François Gremaud revient au Festival d’Avignon, non plus en compagnie d’une héroïne tragique façon Phèdre ou Carmen mais avec Christian, son frère cadet. Celui-ci occupe le centre de la scène. François se tient côté jardin. Entendre ou ne pas entendre ? Là n’est pas la question. La surdité n’est pas vécue comme une perte, mais comme une autre organisation du monde.
Ainsi, les fraters s’éloignent de l’approche entendante et redéfinissent la surdité. Celle-ci s’affirme comme une minorité linguistique avec sa propre existence. En s’appuyant sur les témoignages de résistance de la communauté sourde et sur les écrits de penseuses : Isabelle Stengers, Cynthia Fleury.. , Christian et François célèbrent l’amour du théâtre et de la puissance expressive de la langue des signes, à laquelle le théâtre de François Grémaud doit beaucoup.
Car la LSF n’est pas une adaptation gestuelle du français, mais une langue à part entière qui fonctionne sur la spatialité et la morphologie visuelle. Christian s’exprime dans un langage qui articule la pensée dans l’espace. Mais alors, comment signer un calembour ? La problématique surgit dans Mon Frère, un dialogue qui souligne la difficulté de ne pas entendre dans un monde d’entendants.
Chambre sans écho
Boris Charmatz donne un prolongement à Somnole, un autre solo baigné de joie enfantine. Muette est né de moments passés dans des pièces sans écho, telle la chambre anéchoïque de l’Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique (IRCAM).
Pour le danseur, l’absence de réverbération délimite « un laboratoire de silence, propice à une chorégraphie du souffle ». Pourtant, le corps fait du bruit et le solo est beaucoup moins muet qu’il n’y paraît.
Muette parcourt la lisière infranchissable de ce qui n’arrive pas à dépasser les lèvres. « Il y a quelque chose de politique à forcer l’écoute par le silence. » Suite aux fastueux Cercles et au bouleversant Forever (2024), Boris Charmatz revient au Festival avec cette forme simple, aller-retour entre « les voix que l’on n’entend pas et celles qui n’arrivent pas à parler. »
MICHEL FLANDRIN
Mon frère
Du 7 au 13 juillet à 12h
relâche le 10
Muette
Du 17 au 24 juillet à 18h30
relâche le 20
Tinel, Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon
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