Zébuline : Qu’est-ce que le yeonhee, cette forme peu connue du public français ?
Inbo Lee : Le yeonhee, c’est une base de percussions. Dans notre spectacle, il y a quatre percussions sur scène, avec des performers traditionnels et deux danseuses contemporaines. KIN se fonde sur le traditionnel, je suis, à la base, musicien traditionnel coréen. J’e ai étudié la flûte traversière coréenne, puis la musique coréenne au lycée et à l’université. Ensuite, je suis venu en France, à Paris VIII, en 2010, pour étudier le spectacle vivant et le théâtre. Je suis resté 10 ans, jusqu’en 2020, puis je suis rentré en Corée, en 2021, pour recommencer à créer plus intensément.
Pour nous, la question est souvent celle-ci : l’art traditionnel peut-il être vivant aujourd’hui ? Il y a peu de gens qui vont voir des spectacles traditionnels. Alors j’ai voulu créer quelque chose pour partager, pour aller au plus proche des spectateurs d’aujourd’hui.
Pourquoi déconstruire cette tradition ?
Le traditionnel peut être difficile à comprendre, difficile à apprécier. J’ai pensé qu’il fallait un peu mélanger, et déconstruire. Nous avons travaillé et adapté le costume, la musique, le rythme, le mouvement. Nous avons focalisé sur de petites parties, et nous les répétons, pour mieux les montrer.
Avec Juyoung Shim, qui signe la chorégraphie, nous sommes partis des mouvements traditionnels pour chercher comment les dépasser. Qu’est-ce qu’on peut enlever du traditionnel pour exprimer notre sentiment, le faire mieux comprendre ? Comment mélanger la musique et la danse contemporaine ?
C’est aussi le cas pour les couleurs. En Corée, il y a cinq couleurs importantes : le jaune, le rouge, le bleu, le noir, le blanc. Elles ont une forte symbolique, mais nous voulions trouver une autre symbolique d’aujourd’hui. Dans le spectacle, on commence avec le costume traditionnel aux cinq couleurs. Puis chaque numéro fait apparaître une couleur. Le blanc, c’est le commencement, le pur : on peut tout enlever, et recommencer à partir du blanc. Le bleu vient du son d’une percussion, le jing, qui envoie l’énergie plus loin et ouvre un mouvement plus large. Le rouge, c’est vraiment l’énergie. Et au milieu, le noir.
Le public est debout, proche des interprètes. Est-ce une manière de retrouver l’adresse populaire du yeonhee ?
Debout, ou assis par terre, c’est très habituel dans la tradition. Nous avons travaillé à partir d’une forme où l’on joue en chemin, dans la rue, pour amener le public vers l’endroit où l’on va jouer. C’est une introduction, une manière d’inviter les spectateurs.
À Avignon, cela a une importance particulière pour moi. Comme j’ai étudié le théâtre en France, Avignon était vraiment mon rêve. Quand je suis venu en France la première fois, en 2010, je suis allé à Avignon. J’ai vu des spectacles très expérimentaux, j’ai été vraiment choqué, et sans doute un peu jaloux. Aujourd’hui, j’ai hâte de monter notre spectacle à Avignon. J’ai un peu peur aujourd’hui … mais on verra.
Propos recueillis par SUZANNE CANESSA
KIN: Yeonhee Project I, Liquid Sound, mise en scène et direction artistique Inbo Lee.
Du 8 au 11 juillet à 21h30
Mahabharata – Bar du Festival
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