Avant de revenir fonder à Martigues un lieu de transmission, Sophie Pondjiclis a mené une carrière internationale d’une rare ampleur. Plus de quatre-vingt-dix rôles à son répertoire, de Mozart à la création contemporaine, chantés sur quelques-unes des plus grandes scènes lyriques : la Scala de Milan, Vienne, l’Opéra de Paris, Genève, Hong Kong, Bruxelles, Berlin, Munich, Pékin, Londres ou encore le Théâtre des Champs-Élysées… Une artiste de grand répertoire, donc, formée au Conservatoire de Marseille, et jamais assignée à une seule case.
Lyrique en Provence fête ses dix ans. Comment est née cette aventure ?
Nous avons commencé par l’Académie. L’idée était de permettre à de jeunes talents de venir se former auprès de nous, dans une logique de transmission de notre expertise. Au départ, il y avait cette académie vocale d’été, à Martigues, sur le site Pablo Picasso. Puis, peu à peu, cela a donné naissance à un mini-festival. Pour fêter ces dix ans, j’ai eu envie de réunir des musiciens présents dès le début, comme le pianiste Stéphane Petitjean, mais aussi Alexandre Beer-Demander à la mandoline, Fred Ladame au violon, et quatre chanteurs, dont moi-même. Les trois autres sont de jeunes talents que j’ai fait travailler au sein de l’Académie.
Votre parcours vous a menée sur les plus grandes scènes. Que représente ce retour régulier à Martigues ?
Je suis native de Martigues. J’ai fait mes études de piano ici, j’y ai ma maison, ma famille, mes amis, mes racines. Je vis depuis longtemps à Paris, mais aujourd’hui je considère que j’ai deux résidences principales. Martigues est une ville d’une richesse incroyable, par son territoire, sa population, ses publics. Il y a ici une forme d’ouverture aux autres à laquelle j’ai envie de contribuer. Lyrique en Provence n’est pas seulement un projet artistique : c’est aussi une manière de travailler en transversalité avec les personnes et les associations du territoire.
Quelle est la vocation de l’Académie internationale d’art lyrique ?
Elle accompagne la professionnalisation de jeunes artistes lyriques, mais elle s’adresse aussi à des amateurs. Nous organisons des masterclasses, notamment au Conservatoire, qui n’a pas de classe de chant. Ce qui m’intéresse, c’est de transmettre des outils. Je crois à deux universalités : celle du langage musical, et celle de l’instrument vocal, puisque nous avons tous une voix. C’est aussi pour cela que Lyrique en Provence propose, à la fin de l’été, un stage pour les amateurs : on leur donne les mêmes conseils, les mêmes outils que pour les professionnels. Il s’agit de permettre à chacun de rencontrer sa voix.
Cette année, l’Académie travaillera sur La Flûte enchantée pour sept voix. Pourquoi Mozart ?
Mozart est un fondamental. Et La Flûte enchantée s’inscrit exactement dans ce que nous défendons : désacraliser l’opéra, mettre la culture à la portée de tous. Lorsque Mozart compose cette œuvre, il écrit en allemand, pour un autre public, avec l’idée de déplacer l’opéra vers ce qu’il était : vers le peuple, et non vers une élite. C’est son dernier opéra. On dit même que la dernière phrase qu’il aurait fredonnée, en mourant, venait du duo de Papageno et Papagena. Cette œuvre a une dimension symbolique très forte, mais elle a aussi cette générosité immédiate, populaire, qui nous touche.
Pourquoi proposer une version réduite, “pour sept voix” ?
Nous cherchons des formats plus mobiles, plus pratiques, mais sans trahir les œuvres. L’an dernier, nous avions monté une Quintessence de Carmen : les principaux airs, les principaux ensembles, dans une version d’une heure et demie, mise en scène. Pour La Flûte enchantée, c’est la même idée : ne pas proposer un ouvrage de trois heures, mais garder ce qui est essentiel, les plus beaux moments, les lignes fortes. Les jeunes artistes reçoivent les coupures en amont, arrivent en connaissance du rôle, puis travaillent musicalement avec Franck Villard et moi-même, mais aussi vocalement, scéniquement. Il faut mettre un rôle dans les jambes, dans le corps. Un rôle doit rentrer dans les cellules, devenir quelque chose d’organique.
Le gala Voix & Passions ouvre donc cette année anniversaire. Que souhaitez-vous y faire entendre ?
Ce gala est une fête, mais pas seulement. Chaque année, j’aime ouvrir par un concert construit autour d’un thème précis, avec une vraie ligne artistique. Voix & Passions réunit des artistes confirmés et des jeunes chanteurs issus de l’Académie : c’est exactement l’esprit de Lyrique en Provence. Il y aura le plaisir du répertoire, la rencontre entre les générations, mais aussi cette idée que l’opéra peut se partager simplement, dans une proximité réelle avec le public.
Entretien réalisé par SUZANNE CANESSA
Voix & Passions
1e juillet
Site Pablo Picasso – L’Amphi
La Flûte enchantée pour sept voix
31 juillet et 1e août
Site Pablo Picasso – L’Amphi
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