mercredi 1 juillet 2026
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Pas de voix au chapitre

La langue, l’écoute constituent le trait d’union entre les deux propositions du Festival d’Avignon accueillies par La Chartreuse de Villeneuve. A Mon Frère, dialogue parlé et signé, succédera, dans le tinel, Muette, tout en danse silencieuse

François Gremaud revient au Festival d’Avignon, non plus en compagnie d’une héroïne tragique façon Phèdre ou Carmen mais avec Christian, son frère cadet. Celui-ci occupe le centre de la scène. François se tient côté jardin. Entendre ou ne pas entendre ? Là n’est pas la question. La surdité n’est pas vécue comme une perte, mais comme une autre organisation du monde.

Ainsi, les fraters s’éloignent de l’approche entendante et redéfinissent la surdité. Celle-ci s’affirme comme une minorité linguistique avec sa propre existence. En s’appuyant sur les témoignages de résistance de la communauté sourde et sur les écrits de penseuses : Isabelle Stengers, Cynthia Fleury.. , Christian et François célèbrent l’amour du théâtre et de la puissance expressive de la langue des signes, à laquelle le théâtre de François Grémaud doit beaucoup.

Car la LSF n’est pas une adaptation gestuelle du français, mais une langue à part entière qui fonctionne sur la spatialité et la morphologie visuelle. Christian s’exprime dans un langage qui articule la pensée dans l’espace. Mais alors, comment signer un calembour ? La problématique surgit dans Mon Frère, un dialogue qui souligne la difficulté de ne pas entendre dans un monde d’entendants.

Chambre sans écho

Boris Charmatz donne un prolongement à Somnole, un autre solo baigné de joie enfantine. Muette est né de moments passés dans des pièces sans écho, telle la chambre anéchoïque de l’Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique (IRCAM).

Pour le danseur, l’absence de réverbération délimite « un laboratoire de silence, propice à une chorégraphie du souffle ». Pourtant, le corps fait du bruit et le solo est beaucoup moins muet qu’il n’y paraît.

Muette parcourt la lisière infranchissable de ce qui n’arrive pas à dépasser les lèvres. « Il y a quelque chose de politique à forcer l’écoute par le silence. » Suite aux fastueux Cercles et au bouleversant Forever (2024), Boris Charmatz revient au Festival avec cette forme simple, aller-retour entre « les voix que l’on n’entend pas et celles qui n’arrivent pas à parler. »

MICHEL FLANDRIN

Mon frère

Du 7 au 13 juillet à 12h

relâche le 10

Muette

Du 17 au 24 juillet à 18h30

relâche le 20

Tinel, Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon

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