samedi 11 juillet 2026
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Salam Salah

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On ne peut que lui souhaiter la bienvenue. Mais le cœur n’y est pas. Pas même celui du premier concerné. Car les circonstances de l’arrivée de Salah Hamouri sur le sol français ne peuvent qu’indigner. L’avocat franco-palestinien a été expulsé d’Israël, qui a finalement mis sa menace à exécution. Une expulsion condamnée par le gouvernement français. Enfin. Enfin, parce que la France n’a soutenu que du bout des lèvres ce défenseur des droits humains, cible d’un acharnement politique et judiciaire par les autorités israéliennes depuis bientôt une vingtaine d’années. Après avoir passé sept ans en prison entre 2005 et 2011 pour un motif grave mais jamais prouvé, Salah Hamouri était une nouvelle fois – comme en 2018 – en détention administrative depuis le mois de mars. Sans en connaître la raison précise, comme le permet cette disposition arbitraire. L’avis d’experts indépendants de l’Onu, en octobre dernier, était sans appel : « Les pratiques de détention auxquelles M. Hamouri est soumis ne sont pas seulement illégales : elles sont sadiques. » Quant au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, il qualifie l’expulsion de dimanche de « crime de guerre ». 

Une menace pour l’État ?
Que reproche-t-on à ce fils d’une Française et d’un Palestinien, dont l’épouse francilienne était depuis plusieurs années interdite de visite en Israël et dans les territoires occupés ? D’être une menace pour l’État d’Israël parce qu’il appartiendrait à une organisation considérée comme terroriste ; ce qu’il nie. Plus vraisemblable, c’est la détermination de l’avocat militant de 37 ans à défendre le droit international et la dignité de son peuple, quel que soit le niveau de harcèlement et de répression qu’il subit, qui irrite la puissance coloniale israélienne. Un pays où le suprémacisme juif est en cours de normalisation et où le futur gouvernement dirigé par Benyamin Netanyahou, accusé plusieurs fois de corruption, s’annonce comme le plus religieux et le plus à droite de son histoire.

LUDOVIC TOMAS

Kleenex

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Peu de sujets font l’objet d’une si flagrante inflation législative. L’immigration est de ceux-là. Des lois Pasqua en 1986 à celle de Gérard Collomb en 2018, pas moins de vingt-et-un textes ont façonné, la plupart du temps durci, la manière dont la France accueille, accompagne, considère et au final traite les personnes étrangères sur son sol. C’est en réalité depuis le septennat Giscard d’Estaing que chaque président de la République, quand ce n’est pas chaque ministre de l’Intérieur, apporte sa contribution en rognant ici la tradition d’accueil de la France, là le fondamental droit du sol. Au gré d’un pseudo débat politique imposé par le Front puis Rassemblement national. Sur le plan de la communication, indispensable pour briller place Beauvau, on constate une inventivité digne d’un concours de slogan publicitaire. C’est à celui qui trouve la formule choc, celle qui fera mouche parmi l’électorat le plus réactionnaire. Se succèdent le « million Stoléru » en 1977 pour inciter les travailleurs immigrés à rentrer « chez eux », la sinistre « double peine » inventée par le ministre Bonnet dès 1980, les astucieuses expulsions par charter de Charles Pasqua, les fraternels coups de hache par la police de Jean-Louis Debré sur l’église Saint-Bernard, le très vendeur « la-France-tu-l’aimes-ou-tu-la-quittes » de Sarkozy, le subtil « c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes » de Brice Hortefeux ou encore la mort-née déchéance de nationalité d’un François Hollande tendance Valls. 

Ceux qui rapinent…
Quant à la formule qui consiste à promouvoir une vision à la fois « ferme » et « humaine », elle ne date pas de l’antienne macroniste du « en même temps » puisqu’elle remonte à Jean-Pierre Chevènement (1997), alors ministre zélé du socialiste Lionel Jospin. Dernière pépite en date, la phrase « On veut ceux qui bossent, pas ceux qui rapinent » de Gérald Darmanin en dit long sur l’essence du futur projet de loi sur l’asile et l’immigration – ça en devient lassant – annoncé pour le début de l’année 2023. Un nouveau texte qui prévoit de régulariser les travailleur·ses sans-papiers des métiers en tension. Du moins jusqu’à ce que le l’économie et donc le marché décident que leur savoir-faire n’est plus utile au drapeau tricolore. L’immigré·e kleenex, il fallait y penser.

Nous aussi, on voudrait bien des ministres de l’Intérieur qui bossent. Pas qui rapinent les voix de l’extrême droite.

LUDOVIC TOMAS

Nicole Ferroni : cagole mon amour  

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Nicole Ferroni © Julie Caught

On la sent chez elle, hélant le spectateur à son entrée dans la salle, toutes lumières allumées : « Commencer à l’heure pour un spectacle qui parle de Marseille, n’est-ce pas un peu bizarre ? Il y a des Parisiens dans la salle ? Je ne les sens pas, faut dire que certains se frottent au fenouil pour se fondre dans la masse »… Les vannes fusent et donnent le ton de la soirée.

Nicole Ferroni reprécise ensuite le concept du spectacle qui va suivre, pour dissiper tout malentendu : c’est bien de la poésie que l’on vient entendre ce soir, et à en croire le nombre de doigts levés, nombreux sont les spectateurs qui l’ignoraient ! Sur invitation du Théâtre du Gymnase, c’est en effet à une tournée des bars qu’elle s’est livrée au printemps dernier pour y présenter des textes en vers, dont une Intégrale non exhaustive nous est présentée sur scène en cette fin d’année. 

Oh l’éculé !
Après quelques poussives digressions autour d’une opérette brodant sur le mythe de Gyptis et Protis, c’est bien quand l’autrice livre ses propres textes qu’elle est la meilleure. Rompue à l’exercice – on reconnaît le ton rythmé de la chroniqueuse radio –, sa verve s’accommode plutôt joliment à l’alexandrin de rigueur. Et si les thèmes sont un peu éculés – la Bonne Mère, les rats, l’OM, les bobos –, ils ont le mérite de revisiter à la sauce Ferroni un folklore attendu, comme un tour en petit train dans les dédales du Roucas Blanc : même si l’on en connaît le panorama par coeur, on se délecte de la vue à chaque tournant.

De francs éclats de rire fusent autour du commentaire composé d’un texte de l’inénarrable groupe de rap Bande organisée, ou encore de la gentrification en cours dans certains quartiers de la ville. Le verbe est espiègle et alerte, le regard est plus tendre que caustique. Et si l’exercice semble parfois un brin trop appliqué – concernant notamment l’exhumation d’anecdotes autour de Louise Michel et Simone de Beauvoir, ou encore de faits historiques sur les cigarières de la Belle de Mai, extraits d’archives à l’appui –, l’artiste réussit honorablement à faire s’enchaîner les séquences de la manière la moins artificielle possible, clôturant la soirée sur une flamboyante ode à la cagole dans laquelle se niche avec panache le propos le plus féministe du spectacle. 

JULIE BORDENAVE

L’intégrale est donnée jusqu’au 23 décembre au Théâtre des Bernardines, Marseille. 

L’ego tripes de Marina Otero

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Fuck Me © Vero Tello

Cinq hommes nus et dévoués. Il fallait bien ça à Marina Otero pour extérioriser ses tourments, exposer ses désirs, mettre en scène sa douleur physique. Il faut surtout un sacré aplomb pour chorégraphier avec autant d’insolence son narcissisme. Et ce n’est pas une colonne vertébrale, que ses excès ont réduit en compote, qui allait entraver la chorégraphe argentine dans la finalisation de sa création. Fuck Me est l’ultime volet d’une trilogie entamée avec Andréa (2012) et Se rappeler 30 années pour vivre 65 minutes (2014). Une œuvre au long cours pour se raconter, raconter l’engagement total d’un corps dévoué à l’art et, au final, dire comment cet art extrême qui guide sa vie fait fi des limites d’un corps blessé. Car ce spectacle n’aurait jamais dû voir le jour. En pleines répétitions, Marina Otero doit interrompre le processus de création pour cause de triple hernie discale et subir une intervention chirurgicale majeure qui l’empêche de se mouvoir pendant un an. Puisque l’outil cède, elle va le transférer vers d’autres contenants, ses « Pablo », amants fantasmés et hyper-sexués qui incarnent et exécutent ses plus radicales et obsessionnelles pulsions. Et de rester au centre de l’acte artistique en en devenant la narratrice, la maîtresse de cérémonie de cette autofiction transgressive.

Impudeur provocatrice
Une enfance déjà habitée par la passion de la danse, des secrets de famille, emportés dans la tombe de sa grand-mère veuve d’un officier de la marine sous la dictature argentine, les violences et outrages vécus au fil de son parcours, Otero se dévoile, mêlant l’intime au politique, le corps qui s’use à la mémoire qui s’effrite. Avec une impudeur provocatrice en miroir à la nudité de ses avatars auxquels elle inflige, non sans autodérision et après les avoir brièvement présentés – c’est à elle et elle seule que l’on doit s’intéresser –, l’appropriation de ses propres souffrances. Des danseurs qu’elle épuise et qui exaltent en l’érotisant la liberté de mouvement quand la chorégraphe, assise ou se déplaçant avec peine, commente des vidéos d’un passé encore récent où rien ne lui était interdit. On ne peut que penser à Frida Khalo que rien ne fit renoncer. Voire à Angélica Liddell, metteuse en scène espagnole à qui Otero adresse un clin d’œil filial. Mais l’Argentine, aujourd’hui installée à Madrid, ne cherche pas à provoquer les comparaisons. Elle veut qu’on l’aime et le confesse parmi les nombreuses confidences qu’elle prétend ici livrer. Car Fuck Me est aussi un jeu flou entre vérité et fiction qu’un final déconcertant (qu’il serait dommage de dévoiler) fait éclater au grand jour. De l’égo et surtout des tripes.

LUDOVIC TOMAS

Fuck Me a été donné le 8 décembre aux Salins, scène nationale de Martigues.

Entrer dans la ronde

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Turning, Orlando's version © Alessandro Cecchi

Cela semblait une évidence, et c’est pourtant une première : le festival Parallèle et le Pavillon Noir ont uni leurs forces pour programmer une soirée ambitieuse. Soit l’accueil de deux pièces de l’italien Alessandro Sciarroni, interprétés dans le studio d’Aix-en-Provence par successivement cinq et deux danseurs et danseuses. 

Le projet Turning mûrit depuis bientôt dix ans : c’est son dernier aboutissement, Orlando’s version qui a été proposé à un public assis à hauteur de ses interprètes et à peine séparé de la scène par une ligne blanche. Intimiste, le dispositif donne à voir les jeunes danseurs en plein essayage de leurs chaussons et répétition de micro-gestes. Le rituel se met ensuite en place, et se verra toujours tronqué. 

Désir de résurrection
Menée par les mimiques, gestes et inspirations sonores de Lucrezia Gabrieli, la petite troupe chaussée de pointes opère une série de rotations à géométrie variable. Bras en couronne, arabesques, relevés sur pointes s’enchaînent, unissant et distinguant tour à tour les corps. Dont celui de Francsco Saverio Cavallere, se prêtant avec grâce à l’exercice, mais aussi celui, très musculeux, de Marissa Parzei

Plus proches de l’imaginaire du ballet classique, les physiques tout en longueur de Sofia Magnani et Roberta Racis se révèlent moins moteurs que liants. La complicité à l’œuvre entre les interprètes achève d’humaniser cet exercice de style qui sait aussi se révéler troublant dans sa dynamique. Envoûtante, jamais entièrement « quadraturée », celle-ci évoque en premier lieu les vols gracieux et capricieux d’oiseaux migrateurs. 

Au retour de l’entracte, ce sont deux hommes délestés de pointes mais pourvus de chemises seventies qui nous accueillent : chargés de ressuscités les pas acrobatiques d’une danse bolognaise – la polka chinata – Gianmaria Borzillo et Giovanfrancesco Giannini s’élancent et tournoient de concert, enserrés l’un à l’autre. Save the last dance for me fait, de même que Turning, du geste chorégraphique un désir de résurrection, et ne livre qu’une grammaire hantée. Sans doute aurait-il fallu, sinon le bousculer, le laisser davantage à l’air libre.

SUZANNE CANESSA

Turning : Orlando’s version et Save the last dance for me ont été donnés le 8 décembre au Pavillon Noir, Aix-en-Provence.

Fièvre méditerranéenne, le mal d’un peuple

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Fièvre mediterraneenne © Dulac distribution

« J’hésite entre prendre une tasse de thé et me tuer » (Tchekhov). C’est bien la problématique de Walid (Amer Hlehel),  la quarantaine, écrivain – en devenir ! – dépressif chronique. Il ne prend pas le traitement médical prescrit, se dispute souvent avec sa femme Ola (Anat Hadid), mais s’occupe de la maison et de ses enfants. Il emmène fréquemment à l’hôpital son fils à qui on a diagnostiqué une maladie héréditaire, la fièvre méditerranéenne, spécifique à cette région, qui donne son titre au film. On est à Haïfa (Israël) et, quand on est palestinien, ce n’est pas facile. Ni psychologiquement, ni socialement, ni politiquement. Au mur du salon des portraits de Ghassan Kanafani et Mahmoud Darwich, et à la télévision, les scènes d’affrontements en Cisjordanie nous suggèrent que son mal être est un peu celui de tout un peuple. 

Nom d’un chien
Walid va se lier d’amitié avec son nouveau voisin, Jalal, (Ashraf Farah), qu’il a d’abord agressé : la musique qu’il écoutait trop fort le gênait pour écrire. Jalal ne lui ressemble pas du tout. Très extraverti, c’est un petit escroc qui a des dettes contractées au jeu. Il fréquente des gens peu recommandables mais il est très féru de littérature, en particulier de poésie. Ses chiens portent le nom de poètes arabes classiques. Une aubaine pour Walid qui veut s’en inspirer pour le roman qu’il est censé écrire. Ou, peut-être pour une autre raison…Peu à peu cet homme sombre et replié sur lui-même se transforme face aux gens qu’il côtoie. Mais jusqu’où ? La comédie douce-amère-noire, Fièvre méditerranéenne, deuxième long métrage de la réalisatrice palestinienne, Maha Haj, nous tient en haleine jusqu’au bout. Si la cinéaste nous raconte une belle histoire d’amitié, improbable au départ tant Walid et Jalal sont en désaccord sur tout, elle pose avec humour un regard incisif et bienveillant sur la fragilité masculine et sur la société palestinienne. La caméra d’Antoine Héberlé a su capter l’atmosphère mélancolique des quartiers délabrés d’Haïfa qui participe à la dépression de Walid. « Par le biais de ce personnage, confie Maha Haj, j’ai poussé à leurs extrêmes des pensées qui peuvent m’être familières. Je connais intimement sa personnalité et son caractère. J’ai ainsi tourné en dérision mon propre côté sombre à travers un homme qui me ressemble sur certains points, tout en étant différent de moi. »

ANNIE GAVA

Fièvre méditerranéenne, de Maha Haj
Sorti en salle le 14 décembre
Prix du scenario à Un Certain Regard, ce film représentera la Palestine aux Oscars 2022. 

Un rappel consolateur 

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« La parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles. » écrivait Gustave Flaubert, convaincu de l’inévitable maladresse de nos mots dès qu’il s’agit de les rendre consolateurs. Christophe André reste, lui, persuadé des merveilleux pouvoirs de la consolation. C’est ce qu’il a développé dans son ouvrage Consolations, celles que l’on reçoit et celles que l’on donne, paru début 2022.

Aujourd’hui, à la veille des fêtes de fin d’année, l’éminent (et très médiatique) psychiatre vient de faire paraître une nouvelle édition, illustrée, de son livre. Des images sélectionnées par lui, pour accompagner ses mots. Des tableaux de toutes les époques, de tous les styles, car si « l’art ne règle rien de nos difficultés », « il détourne avec force et douceur notre attention de la seule tristesse, […] nous offre un autre regard sur la vie. » L’art pictural, une des voies de la consolation, comme le sont aussi la nature, la marche, la méditation, et les autres pratiques artistiques. Car nous avons tous, rappelle Christophe André, un « besoin immense de consolation ». 

Comme une boussole dans le noir 
C’est la maladie (et l’éventualité d’une mort prochaine), qui lui a fait prendre conscience de l’importance de la consolation, à lui qui lui était resté longtemps, souligne-t-il, « aveugle ». De la découverte de ce « moyen de vivre avec les orages », de cette « chanson douce qui remet en lien avec le monde, le monde tout entier, avec ses beautés et ses adversités. », il a tiré un livre plein d’empathie, de bienveillance, comme le sont ses autres ouvrages, ses chroniques radiophoniques, ses interventions télévisées. On y retrouve le ton intime, pas donneur de leçons pour un sou, qui est sa marque de fabrique et a fait sa popularité. Si le texte s’appuie sur de nombreuses références, littéraires, philosophiques – on trouve d’ailleurs à la fin de l’ouvrage une bibliographie commentée –,  il se nourrit aussi d’une foule d’anecdotes personnelles. Quant aux tableaux choisis, chacun est agrémenté d’un bref (et souvent touchant) commentaire de l’auteur. La mise en page, très soignée, met en valeur certains poèmes, certaines histoires.

C’est donc un très beau livre que ces Consolations. Un livre lumineux, qui propose un art de la vie à la portée de tous, qui tente de nous « apprendre à exister avec l’idée de la mort, pour mieux vivre. » Un ouvrage qu’on peut lire, poser, reprendre. Et une belle idée de cadeau à offrir aux endeuillés, aux éplorés… comme à tous les autres. 

FRED ROBERT 

Consolations, celles que l’on reçoit et celles que l’on donne de Christophe André 
L' Iconoclaste, 35 €

Au Mucem, Noël c’est en famille, et entre amis 

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Hippocampe, Cie des Bestioles © Philippe Gisselbrecht

Les fêtes approchent, ce temps traditionnellement consacré à la famille, tradition à laquelle le Mucem ne fait pas exception, en élaborant chaque année durant les vacances un programme dédié aux enfants et leurs parents. Mais après tout, les amis sont une famille de cœur, et l’occasion est trop belle de les célébrer aussi, autour de la nouvelle exposition du musée Amitiés, créativité collective (à voir jusqu’au 13 février).

C’est par un concert dessiné, en partenariat avec le festival jeunesse Tous en sons, que tout débute. La géniale illustratrice Lisa Mandel s’acoquine avec un pianiste venu du classique, mais adepte des sentiers peu battus, Karol Beffa. Le duo se livre à une impro nourrie d’échanges avec le public (à partir de 7 ans), qui s’annonce très drôle. Plusieurs ciné-concerts s’ensuivent. Le 18 décembre, un spécial Laurel et Hardy, héros mal-assortis mais si complémentaires du cinéma burlesque. Trois courts-métrages des années 1920, pétaradants en diable, accompagnés en live par un autre pianiste, Jacques Cambra, font découvrir leur humour intemporel aux enfants d’aujourd’hui. Puis, chaque jour à 15 heures, du 21 au 23 décembre, le très mimi duo Oco, qui chante en douceur sur le film d’animation The Bear, rencontre d’un ours blanc et d’une fillette, pour les plus petits à partir de 3 ans. 

L’amitié selon Raoul
N’oubliez surtout pas, le 19 décembre, d’aller avec les 7 ans et plus assister au Procès du siècle, orchestré par le nouveau pensionnaire du Mucem, Raoul Lala, fameuse marionnette de Cyril Bourgois. Lors d’une conférence-spectacle, entouré de ses invités, le plus attachant rat de Marseille se demande qui sont nos amis, pourquoi on les aime, et jusqu’où peut nous mener l’affection que nous éprouvons pour eux. Attention, les Procès destinés aux adultes sont habituellement programmés à 19 heures les lundis soirs, celui-ci se tiendra à 15 heures.

Enfin, du 28 au 31 décembre, place au théâtre ! D’ombres, les deux premiers jours, avec Sonia et Alfred, chaleureuse histoire d’amitié animée sur écran interposé par les artistes de Gioco Vita (à partir de 4 ans). Ou d’objets, les deux derniers, avec l’Hippocampe de la Compagnie des Bestioles, magique création collective à base de cubes de bois (à partir de 3 ans).

GAËLLE CLOAREC

Vive l'amitié !
Jusqu’au 31 décembre
Mucem, Marseille
04 84 35 13 13
mucem.org

Yves Klein : derrière les bleus 

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Hôtel de Caumont, Yves Klein © T. Garnier

Avec un titre pareil, Yves Klein, intime, on pourrait imaginer l’exposition de documents inédits, correspondances, photos et films de famille, extrait de journal intime, témoignages de proches, etc… Mais rien de tout cela ! Car, comme l’écrit l’historien de l’art Denys Riout, conseiller scientifique et co-commissaire de ce projet : « Renversant la perspective habituelle, nous demanderons aux œuvres de nous introduire dans l’intimité de l’artiste, de nous convier à entrer en connivence avec lui ». 

Du bleu au feu
On peut rester perplexe devant cette justification de l’exposition, mais constater, par contre, que loin des grands plateaux monotones utilisés pour exposer l’art contemporain aujourd’hui, l’architecture des salles de l’Hôtel de Caumont invite naturellement à une sorte de proximité charmante avec les œuvres d’« Yves le monochrome ». Proximité accentuée par une scénographie ad-hoc, qui par ailleurs rythme l’exposition de très grandes reproductions de photographies de l’artiste niçois. Ce dernier que l’on voit affiché partout, posant avec ses œuvres, ou dans son appartement avec sa femme, ses amis, son chien, donnant petit à petit l’impression qu’on pourrait être, en effet, un peu entré chez lui. Accompagnés par les cartels qui informent sur les six sections de l’exposition, racontant brièvement quelques anecdotes de vie. Sa première passion pour le judo, les relations avec son milieu familial, avec ses amis artistes et « nouveaux réalistes », sa rencontre avec son épouse, les enjeux de ses recherches artistiques et sa dévotion à Sainte Rita… Sont exposées les œuvres auxquelles on s’attend lorsqu’il s’agit d’Yves Klein : ses monochromes. Les fameux bleus, qu’il réalisera avec le pigment IKB qu’il mettra au point et brevètera en 1960, et une série de ses éponges imprégnées de ce même pigment. 

Rayonnement émouvant
Juste après, ses anthropométries, avec un extrait vidéo célèbre le montrant, en mars 1960. Il est en public et en chef d’orchestre, au milieu de ses modèles nus (tous féminins…) qui s’enduisent le corps de peinture, et ensuite, en s’y frottant, imprègnent des toiles disposées sur les murs ou au sol. Plus loin, ses peintures de feu, réalisées au chalumeau sur carton spécial, dont on apprend, par le témoignage de sa jeune épouse filmé en 1966, qu’il s’agissait pour lui d’atteindre la couleur de la peau. Et que, dans sa recherche effrénée de l’immatériel, sa mort précoce (en 1962, à 34 ans d’une crise cardiaque) pourrait être considérée comme une forme d’aboutissement.

L’exposition se conclut par un « Portrait-relief » de l’un de ses proches amis, Claude Pascal, buste moulé recouvert de pigment pur IKB, monté sur un panneau recouvert de feuilles d’or, d’une intensité et d’un rayonnement émouvants. À côté, sur un mur, un exemplaire du « Journal d’un seul jour », celui du dimanche 27 novembre 1960, qu’il avait conçu, et où on le voit, photographie fameuse également, s’envoler d’une fenêtre, tel un Peter Pan, sous le titre « Le peintre de l’espace se jette dans le vide. »

MARC VOIRY

Yves Klein, intime
Jusqu’au 26 mars
Hôtel de Caumont, Aix-en-Provence
caumont-centredart.com

« J’essaie de rendre drôle ce qui ne l’est pas »

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Fanny Ruwet © Hadrien Hanse

Zébuline. Après une tournée en Belgique et en France et avant des dates à Paris, votre spectacle Bon anniversaire Jean ! arrive à Marseille. Quel en a été le point de départ ?

Fanny Ruwet. Je parle d’une histoire qui m’est réellement arrivée. Lorsque j’avais douze ou treize ans, un garçon dénommé Jean m’a invitée à son anniversaire. Sauf qu’il s’était trompé de destinataire et espérait inviter une autre fille de la classe. Ce moment de malaise, de déception, constitue le fil rouge de mon spectacle. J’y évoque tous les moments où je me suis sentie à côté, où il a fallu sauver les apparences. J’aime essayer de rendre drôle ce qui ne l’est pas.

Avez-vous hâte de vous produire à Marseille ?

J’ai très hâte en effet car j’adore cette ville qui a une vibe très cool, très particulière … mais je suis assez frustrée de jouer le soir de France-Maroc, pour ne rien vous cacher ! Je pense que je vais demander à mon manager de se mettre sur le côté et de me dire si il y a des goals… Je suis assez férue de football mais surtout féminin : il n’y a pas de chichis, les joueuses ne discutent pas si il y a faute, elles sont plus enthousiastes.

Vous êtes présente à la fois sur scène et sur les ondes – avec une pastille hebdomadaire sur France Inter. Où vous sentez-vous le plus à l’aise ?

Je suis arrivée à la scène un peu par hasard. Je traînais au Comedy Club en tant que spectatrice. Et puis un jour j’ai fait un essai pour sortir de ma zone de confort. J’ai ressenti très vite une frustration : je ne voyais que ce que je pouvais améliorer ! Et cela continue de m’obséder aujourd’hui. Je note en permanence toutes les choses un peu drôles qui m’arrivent, j’essaie de développer un propos. Sur France Inter, c’est différent. J’essaie de ne plus trop parler de moi mais plutôt d’actualité. Les deux exercices se complètent bien.

Aimeriez-vous faire du théâtre ? Du cinéma ?

Je ne m’imagine pas vraiment en tant qu’actrice mais j’ai écrit et réalisé un court-métrage. J’ai adoré ça ! Et puis j’ai écrit un premier roman qui paraîtra en mars prochain. Ça me terrifie ! J’ai toujours placé la littérature au-dessus de tout. 

De quoi parle ce roman ?

J’y parle d’un garçon que j’avais rencontré sur MSN quand j’avais quinze ans et qui m’avait beaucoup aidée à traverser des périodes difficiles. On s’est perdus de vue et dix ans plus tard j’ai voulu le retrouver, je l’ai cherché pendant plusieurs mois … C’est de cette recherche-là que j’ai voulu parler. Et puis, comme souvent me concernant, il y est question de dépression, de deuil… Bref, de plein de choses très joyeuses !

ENTRETIEN RÉALISÉ SUZANNE CANESSA

Fanny Ruwet
14 décembre 
Espace Julien, Marseille