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Lady Macbeth n’existe pas

Les étudiant·es comédien·nes de l’Eracm ont brillamment présenté En répétition, un texte qui porte cependant une vision du monde très fantasmée

La pièce de Samuel Gallet parle, bien, de Shakespeare. De théâtre dans le théâtre, des enjeux d’aujourd’hui qui ne sont plus ceux d’hier, de traductions, de rapport entre les générations, de mansplaining. Qu’il met en scène lucidement avec un personnage acteur de 56 ans qui fait la bise aux jeunes femmes contre leur gré, et explique le théâtre à celle qui le dirige… Une pièce a priori bien de son temps, où on rappelle qu’Ophélmia, Lady Macbeth et Juliette étaient joués par des hommes, et que le genre des comédien·nes ne doit plus être un impératif dans les distributions.

Reste que ce texte, écrit par un homme, mis en scène par un homme Laurent Brethome, et une femme, Clémence Lebatut, trimballe et augmente les fantasmes shakespeariens sur la dangerosité féminine, et les sorcières maléfiques qu’elles sont toutes un peu. Une des personnages, qui défend un théâtre ancré dans le réel, répète qu’elle voit des Lady Macbeth partout, dans la rue, des exilées, des pauvres, des errantes. Or Lady Macbeth n’existe que dans le fantasme des hommes, tout comme Médée ou Clytemnestre : les femmes tuent très peu, et généralement par représailles de violences commises sur elles. Aucune Lady Macbeth ne traine dans les rues, et les exilées pauvres n’ont pas plongé leurs mains dans le sang de leurs victimes…

Life is not a tale

Les personnages de la pièce représentent donc une génération des comédien·nes genderfluid, à cheval sur le iel, mais qui trimballe pourtant sans problème cette vision de la femme sorcière avide de sang et de pouvoir. Et qui désire plus que tout incarner cette figure si peu féministe du répertoire, qui les pousse au harcèlement, au meurtre, à la folie collective. « Life is a tale », affirmait Macbeth ? Il est temps de sortir des schémas si genrés du répertoire, et d’affirmer sur scène que la vie n’est pas un conte.

Enfin, puisque le but d’une création de sortie d’école supérieure de théâtre est de mettre en valeur les comédien·nes à leur entrée dans la vie professionnelle, on ne peut que souligner le talent évident des 6 sortant·es de l’Eracm : Azenor Glotin, qui incarne la metteuse en scène déterminée, tourmentée par la mort de sa mère, Garance Courtial, qui joue très bien la mauvaise comédienne, Benoit Billon et Clarisse Ensenat, impressionnant·es de présence comique, Henri Ardisson et Amélie Kierzenbaum, très convaincant·es dans leurs monologues face public. Loin des « poor players » de Shakespeare qui s’agitent inutilement sur les scènes, « and then are heard no more » : on entendra parler d’elleux d’ici peu, et longtemps !

AGNÈS FRESCHEL

En répétition a été joué à l’IMMS, la Friche, Marseille, du 18 au 20 juin.

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