mercredi 30 septembre 2026
No menu items!
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
Accueil Blog Page 136

Marseille : Le Jest est de retour

0

Du 18 au 29 novembre, l’A.M.I. propose une cinquième édition de son festival Jamais d’Eux Sans Toi

Avec le festival Jamais d’Eux Sans Toi, c’est toujours une histoire de talents, de découvertes, et d’artistes émergents… pas étonnant quand sait que c’est l’Aide aux Musiques Innovatrices (A.M.I.) qui est derrière ce rendez-vous automnal. Pour ce cru 2025, desvtalents régionaux au large spectre musicale sont à découvrir du 18 au 29 novembre à la Friche la Belle de Mai, la Cité de la Musique, et au Théâtre de l’Œuvre.

Au programme

Pour l’ouverture, en partenariat avec le GMEM, Benjamin Dupé et Daniel Schön présentent La prédiction des oscillations, un concert-conférence poétique et scientifique sur le cerveau, traité avec une pointe d’humour. Il est suivi d’une performance de Flore et Arandel, qui travaillent autour du silence et s’amusent à « enlever des couches de sons » dans leur musique.

Le festival continue avec Mars/Avril, entre jazz et hip-hop, puis l’Ensemble Irini Invictae où les six chanteuses dirigées par Lila Hajosi nous transportent dans un répertoire médiéval. La première semaine se termine par une soirée 100 % féminine : Hind Boukella et sa musique jazzy teintée de rythmes traditionnels, suivie de Lalla Aïcha et d’un DJ set de Mystique.

La seconde semaine réserve bien des surprises. Restitutions d’ateliers avec Loïs Lazur et Mélanie Métier, créations sonores par Anna Vahrami et son projet Mothers of Air mais aussi une série de concerts avec la venue de Tujiko Noriko, Sanam, Meryem Koufi et Mehdi Haddab ou encore Grégory Dargent. Enfin, la dernière journée offre une programmation dense : concert-performance de Ganagobie, création live de Marquinn Mason et Stefan Ringer, et DJ set de Goldie B.

Les artistes « maison »

Cœur de sa mission, l’A.M.I. accompagne des jeunes artistes du territoire, et certains seront sur scène à l’occasion de Jest. Il y aura, le 20 novembre, La Forêt de Georgia Creek au Théâtre de l’Œuvre. Le duo marseillais mélange les sonorités jazz et s’interroge sur ce que la forêt a à nous raconter… Un projet à la fois immersif et engagé.

Le lendemain, c’est le groupe Hemele et Hel qui se produit à la Salle Corvin de la Friche, avec une musique mêlant celtique, revival folk et guitare, dans un univers médiéval et cinématographique. Le 26 novembre, place à Blind to the Architects qui investissent le Petit Cab, transformant le son en matière vivante et en rituel sonore. Enfin, le 27 novembre, Duo Mobile présente un rock alternatif/garage/post-punk mêlant instruments électroniques et textes en arabe, une invitation à la danse !

CARLA LORANG

Jest
18 au 29 novembre
Friche de la Belle de Mai, Cité de la Musique et le Théâtre de l’Œuvre
Marseille

Agone réédite Dagerman

0

Notre besoin de consolation est insatiable. Celui de relire Stig Dagerman, réédité chez Agone, aussi !

La collection Éléments de l’éditeur Agone rassemble quelques textes essentiels à la compréhension politique de notre époque comme Le mythe moderne du progrès de Jacques Bouveresse, ou le Pourquoi les pauvres votent à droite de Thomas Franck. La collection s’interroge sur les fondements historiques des socialismes (Robespierre de Jean Massin, Lénine-Dostoïevski de Nina Gourfinkel) et la fabrique de l’opinion, en particulier le récent et remarquable Les médias contre la gauche de Pauline Perenot.

Dagerman, l’emblème et la mort

La deuxième réédition (2001, 2009, 2025) de Notre besoin de consolation est insatiable, suivi de 16 articles en partie inédits, est emblématique de cette politique éditoriale, fondée sur une fidélité à des principes, à des idées, mais aussi à un amour profond de la littérature.

Stig Dagerman, reconnu comme un des plus grands auteurs suédois de romans, de théâtre et d’essais, écrivait aussi pour la presse anarcho-syndicaliste des articles d’une éclatante beauté. Extrayant des diamants de langue d’une analyse du monde à la noirceur profonde, Stig Dagerman, sans doute bipolaire, s’est suicidé à 31 ans après des années de silence littéraire, où il n’a livré que Besoin de consolation testamentaire (1952) d’une dizaine de pages, découvert et édité en Suédois en 1981 seulement.

Liberté et socialisme

Il y dépeint la noirceur d’un monde marqué par les exterminations et les ruines, par l’emprise croissante du capitalisme, par le despotisme qui s’installe à l’Est et qu’il a dénoncé dans son article sur l’affaire Petkov en 1947. « La terreur et l’assassinat pratiqués à l’encontre d’adversaires idéologiques […] sont étrangers à la nature même du socialisme. »

Si les pages mordantes sur son voyage en France ou sur l’interdiction de fumer dans les trains en Suède sont délicieusement outrancières, les articles sur la paix, sur l’ONU, le monarque suédois décédé ou l’anarchisme syndicaliste, éclairent certaines obscurités du dernier texte écrit par cet homme au « besoin de consolation insatiable ». Comment se consoler « sans la volupté de la foi » ou« du doute », du plaisir ou de l’élévation ? Seulement en prenant conscience de sa propre liberté, de son propre désir de vie, indépendant du pouvoir que les autres exercent sur lui.

Et même si il sait que ce sentiment de liberté est illusoire, en équilibre entre « l’amertume mesquine »et « les bouches voraces de l’excès ». Au fond des« sept boîtes gigognes de la dépression »se trouvent « un couteau, un rasoir, un poison, une eau profonde, un saut dans le vide. »Qui nous ont privés d’un des plus belle écriture d’après-guerre, mais l’ont peut être, aussi, inspiré. 

AGNES FRESCHEL

Notre besoin de consolation est insatiable

et 16 autres textes

Stig Dagerman

Editions Agone, collection Éléments

Agone, une maison d’édition indépendante

Éléments est le petit format à 10 euros des éditions Agone, dirigées par Thierry Discepolo, une des rares maisons d’édition indépendantes dans un secteur où la concentration capitaliste fait des ravages idéologiques : Hachette, Editis, Madrigall, Albin Michel et Média Participation concentrent plus de 95 % du chiffre d’affaires (dont Hachette de plus de 50%) d’un secteur où la rentabilité économique des milliardaires (respectivement Bolloré, Kretinsky, Gallimard, Esménard et Montagne) importe moins que la main-mise idéologique. La petite maison marseillaise soutient les l’édition et la distribution indépendantes, et édite les auteurs qui résistent. A.F.

Objectif Danse :Rémy Héritier présente Un monde réel

0

Le chorégraphe Rémy Héritier signe avec Un monde réel une pièce où la danse devient caisse de résonance : celle des gestes, des filiations et des mémoires qui circulent entre les corps. Interprétée par Bryan Campbell et Héritier lui-même, l’œuvre dialogue avec l’univers plastique de Vija Celmins, explorant la trace, l’écho, le double : ce qui demeure quand on croit avoir tout vu. Sur la musique d’Éric Yvelin et les lumières de Ludovic Rivière, les corps s’effleurent et se répondent dans une écriture chorégraphique épurée mais hantée de réminiscences.

Créée dans le cadre du réseau européen ICI–CCN Montpellier / Le Dancing / BUDA, cette pièce présentée à la Friche Belle de Mai s’inscrit dans la programmation de Marseille Objectif Danse, qui célèbre, cette saison encore, les écritures chorégraphiques les plus sensibles et les plus singulières. S.C.

13 novembre et 14 novembre
Friche Belle de Mai, Marseille

Le rock se donne rendez-vous à Toulon

0

Du 13 au 15 novembre, le festival porté par Tandem83 réunit certains des artistes les plus réjouissants de la scène rock française

Il n’y a pas beaucoup de festivals de rock dans notre région. Et quand il y en a un, de cette qualité, avec une telle programmation, on ne peut que s’en réjouir. Adé, Bryan’s Magic Tears, Catchy Peril, Technopolice… Entre le Bière de la Rade et le Live, l’édition 2025 de Rade Side accueille pendant trois jours quelques uns des artistes les plus en vus de la scène rock de la région, et au-delà.

Le meilleur groupe de rock
du monde est français

L’ouverture se fait au Bière de la Rade, avec Mega Lune, un duo marseillo-varois, que Tandem83, qui organise le festival, a accompagné il y a quelques mois. Mêlant sonorités électro, voix quasi-lyrique et énergie punk, le duo se démarque par l’originalité de sa proposition, et sa qualité sonore. Originaux aussi sont les Marseillais de Catchy Peril qui jouent le même soir, entre glam, post-punk et présence scénique emballante.

Le lendemain, le plat de résistance et une question : Bryan’s Magic Tears est-il le plus grand groupe rock du monde ? Il faut écouter leurs disques, et notamment le dernier Smoke and Mirrors pour saisir ce qu’il apporte à la musique rock moderne. On dit d’eux qu’ils font du revival shoegaze des années 1990. Il y en a. Mais pas seulement. Ils captent aussi et surtout le monde dans ce qu’il a de plus contemporain, de plus beau, et de plus triste. La réponse à la question est à découvrir au Live, après un concert des Spitters, pur produit punk made in la rade, et de Technopolice, formation marseillaise qui vient tout juste de sortir un excellent premier album Chien de la casse – dont Zébuline parlera bientôt.

Le dernier jour est consacré à la pop-rock avec en tête d’affiche Adé, que l’on pourrait définir ainsi : une ambiance années 2000, des mélodies accrocheuses, et une voix puissante qui flirte avec la saturation. Avant elle, on aura vu Le Bleu, autre groupe qui a été accompagné par Tandem, et qui mêle dans son set poésie, pop et énergies rock et électro. Il y aura du beau monde ce week-end à Toulon.

NICOLAS SANTUCCI

Rade Side
Du 13 au 15 novembre
Bière de la Rade, Le Live, Toulon

Le Zef met les pieds dans le plat

0

Des grands-mères italiennes, une drag queen et des lasagnes géantes : Le Lasagne della Nonna, un spectacle pop et politique, où mémoire migrante et quête de soi se répondent avec éclat

Le Zef affiche complet ce mercredi 5 novembre pour l’une des deux représentations des Lasagne Della Nonna, une création 2024 de Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre, respectivement metteur en scène et dramaturge. Depuis plusieurs années, le tandem explore la dimension artistique de la parole intime, du témoignage et du récit de soi.

D’emblée, l’audience, plongée dans le noir, est projetée dans l’univers du cabaret. Une drag revêtue d’azur se déhanche sensuellement bientôt rejointe par des femmes plus âgées dont les tenues scintillent sous les projecteurs. La première ôte ensuite sa perruque et entame son récit. C’est Davide, acteur et drag queen, qui se fait le chantre de ces histoires entremêlées. Petit-fils de Giuseppina, présente sur scène, arrivée du Sud de l’Italie pour rejoindre son mari en Suisse, Davide déroule le fil de destin de ces grand-mères, Rita, Lucia, Anna, autrefois jeunes femmes nées en Italie, après-guerre et ayant émigré vers la Suisse.

Les corps en mouvement

Sur le plateau, apparaît alors une large table de cuisine où ces dernières s’affairent pour confectionner les fameuses lasagnes, faisant résonner des gestes, des savoir-faire et des traditions venues d’ailleurs mais toujours bien vivantes. Sous les yeux du public naît alors une communauté dont les récits font écho aux enjeux de notre monde contemporain.

Le spectacle bascule dans l’onirisme, une part de lasagne géante se fait vaisseau spatial et dévoile Ali, comédien marocain, arrivé depuis peu en Suisse.  Face aux « Nonne », Davide et Ali, jeunes hommes homosexuels aux trajectoires très différentes, s’interrogent sur leurs racines et sur le rejet qu’ils affrontent. Le voyage se referme sur la chorégraphie d’ouverture, reprise cette fois sans artifices ni costumes, mettant les corps des femmes âgées en mouvement. Une image encore trop rare et d’une force politique discrète mais implacable.

ISABELLE RAINALDI

Le spectacle a été donné les 5 et 6 novembre au Zef, Scène nationale de Marseille.

Retrouvez nos articles On y était ici

Un trouple attachant

0

Sur la scène du Théâtre Joliette, Marie Provence présentait La Stupéfaction, le premier texte qu’elle a écrit et mis en scène

C’est un drôle de trio qui s’empare du plateau de la Joliette. Le premier sort d’une hospitalisation après un AVC qui lui laisse quelques séquelles. La deuxième, enseignante, d’un burn-out. Et la troisième d’une relation toxique avec un homme qui a eu la bonne idée de mourir quelques jours seulement après qu’elle a eu le courage de le quitter. Tous les trois se retrouvent dans un lieu non identifié, mais qui respire la quiétude et la nature, comme l’exprimentles trois grands panneaux forestiers en fond de scène, et les décors à la géométrie réconfortante.

Cette histoire est la première qu’écrit Marie Provence, comédienne et metteuse en scène au CV bien fourni, soutenue par Les Théâtres pendant plusieurs années, aujourd’hui par La Criée et le Théâtre Joliette qui coproduisent la pièce. Dans La Stupéfaction, elle invite trois personnes qui sont à un moment de bascule dans leur vie, ou juste après. Pendant 1h40, ces derniers vont dialoguer, se retrouver, s’aider mutuellement, s’accompagner dans la reconstruction.

Mal-lettres

C’est avant tout une histoire de langage que cette pièce explore. Celui des mots, beaucoup, celui du corps aussi. Les dialogues qu’il produit deviendront un remède pour les âmes blessées sur scène. Une délivrance que le public attendra et souhaitera, tant on s’attache à ce trio (Christelle Saez, Leslie Granger et Florent Cheippe) – et tant il est facile de s’identifier à ces histoires de vie.

Dans cette pièce au rythme media-tempo, Marie Provence injecte aussi des jeux de lumières, et d’ombres ; de la musique également ; dans des scènes où les acteurs se retrouvent souvent à trois, parfois seuls, pour des longues tirades drôles, savoureuses ou poignantes.

NICOLAS SANTUCCI

La Stupéfaction a été créée du 4 au 8 novembre au Théâtre Joliette, Marseille

Retrouvez nos articles On y était ici

La chair du mythe

0

Avec Cinq Versions de Don Juan, Josette Baïz célèbre une icône en mouvement

Sur le plateau du Grand Théâtre de Provence, la chorégraphie de Josette Baïz déploie une énergie captivante, portée par des danseurs doués, généreux et à l’écoute les uns des autres. Chaque geste dialogue avec l’autre, chaque mouvement informe le suivant. Ici, le séducteur devient miroir des désirs et résistances féminines, figure insaisissable et fascinante, au cœur de la danse autant que de l’imaginaire. Lacan le rappelait volontiers : Don Juan est aussi, et peut-être même avant tout, un fantasme féminin. Miroir des identités, désirs mais aussi des résistances, figure insaisissable et fascinante : le personnage avait de quoi intéresser la danse, lieu de l’intime, de l’imitation et de l’échange.

L’amour en étendard

Le premier acte, intitulé Démesure, ouvre la pièce dans un trouble sensuel : un trio vibrant, presque fusionnel, rappelle que le véritable couple chez Molière fut toujours un trouple – Don Juan, Sganarelle et Elvire. Entre étreinte et fuite, c’est la tension de la possession et de la perte qui s’y joue.

Mais très vite, Rébellion prend le relais : la pulsation du krump, brut et viscéral, électrise le plateau. La révolte prend naissance dans les corps féminins ; la douleur se mue en énergie, en revendication, en joie rageuse : et vient enfin la Libération, avec ses accents et déhanchés orientaux, ses bras qui s’élèvent comme des étendards. Les femmes quittent enfin la figure mythique pour retrouver leur propre voix, leur propre geste.

Mort et Métamorphose se succèdent pour montrer un collectif aux trousses du séducteur, puis le réintégrant dans sa dynamique. Le goût de la citation et du symbole affleurent, parfois de façon un peu trop appuyée. La musique, souvent illustrative, verse dans l’emphase – c’est le travers habituel de Baïz, toujours prête à embrasser trop large. Mais qu’importe : la sincérité du geste, la beauté du collectif, la précision rythmique et la chaleur des interprètes l’emportent sur tout le reste. Et c’est peut-être cela, aujourd’hui, le vrai mythe : celui d’une humanité qui, par la danse, tente encore d’aimer sans posséder.

SUZANNE CANESSA

Le spectacle a été joué les 4 et 5 novembre au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence.

Retrouvez nos articles On y était ici

Un tourbillon jubilatoire

0

On rit, et on rit beaucoup. Le Falstaff de Verdi présenté à l’Opéra de Marseille est une véritable fête théâtrale et musicale

Inspirée des Joyeuses Commères de Windsor de Shakespeare, avec des emprunts à Henry IV, cette œuvre testamentaire de Verdi met en scène les mésaventures de Sir John Falstaff, vieux chevalier bedonnant et sans le sou. Espérant conquérir le cœur – et la bourse –, de deux bourgeoises de Windsor, Alice Ford et Meg Page, le lourdaud leur adresse des lettres d’amour identiques. Elles découvrent la supercherie et décident de se venger, jusqu’à jeter Falstaff, caché dans un panier à linge, dans la Tamise.

Denis Podalydès, qui a signé la mise en scène, a situé l’intrigue au sein d’un hôpital. Sceptique avant la représentation – l’hôpital est un cadre galvaudé dans l’opéra –, on en ressort conquis tant les dialogues du livret d’Arrigo Boito se prêtent à cette truculente transposition. Les décors sobres et élégants d’Éric Ruf laissent les chanteurs révéler leur sens du jeu comique. L’ensemble ne faiblit jamais ; le rythme, constant, transforme la soirée en un moment de jubilation.

Un Falstaff magistral

On ne pouvait rêver meilleur Falstaff que Giulio Mastrototaro. Spécialiste du répertoire bouffe, le baryton qui sillonne les grandes scènes européennes venait d’interpréter à Vérone Falstaff ossia Le tre burle de Salieri, précurseur de l’opéra de Verdi ; une expérience qui a sans doute nourrit ici son personnage. Son interprétation conjugue puissance vocale, diction exemplaire et sens aigu du théâtre. Vantard et glouton, mais aussi touchant dans sa solitude, le chanteur rend palpable de bout en bout la complexité émotionnelle de Falstaff.

Affublé d’une prothèse ventrale d’où s’échappent des livres de Shakespeare, le héros incarne à lui seul la comédie humaine et le théâtre tout entier : grotesque et grandiose. Podalydès fait ainsi de Falstaff une allégorie qui transcende un pamphlet où la verve satirique – impensable aujourd’hui – s’acharne sans ménagement sur les ventrus et les obèses.

Le livret est à l’inverse d’une surprenante modernité féministe. Alice Ford (Salome Jicia) et Meg Page (Héloïse Mas), entourées de leurs complices Mistress Quickly (Teresa Iervolino) et Nanetta (Hélène Carpentier), dominent le scénario. Leurs quatuors pétillants et virtuoses, célèbrent le génie féminin : intelligence, solidarité et humour face à des hommes bien pathétiques. Le baryton Florian Sempey livre une prestation de haute tenue dans le rôle de Ford, mari d’Alice, en proie à la jalousie amoureuse.

Ghazarossian, l’enfant du pays

Le ténor Carl Ghazarossian, que les Marseillais connaissent bien, campe un Bardolfo d’une agilité comique irrésistible. Son duo avec Pistola (Frédéric Caton) rythme l’action. Enfin, le couple Nannetta-Fenton, formé par Hélène Carpentier et Alberto Robert, séduit par sa fraîcheur et sa musicalité. Sous la baguette de Michele Spotti, l’Orchestre de l’Opéra de Marseille mène la soirée tambour battant.

La dernière scène, dans la forêt de Windsor, voit Falstaff déguisé en cerf, pris au piège des « esprits » que sont en réalité ses amis et bourreaux. Humilié, il finit par éclater de rire. L’opéra s’achève – en compagnie d’un chœur de l’opéra fougueux – sur la fugue éclatante : « Tutto nel mondo è burla » (« Tout dans le monde est farce »), une méditation joyeuse sur la condition humaine. Car si tout n’est que comédie, c’est bien dans le rire que réside la sagesse et sans doute la tendresse.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le spectacle s’est déroulé le 9 novembre, Opéra de Marseille.

Retrouvez nos articles On y était ici

Soirée psyché à la Cité

0

Après une semaine de résidence, le trio Sidiaz s’est produit en concert ce 7 novembre à la Cité de la Musique de Marseille

Dans la salle de concert de la Cité de la Musique, le public se retrouve dans une atmosphère intimiste pour découvrir la sortie de résidence du trio Sidiaz formé par Salaheddine Zaïdi au chant et à la guitare, Lucas Zemmour à la basse et Charly Guerin à la batterie. Ce soir, ils nous font découvrir leur tout dernier opus Trig (paru chez Boucan Records), ainsi que « quelques surprises ».

Après une rapide introduction par Manu Théron, directeur et programmateur de la Cité de la Musique, la musique commence hors scène comme un bourdon, jusqu’à ce que le chanteur, Salaheddine Zaïdi, se rapproche du micro et chante d’un souffle hantant, comme si sa voix traversait une vallée ou une montagne. Elle se transforme sous ses ornementations, elle glisse d’une note à l’autre utilisant les quarts de tons et produit des mordants qui la font rebondir.

Et de l’impro

Le groupe entame ensuite son rock psychédélique avec Mektoub : un rock imprégné de musiques sahraouies et sahéliennes. La seconde chanson est légère, se rapprochant d’une sonorité folk où le guitariste produit un effet sur le haut de manche en utilisant ses ongles. Quelques minutes plus tard, lors de Dhol, le guitariste démarre sur un solo qui devient progressivement de plus en plus effrénée, rejoint par la batterie, et s’en vont ensemble vers une transe bienvenue.

Pour finir le concert, le trio interprète Nour, commençant par des arpèges à la guitare et une voix grave. Salaheddine balance la tête de gauche à droite en face du micro pour un effet à la voix et utilise son rockboard pour saturer le son de sa guitare avant un passage d’improvisation onomatopéique vocale où, en même temps, le batteur improvise avec ses baguettes sur le tambour. La soirée se termine par Khouya, en bis : un rock frénétique et entraînant.

LAVINIA SCOTT

Deux concerts à venir à la Cité
Deux nouveaux concerts sont à l’affiche de la Cité de la Musique cette semaine. D’abord les Noces Yiddish avec Marine Goldwaser – virtuose de la clarinette et soliste notable de la scène klezmer – et son ensemble Petit Mish-Mash réimaginent une noce – ou un mariage – en yiddish traditionnel. Et le 17, après une rencontre avec l’artiste, le public découvre Tintamarres, la création de Carole Rieussec. Plasticienne du son depuis près de quarante ans, elle explore la voix et les objets du quotidien pour créer des paysages sonores à la croisée de la musique, de la poésie et des arts visuels et rendre perceptible l’invisible du son. L.S.
Noces Yiddish - 15 novembre à 20 hTintamarres, Carole Rieussec - rencontre à 18h30 et concert à 20 h le 17 novembre

Retrouvez nos articles Musiques ici

La langue contre l’oubli

0

Reprise attendue du spectacle créé il y a dix-huit ans par le Théâtre du Maquis, La Compagnie des spectres, quipoursuit sa route à L’Ouvre-Boîte (Aix-en-Provence)

Rose et sa fille Louisiane vivent recluses dans une cité. Un huissier frappe à la porte : inventaire avant expulsion. Mais pour Rose, le visiteur n’est autre qu’un envoyé de Darnand, ou pire, du Maréchal « Putain ». Son frère, résistant de 18 ans, a été assassiné par la milice ; depuis, le temps s’est figé.

Sur scène, un quasi-rien de décor : une table, une chaise, un miroir, quelques objets détournés, et c’est tout un monde qui surgit. Pierre Béziers dirige Florence Hautier au plus près du souffle : geste mesuré, parole offerte, justesse du corps. On touche ici à une forme de théâtre d’objet intérieur, où chaque accessoire – paquet de cigarette, verre d’eau – devient relais de mémoire et d’incarnation. Car Florence Hautier incarne tout : la mère, la fille, l’huissier, les spectres… avec une générosité qui refuse l’effet. Une main posée, un ventre ployé, un regard qui se perd : autant de signes minuscules qui suffisent à faire exister l’autre. Elle navigue dans la langue mouvante de Lydie Salvayre avec jubilation et précision, gardant son humour corrosif, sa désespérance, sa tendresse. On rit parfois, mais on tremble aussi : la folie de Rose est une clarté douloureuse sur notre monde.

Car si le texte date de 1997, il résonne en 2025 avec l’inquiétude d’aujourd’hui : celle des expulsions, des frontières, de la peur. La logorrhée maternelle, drôle et tragique, dit aussi l’angoisse d’un présent rongé par la haine de l’autre, collective, institutionnalisée. 18 ans après la première création, l’actrice a voyagé vers la mère, comme si le rôle avait mûri avec elle. Il y gagne sans doute en gravité et en mélancolie.

SUZANNE CANESSA

À venir

La Compagnie des spectres
Les 13, 14, 15 novembre puis les 20, 21 et 22 novembre
Théâtre de L’Ouvre-Boîte, Aix-en-Provence

Retrouvez nos articles Scènes ici