L’entrée dans l’exposition d’Anne-Lise Broyer se fait par des voûtes de pierres taillées, dans l’ancienne abbaye romane de Montmajour, à quelques kilomètres d’Arles. Un cadre qui invite à la contemplation. Dans la grande salle qui lui est consacrée, les clichés argentiques verticaux sont alignés à hauteurs d’œil, telle une ligne d’horizon, ponctuée par de grands formats de la mer brumeuse. Les contours de cette immensité bleue, qui devient chez Anne-Lise Broyer nuances de gris vaporeux, ont été des théâtres de l’Histoire. Aujourd’hui, qu’en reste-t-il ? C’est ce que la photographe a tenté de capter par ses clichés, en se basant sur des textes de Philippe Sollers écrits pour le documentaire expérimental Méditerranée de Jean-Daniel Pollet.
Reconstruire ce qui est détruit
L’exposition est un voyage sur les côtes, allant de l’Italie au Maroc en suivant les traces de sculptures et de vestiges de l’Antiquité. La mise en relation des images est ici primordiale, chaque cliché se faisant écho, mettant constamment en lumière le lien entre passé et présent. Les ruines modernes sont mises en relation avec les temples. Les visages sont faits de pierres et de chairs, les yeux sont fixés sur le spectateur, figés dans l’éternité.
Ça et là, des poèmes, textes d’auteur·ices méditérannen·nes sur de grandes feuilles blanches apportent une dimension littéraire à la série très réussie de la photographe parisienne. Les nuances de gris donnent à voir les fissures, les endroits abîmés, l’inerte. Ils attirent notre regard sur le temps qui passe et la vie qui continue, coûte que coûte. Des clichés d’hommes et de femmes de dos, les yeux rivés vers la mer, symbolisent l’universalité du rapport à la mer, à l’apaisement. Le vivant y est célébré dans sa diversité, mais aussi dans son universalité. L’âme de la Méditerranée, sublimée.
MONA LOBERT
Méditerranée, est-ce là que l'on habitait ? Abbaye de Montmajour
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