Qu’est-ce qu’être une femme, dans le breakdance ? La pièce Be.girl en donne certainement une réponse. Sur scène, cinq breakeuses occupent l’espace, en baskets et pantalon, libres dans leurs mouvements, loin des carcans. La metteuse en scène ne cherche pas à s’opposer au break masculin, mais à montrer d’autres couleurs de la discipline. Avec ce spectacle elle affirme que « le break féminin existe, avec ses codes et ses nuances ».
Dès l’ouverture, une silhouette apparaît dans le noir, lampe torche à la main. Elle éclaire son propre corps comme si elle le découvrait. Une deuxième la rejoint. Qui sont-elles ? La musique est presque mystique, faite de percussions et de sons organiques. Les corps avancent, testent, montrent. La lumière isole les jambes, les pieds. Le break commence par là, dans le détail des mouvements.
La lumière pour changer le regard
Vêtues de noir dans un décor noir, les danseuses se fondent dans l’espace, presque invisibles. Puis le fond s’ouvre sur un mur blanc. Les ombres surgissent, se multiplient, déforment et agrandissent les corps. Une danseuse devient plusieurs. Une autre dialogue avec des doigts projetés en ombre chinoise. La lumière montre que l’on ne regardait pas au bon endroit. Les danseuses étaient bel et bien visibles dès le départ. On comprend alors que notre regard est biaisé, presque conditionné par des habitudes, souvent héritées d’un regard masculin.
Le « wow » du breakdance n’est pas seulement dans les figures pleines de forces musculaires et spectaculaires. Ici, il se trouve dans la lenteur d’un freeze tenu, tête en bas, où les jambes continuent de parler. Une phrase chorégraphique entière passe par ce mouvement suspendu. Le break devient un véritable langage, presque intime pour ces danseuses.
La metteuse en scène Valentine Nagata-Ramos parle d’émancipation. Être une femme et choisir le break, c’est déjà un geste. Un homme n’aurait pas pu faire cette pièce, dit-elle. Peut-être parce qu’il ne s’agit pas juste de représenter, mais aussi de vivre une expérience. Be.girl est un hommage à d’autres formes de féminité mais aussi une démonstration : le break peut être subtil et profondément sensible. Il suffit d’ouvrir son esprit.
MANON BRUNEL
Spectacle donné le 14 avril au Théâtre Jean-Marie Sevolker (Gémenos), dans le cadre du festival Impulsion.
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