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Ceci n’est pas un festival

Florian Salazar-Martin est adjoint à la Culture, à l’environnement, à l’industrie et aux transitions de la Ville de Martigues. Il explique pourquoi il a créé sur demande du maire Gaby Charroux, ce programme si particulier qui anime et transforme la ville chaque été depuis 2019

Zébuline. Comment sont nés les Fadas du Monde ?
Florian Salazar-Martin.
D’une réflexion sur les politiques publiques, et d’une volonté de créer un espace commun, avec les personnes, dans l’espace public. C’est en quelque sorte le terme d’une longue démarche, particulière à la ville…

qui est communiste depuis 1959. Est-ce que vous qualifieriez cette démarche de communiste ?
Disons que comme tout le monde on veut mettre en place des choses pour notre territoire. Mais on est là depuis longtemps, et on défend des valeurs, une histoire. La culture à Martigues est indissociable, et indissociée, de la défense du littoral et de sa préservation. Et de la défense de l’industrie, une industrie elle-même respectueuse de ce littoral. Notre ressource culturelle, ce sont nos peuples. Comme Marseille nous sommes une ville de migrations, où se sont installés des Arméniens, des Méditerranéens, mais aussi des Européens du nord venus travailler dans la sidérurgie… Dans des villes aux populations aussi diverses deux options sont possibles : construire des espaces culturels fragmentés, communautaires, et une culture de divertissement ; ou construire des espaces communs avec les habitants, et une culture d’émancipation.

Trois en fait, on peut aussi nier la diversité et défendre une culture immuable…
[rire] ça, c’est vraiment pas une option pour nous… Et construire une politique d’émancipation ne signifie pas qu’on n’aime pas le divertissement ! Mais les Fadas du Monde, ça n’est pas un festival où l’on viendrait consommer la programmation ; c’est un espace créatif, vivant, où on reçoit des paroles inattendues, et qui crée des dynamiques entre différentes sphères de la société.

Le Village des Fadas est le point névralgique de cette démarche. Pendant une semaine on crée un espace commun. Des choses sont programmées, mais il s’agit de connecter les gens ensemble, en faisant des jeux, des ateliers pour que les familles soient là, des repas partagés, des karaokés. Sans protocole, mais avec la proposition de choses plus pointues, aussi.

Avec du foot et du théâtre…
Oui. Nous sommes des êtres complexes, chacun d’entre nous. Le foot n’est pas pour certains et le théâtre pour d’autres, on peut entrer dans le village par un champ et s’approcher des autres… Prendre un repas en commun, c’est très important. En fait ce qu’on fabrique là, c’est une fête de village, mais qui parle du monde. Bien sûr qu’on s’est demandé s’il fallait retransmettre la coupe du monde de foot au Village. On sait que le foot est perverti par l’argent, que cette Coupe aux États-Unis avec ce Trump qui… ne nous ressemble pas [rire] est problématique. Mais au fond la joie populaire provoquée par le foot ne leur appartient pas.

Les artistes que vous invitez sont pour la plupart de Martigues, ou pas loin…
Oui, Martigues, Aix, Marseille, notre territoire. Avoir la responsabilité d’une commune, c’est aussi cela. On reçoit des gens qui viennent d’ailleurs mais on doit veiller à la santé des acteurs de notre territoire, leur donner la possibilité de rencontrer les publics. Dans leur quotidien, et gratuitement : ce ne sont pas leurs publics habituels qui sont là.

Il y a aussi une majorité d’artistes femmes, ce qui n’a pas toujours été le cas…

Oui, c’est vrai. Pour cela, il faut avoir conscience que nos générations sont attachées à des figures tutélaires masculines, qui occupent notre imaginaire comme étant les meilleures. Et il faut lutter contre ce réflexe. Les femmes ne sont pas aux Fadas par souci de parité, qui est une vision technique du problème, mais parce qu’aujourd’hui elles parlent différemment des hommes, qu’elles ont des choses à dire, que cette diversité nous est nécessaire, comme toute « bio » diversité.

Cette diversité était à l’œuvre au Festival de Martigues, qui a précédé les Fadas. Pourquoi ce changement ?
Le Festival de Martigues était un grand festival, qui faisait venir le monde, et des grands artistes, à Martigues. Un festival de folklore, de tradition, mais qui était aussi très ouvert dans les échanges de musiques, de cuisines, de langues… On a au fond voulu perpétuer cet esprit de mondialité mais en le confrontant au présent, à l’idée que la liberté et la diversité se construisent dans des espaces citoyens, des agoras politiques.

D’où la présence de Nora Hamadi au Village ?
Oui, il s’agit, avec la journaliste, de questionner simplement les gens, en commençant par « Comment ça va ? ». Cela nous a permis de recueillir des paroles très intéressantes, parce que c’est fait dans l’espace public, sans attitude surplombante, sans obligation de résultat. Un peu comme au bar. Ça a permis de générer un corpus sur l’histoire quotidienne, mais aussi sur des problématiques plus politiques, la guerre, la montée du RN.

On poursuit ce travail en ajoutant cette année « Comment ça va le monde ? » parce qu’on sent bien les tensions actuelles, ces inquiétudes qui sont dorénavant très puissantes. C’est pour cela qu’on accueille au village le voilier Hétérotope qui accompagne la Flotille de Gaza et en constitue la mémoire. Pour penser le monde ensemble, y compris dans ses endroits les plus douloureux.

Les Fadas du Monde ne veulent ni grossir, ni devenir un festival. Pourquoi ?

Au-delà d’une certaine échelle on ne se rencontre plus. On peut le regretter et vouloir attirer plus de public mais nos jauges sont volontairement réduites : 1000 personnes par jour au Village, même si on peut aller un peu au-delà ; 400 dans la Cour de l’Ile pour les concerts gratuits ; 150 à 200 pour les séances de cinéma en plein air. Rien de massif, mais beaucoup de choses profondes !

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL

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