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[Musées de Nîmes] Peintures à l’huile et eau en peinture

Dissonances à géométries variables de Tursic et Mille au Carré d’Art et Lumières et ténèbres, la fascination de l’eau au musée des Beaux-Arts incendient et noient les paysages

Depuis leurs débuts à la fin des années 1990, sous des faux airs de barbouille nonchalante, la peinture virtuose du duo formé par Ida Tursic et Wilfried Mille est un champ d’expérimentation permanent, où les images se confrontent les unes aux autres, entre références à l’histoire de l’art, imagerie populaire, paysages en crise et prolifération visuelle contemporaine. Un espace de friction où se produisent les « dissonances » revendiquées par le titre de l’exposition, dont l’un des exemples paradigmatiques pourrait être Mélancolie, huile sur toile exposée dans la dernière salle du parcours : une femme assise sur un canapé, immobile et confortable, regardant le spectateur, tandis qu’une forêt brûle derrière elle.

Jeux de mots

Un autre paysage en feu, In Between, diptyque représentant une maison de banlieue consumée par les flammes sous un ciel rose délavé, se trouve également dans cette salle, nommée par les artistes Salle Mélancolie. Elle est précédée, dans le sens de la visite, par la Salle du bonheur, la Salle noire, la Salle obscénité, la Salle accident – et la Salle Lavis en rose : la plus vaste salle de l’exposition, avec une dizaine de grands tableaux, baignés d’un lavis rose qui agit comme un filtre uniforme. Et l’un des jeux de mots dont le duo semble assez friand : dans la Salle bonheur, un tableau représentant un gros lapin ahuri, rapidement brossé, aux deux pattes avant hilarantes, est titré Lapin Ture. Auparavant on aura croisé, sur le seuil de l’exposition, un Autoportrait, toile sur laquelle figurent : une auto -de facture enfantine, un porc -façon naturaliste rapide, et un trait noir horizontal -épuisé et vaguement dégoulinant. Auto-porc-trait.

Environnement pictural

De la Salle bonheur à la Salle Mélancolie, c’est toute une peinture à la fois farceuse et inquiète, à la vitalité détonante, qui se déploie, en faisant affleurer constamment le désordre du monde. Et qui, tout en jouant avec les images et les mises en abyme, à travers des tableaux de différents formats, du petit au très grand, présentés parfois en série répétitive, représentant des paysages, des portraits et des personnages dans différentes situations, affirme en permanence sa présence physique : tâches, dégoulinures, éclaboussures, épaisseur de la matière, accidents de surface, gestes visibles et traces de fabrication.

Dissonances à géométries variables

Jusqu’au 11 octobre

Carré d’art

Inscrite dans le cycle d’expositions « Eau, source d’inspirations », qui associe plusieurs établissements municipaux – le Muséum d’histoire naturelle, le musée des Beaux-Arts, le musée du Vieux Nîmes, le musée des Cultures taurines – l’exposition Lumières et ténèbres, la fascination de l’eau propose au rez-de-chaussée du musée des Beaux-Arts un parcours à travers plus de quatre-vingts œuvres, la plupart de la fin XIXe au début XXe siècle.

Des ténèbres vers la lumière

Le parcours est organisé en trois sections : « Monstres et tempêtes, entre réel et imaginaire », « Sources et ressource : l’eau salvatrice », « Effets et reflets, une beauté fascinante », auxquelles s’ajoute un espace consacré à deux vidéos de Sophie Calle, issues de sa série Voir la mer, pour laquelle elle a invité des habitants d’Istanbul, et pourtant n’ayant jamais vu la mer, à la regarder pour la première fois.

Une exposition qui se développe « à rebours », en partant des monstres, des tempêtes et des visions inquiétantes pour se diriger progressivement vers la lumière et les jeux de reflets.

Créatures

Au centre de l’espace de la première section est exposée un marbre léger et gracieux de Denys Puech, représentant une sirène ailée, qui sort des flots en emportant sur son épaule gauche un jeune homme, posé sur un socle-vitrine où se trouvent des fossiles d’ammonites, de poissons et de gouttes de pluie. Tout autour, en dessins, gravures et peintures, d’autres personnages (la Loreleï d’Adelaïde Salles-Wagner, le Laocoon de Paul Dardé), des scènes mythologiques (Daphnis et Chloé de Charles-Edouard Delort), des marines tempêtueuses (François Barry) des éditions anciennes sous vitrine, des projets de fontaines.

Dans la section « Source et ressources », l’eau est abordée sous l’angle de « la (re)naissance, la vie, la purification et la guérison ». On y trouve notamment des baigneuses (Laurens P.Aigul), des lavandières (Sarkis Diranian), des Danaïdes (Tony Robert-Fleury) et Le retour du troupeau au gué de l’Arc d’Émile Loubon.

Enfin dans la section « Effets et reflets », qui clôture le parcours, des rivières (Maison sur l’eau – Antoine Ponchin), des canaux (Venise – Louis Etienne Dauphin), des étangs (Pêche à l’épervier, Martigues – Félix Ziem) ou des bords de mer (Les rochers de la corniche et de la Pointe-Rouge – Raphaël Ponson), qui deviennent des laboratoires pour peindre la lumière, dans des tableaux souvent construits autour d’équilibres sophistiqués entre ciel et eau.

À noter que tous les espaces de l’exposition sont accompagnés par des propositions sonores conçues, au-delà des sons de vagues relaxantes émanant des vidéos de Sophie Calle, avec le Conservatoire de Nîmes, alliant récits et compositions musicales.

Lumières et ténèbres, la fascination de l’eau

Jusqu’au 17 novembre

Musée des Beaux-Arts

MARC VOIRY

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