Librement adapté de la pièce de théâtre Se non sporca il mio pavimento, inspirée de l’histoire vraie d’une enseignantepiémontaise assassinée en 2016,le deuxième long métrage du réalisateur napolitain Nicolangelo Gelormini, La Tentazione, dépeint la rencontre de deux êtres blessés par la vie.
Goia (Valéria Golino) la cinquantaine, aux tenues strictes et vieillottes, vit toujours chez ses parents, entre un père muet souffrant de la maladie d’Alzheimer et une mère, Gisella (Betti Pedrazzi) qui contrôle tout. Pour s’échapper de cette prison familiale, son travail d’enseignante de français et ses lapins.
Dans son cours depuis un mois, un jeune homme, Alessio (Saul Nanni) qui, fuyant le cours où il s’ennuie, se blesse à la cheville. Goia le raccompagne en voiture, troublée par un geste et un regard. Elle accepte de lui donner les cours particuliers qu’il est venu lui demander débarquant chez elle. Peu à peu, ce jeune, beau comme un dieu – on pense au Tadzio de Mort à Venise – va bouleverser sa vie : il lui fait mettre du rouge à lèvres, lui avoue qu’il se travestit, lui parle de son père, la fait danser.
Le Lingotto pour décors
Alessio est habitué depuis l’enfance à se faire exploiter par Cosimo (Francesco Colella), l’ami de sa mère, qui le vend à des hommes aux désirs troubles. L’argent ainsi gagné sert à satisfaire les caprices de sa mère Carla (Jasmine Trinca), 38 ans qui le voit comme son « chef d’œuvre » mais n’hésite pas à le presser comme un citron. Alessio séduit et manipule, les seules choses qu’on lui a appris à faire. Goia est la première qui s’occupe de lui, l’écoute, lui fait des lectures de textes en français, lui fait prendre conscience qu’il pourrait faire autre chose. Il propose à Goia de l’emmener à Monte Carlo où il veut monter une affaire. Il lui manque 220 000 euros… et Gioia a pas mal d’économies de côté.
« Gioia et Alessio sont deux personnages fruits de notre imagination transférée cinématographiquement, pour donner corps au sentiment de solitude, d’isolement et de vide qui caractérise le temps présent », précise Nicolangelo Gelormini. Cette fable sombre, d’où émergent des moments de lumière, des séquences surréalistes comme le baiser dans un arbre, Goia suspendue par les lèvres, nous laisse effectivement un goût amer.
Valéria Golino interprète avec beaucoup d’intensité cette femme qui sort de son cocon, et Saul Nanni, au visage d’ange, ce jeune déjà brisé par la vie. Le directeur de la photo Gianlucca Rocco Palma filme avec talent aussi bien les visages que les fêtes débridées auxquelles Alessio participe, sans oublier les superbes vues du Lingotto de Turin.
ANNIE GAVA
La Tentazione, de Nicolangelo Gelormini
En salles le 28 octobre








