Surcouf donne le cap
Depuis plus de vingt ans, la compagnie Sacekripa, fondée en 2003 par Morgan Cosquer, Benjamin De Matteïs, Mickaël Le Guen, Etienne Manceau et Vincent Reversat, développe un univers de cirque plein d’acrobaties, de jongleries, de cascades et de clown. Arrivés en 2022, réfléchissant à une nouvelle création, ces acrobates, jongleurs, voltigeurs, porteurs se sont dit : « La rue, c’est fait. La salle de spectacle, c’est fait. Le chapiteau, c’est fait. Et pourquoi pas dans l’eau ? ». C’est ainsi qu’est né Surcouf, une proposition flottante, avec « du cirque, du risque, de l’humidité et une grande humanité ».
Le spectacle met en scène deux faux marins (Mikael Le Guen et Benjamin De Matteis), plus maladroits que redoutables, embarqués dans une aventure aussi épique que dérisoire. L’espace scénique se réduit à un radeau de 2m x 2m, avec, pour y accéder, une barque exiguë et instable. Le public se tient sur les berges et assiste au naufrage en cours.
Entre portés acrobatiques, combats improbables et situations cocasses, le duo détourne les codes de la piraterie pour en faire un terrain de jeu burlesque. Mais, sous les rires, se raconte aussi « l’instabilité, la grande nécessité de s’accrocher et de se soutenir, le besoin de garder le cap quand tout vacille sous le poids de l’incertitude ».
Cagole Nomade : Marseille en talents hauts
Changement d’ambiance pour le deuxième rendez-vous spectacle de la soirée avec le cabaret libre et participatif des Cagole Nomade, projet né en 2019 à l’initiative de deux jeunes marseillaises meilleures amies, Moranne Deroff et Lisa Billiard : « L’idée était la suivante : prôner, à travers ce projet, l’égalité des genres dans la liberté de se mouvoir, d’exister, de se revendiquer ». Organisatrice entre autres rendez-vous délivrés-libérés de La Saint Valentchoin ou du Cagole Paradise Festival, Cagole Nomade retourne le stigmate et revendique le mot « cagole » comme un étendard populaire : une manière d’assumer les accents, les excès, les paillettes et l’humour marseillais, tout en célébrant des figures féminines populaires.
Au menu de ce Cabaret joyeusement excessif donc, du chant, de la danse, de l’humour, du drag, et des numéros participatifs dans un esprit punk, LGBTQIA+ friendly et festif. Et une façon d’actualiser l’héritage des cabarets populaires, des revues marseillaises et des fêtes de quartier, en y injectant des questionnements contemporains sur les identités, le genre et le vivre-ensemble.
Vaudou funk
La soirée se concluera avec le groove made in Vaudou Game, groupe fondé en 2013 à Lyon par le musicien togolais Peter Solo, fusionnant les rythmes vaudou du Togo avec l’afro-funk des années 1970, hérité de James Brown, Fela Kuti et des Poly Rythmo de Cotonou.
Le guitariste et chanteur explique souvent que son objectif est de montrer la richesse spirituelle et musicale du vaudou, élément culturel et religieux majeur du Togo, loin des clichés occidentaux qui le réduisent à une image folklorique ou inquiétante.
Sur scène six musiciens, cuivres, guitares, claviers, chants en langue mina, percussions inspirées des cérémonies vaudou et lignes de basse très funk pour des morceaux qui montent progressivement en transe.
Une dimension festive qui n’empêche pas le groupe d’aborder des thèmes sociaux et politiques, dans la lignée des grandes formations afrobeat, invitant le public à la fois au « vaudou-funk » et à la réflexion.
MARC VOIRY
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