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GR 2013 : une marche féministe

Une jeune femme, un sac à dos, trois semaines sur un sentier hors norme autour de Marseille : Marcher vers soi d’Abigaël Lordon raconte comment une randonnée devient, malgré soi, un acte féministe

Pour comprendre le livre d’Abigaël Lordon, il faut d’abord appréhender le chemin qu’elle emprunte. Le GR 2013 est le premier sentier métropolitain officiel et balisé au monde. Son tracé de 365 kilomètres en forme de huit s’étire autour de l’étang de Berre et du massif de l’Étoile. Initié en 2010 par Baptiste Lanaspeze, fondateur des Éditions Wild Project, dans le cadre d’une mission d’éditorialisation de la programmation artistique commandée par Marseille-Provence 2013, le sentier est finalisé en 2012 et le balisage posé en mars 2013.

Il traverse 38 communes sur un territoire de 3 000 km². Ce qui le distingue des GR classiques, c’est son ambition. Il ne s’agit pas d’un simple itinéraire de randonnée mais constitue un récit de territoire. En proposant d’arpenter des zones urbaines et périurbaines, il traverse des paysages contrastés – autoroutes et rivières, pavillons et collines, zones industrielles, commerciales, naturelles. Couronné de la Médaille d’Urbanisme de l’Académie d’architecture et désigné « meilleur nouveau sentier » par le National Geographic, il a accueilli plus de 150 000 randonneurs dès 2013.

C’est sur ce sentier qu’Abigaël Lordon, 28 ans, part seule un lundi d’été, pour revenir trois semaines et 365 kilomètres plus tard après avoir traversé, villes et village. Marseille bien sûr mais aussi Auriol, Allauch, le plateau de l’Arbois, le Camp des mille, Martigues, Salon, Vitrolles…

Marcher pour résister

Le journal graphique qu’elle en tire, publié avec le soutien du Bureau des Guides – l’association qui regroupe les artistes-marcheurs initiateurs du sentier et en assure son animation – ne ressemble pas à un carnet de randonnée ordinaire. Le sous-titre, géographe intime et braconnage féministe, dit la posture. Lordon raconte qu’elle est « partie marcher en tant qu’être humain » et qu’elle a été « constamment ramenée à son corps féminin ».

Les remarques récoltées sur le chemin – « c’est courageux », « vous dormez dans la rue ? »,« vous n’avez pas peur toute seule », « vous êtes d’une nature indépendante » – en témoignent. Des déclarations bienveillantes qui sont autant de révélations inconscientes sur ce que signifie encore, pour une femme, occuper seule l’espace public. Les titres des chapitres ou de portions de textes tout comme les dessins, naïfs, sont autant de propositions poétiques : « conversations philarmoniques », « mille feuilles », « paysages sciences-fictives », « vibrations souterraines » ou « trajectoires célestes ».

Ce livre revendique sa dimension politique comme étant le récit d’un éveil féministe. Avec ses pieds, dit Lordon, elle a « sculpté une forme de résistance à un ensemble d’oppressions visibles et invisibles […] sans le savoir, le GR 2013 est devenu mon parcours symbolique d’émancipation. »

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Marcher vers soi,Abigaël London
Bureau des Guides GR 2013 / Éditions Wildproject - 20 €
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