont pris du retard, en raison, entre autres, de la défaillance d’une des entreprises, en charge de la plomberie.

Un coût que le nouveau maire, Robin Prétot, estime démesuré, tout comme Nicolas Isnard, nouveau président de la métropole. Mais les budgets et les travaux sont engagés, et Thierry Pariente, le nouveau directeur de Scènes et Cinés, assure que « le nouveau théâtre ouvrira, ce n’est pas une option, mais une certitude ». Son ouverture est prévue en octobre 2028. Et le bâtiment conçu par l’agence d’architectes Wilmotte & associés, est beau, tout en courbes et en ambitions.

« On ne peut que se féliciter de la réouverture d’un théâtre, dans un contexte où certains ferment. Ce sera un magnifique équipement, avec une grande salle modulable et insonorisée, plus une petite salle, un restaurant… » Mais un équipement ambitieux nécessite un financement de fonctionnement à la hauteur. Thierry Pariente rappelle que « le budget du Théâtre de l’Olivier existe »et que la régie« a toujours maintenu, pendant les années de fermeture, une programmation hors les murs, qui est financée. » Cela suffira-t-il au fonctionnement annuel du nouvel équipement, dans un contexte de crise ouverte à la Métropole et à la Ville ?

« Il nous faudra trouver un nouveau fonctionnement », explique Daniel Gagnon. « La métropole a constitué un groupe inter services en lien avec la direction de la régie pour explorer toutes les pistes qui permettront d’assurer son fonctionnement ». Une délégation de service public à un opérateur privé ? « C’est une option qui a été évoquée, mais nous voulons garder le Théâtre de l’Olivier dans le réseau de Scènes et Cinés ».

Remunicipaliser ?

L’heure n’est pourtant pas à une augmentation des budgets métropolitains. Et la remunicipalisation des équipements culturels est, d’après Daniel Gagnon, impossible. « La médiathèque de Cornillon-Confoux n’a que 5 000 documents, elle n’existe que parce qu’elle est en réseau avec les autres ». Quant à L’Oppidum, salle modulable de 100 places créée en 2019 dans sa petite ville de 1 600 habitants, il ne pourrait fonctionner sans la dynamique de Scènes et cinés, et le financement de la Métropole.

« On pourrait peut-être envisager de récréer les Territoires », avance en souriant le maire, sous couvert de plaisanterie, ou de test. Il n’est pas inutile de rappeler qu’avant la Métropole la vie culturelle des villes et des territoires fonctionnait plutôt mieux…

AGNÈS FRESCHEL

La conférence de presse de Scènes et Cinés s’est tenue le 22 juin au Château des Baumes, à Istres, au dernier jour, pure coïncidence, du procès de François Bernardini à Paris.

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