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Ballet national de Marseille : (LA) HORDE mène la danse

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Marseille. 31 mars 2021. Theatre de La Criée. Representation du Ballet national de Marseille x (LA)HORDE x Childs, Carvalho, Lasseindra et Doherty.

Zébuline. Vous publiez Danser l’image, un livre consacré aux costumes de scène du Ballet national de Marseille. Comment est né ce projet ?

(LA) HORDE. Danser l’image, édité par JBE Books, est un livre-archive, à la fois du passé et du futur. Nous avons  rebondi sur le catalogue de la grande exposition du Centre national du costume de scène (CNCS) consacrée aux costumes du Ballet national de Marseille, pour le transformer en livre qui mêle photos, entretiens et analyses. Comme le fait l’exposition du CNCS* à Moulins (Allier), l’ouvrage retrace les cinquante ans d’histoire du BNM au fil de ses collaborations avec des designers et des couturiers, de Keith Haring à Yves Saint-Laurent, en passant par Gianni Versace et aujourd’hui la styliste de Salomé Pouloudely avec laquelle on travaille pour les pièces de (LA) HORDE. A travers 150 pièces de costume et vêtement, on voit défiler les affirmations d’identités différentes dans une mise en parallèle entre les générations et l’histoire du Ballet. Il s’agit d’un patrimoine qui n’avait jamais été exposé ainsi à cause de problématiques juridiques. En plus des images des costumes, le livre propose des photos éditoriales réalisées par des photographes de renom comme Harley Weir. On y trouve aussi des entretiens avec des philosophes comme Emanuele Coccia avec qui (LA) HORDE discute de ce que le costume de scène dit de manière presque sociologique d’une institution comme le BNM. Les répétiteurs du Ballet ou sa costumière historique s’y expriment également. Cette dernière, par exemple, raconte ses anecdotes sur les costumes et comment elle les a conservés, archivés…

Pourra-t-on voir l’exposition à Marseille ?

C’est notre volonté. On est en train d’en discuter avec plusieurs partenaires.

Room with a view et le Ballet vont tourner aux États-Unis en novembre. Cette pièce connaît un succès considérable…

C’est une aventure incroyable. Depuis la reprise post-Covid, cette pièce ne cesse de voyager. Aujourd’hui, le Ballet national de Marseille, c’est plus de 80 représentations. Room with a view a parcouru toute l’Europe et la France et va donc jouer aux États-Unis la saison prochaine. On est obligés de refuser des dates parce qu’on n’a pas la capacité de répondre à toutes les invitations. A chaque fois, l’accueil est extraordinaire et nous procure beaucoup de plaisir et d’émotion. La pièce est même transmise à des compagnies de répertoire ainsi qu’à des jeunes générations. C’est notamment le cas avec la compagnie de Josette Baiz, pour des danseur·ses de 14 à 20 ans. Ou encore dans certains conservatoires de danse. C’est émouvant de voir que la pièce est devenue emblématique du BNM et qu’elle commence à circuler dans d’autres répertoires et dans le corps d’autres danseur·ses.

Après Room with a view, en 2021, vous avez conçu un programme composé de quatre pièces de quatre chorégraphes qui est joué aux Salins, à Martigues, le 28 février. De quoi s’agit-il ?

C’est le premier programme qu’on a composé pour le BNM. C’est un exercice plutôt classique dans un ballet mais qui, sous notre regard, on l’espère, ne l’est pas tant que ça. Nous avons voulu inviter quatre chorégraphes dont on admire le travail.  C’est un programme qui croise les générations, les écritures et les esthétiques. L’ensemble des pièces donne une certaine vision de la danse quand on les regarde l’une après l’autre. On passe de l’Américaine Lucinda Childs, maîtresse de la danse post-moderne au travail de la Portugaise Tânia Carvalho qui vient déconstruire une certaine forme balletique et ancrer, à sa manière, le programme dans quelque chose de plus contemporain. Après l’entracte, on arrive sur la pièce de Lasseindra Ninja, une collaboratrice de longue date. Artiste trans, afro-américaine et française, c’est une « mother », elle vient de l’univers du voguing qu’elle a amené en France. Elle a travaillé avec les danseur·ses du BNM pour signer cette création qui évoque la culture du voguing mais n’est pas interprétée par des personnes de cette communauté. C’était important pour nous de lui donner les pleins pouvoirs et les clés d’une compagnie permanente qu’est le BNM. En dernière partie, on a proposé à l’Irlandaise Oona Doherty de travailler autour de son solo mythique Lazarus (titre complet : Hope Hunt and the Ascension into Lazarus, ndlr) et de le transmettre, reconstruire, réécrire pour les vingt danseur·ses du Ballet. C’est une réflexion sur la masculinité toxique et tout ce que la chorégraphe a observé dans les bars à Belfast. Le programme n’est pas binaire. Il est à multi-entrées et vient dire que la danse, c’est tout ça.

Marseille. 31 mars 2021. Theatre de La Criée. Representation du Ballet national de Marseille x (LA)HORDE x Childs, Carvalho, Lasseindra et Doherty.

Roomates est votre deuxième programme, que l’on retrouve en avril à Marseille et à Istres…

Il est de plus petites formes puisqu’il se compose de six pièces courtes et qu’il y a au maximum huit danseur·ses sur scène (onze pour l’une d’entre elles). Les chorégraphes invité·es sont nos « roommates » idéaux, c’est-à-dire les artistes qu’on aimerait avoir comme colocataires au Ballet. Cela va de Peeping Tom, à François Chaignaud en passant par Cecilia Bengolea, Brumachon/Lamarche… Ces derniers reprennent un duo créé dans les années 80, dans le contexte du sida, sur l’amour entre deux garçons, qui a été important dans notre histoire de spectateurs. Le programme se termine par un medley d’extraits de Room with a view. Roomates offre un voyage, un parcours, dans des univers très différents, toujours engagés. Il y autant des créations que des re-créations. Un fil conducteur s’est créé malgré nous : le désir. Ce qui est passionnant avec ce programme et le précédent est de voir l’évolution des interprètes que l’on voit traverser l’ensemble des propositions.

En vous retournant sur vos premières années à la direction du BNM, quel état des lieux en dresseriez-vous ?

La compagnie est reconstruite avec des individualités qui représentent notre société. Elle dispose d’un répertoire reconstitué, d’un groupe recomposé et d’une visibilité de son histoire extraordinaire avec des tournées qui foisonnent.  Le plaisir dans le travail est notre moteur et notre « mojo » dans cette folle aventure. Ce premier mandat nous a permis de comprendre que Marseille est une ville où l’on se sent bien pour grandir et s’épanouir dans le projet.

Spontanément, quels sont vos prochains objectifs ?

Réussir à jouer davantage à Marseille et faire en sorte que la danse trouve une visibilité plus grande dans sa ville. Que le Ballet national de Marseille revienne de manière plus simple aux Marseillais et aux Marseillaises.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS

*Exposition visible jusqu’au 30 avril

À venir
Roommates
7 avril
Le Zef, Marseille
11 avril
Théâtre de l’Olivier, Istres

Room with a view
24 mai 
Anthéa, Antibes

Beauty Queens

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Last Dance © Condor Distribution

À rebours des spectaculaires RuPaul’s Drag Race et autres déclinaisons du genre, c’est une scène drag underground et complexe que Last Dance donne à découvrir. La documentariste Coline Abert s’est plongée trois ans durant dans le quotidien de Vinsantos DeFonte, alias Lady Vinsantos. Cette drag-queen très connue du milieu underground a fait ses armes à San Francisco et surtout New Orleans, jusqu’à y fonder sa propre école. La caméra de Coline Abert explore ses ateliers, réunions, répétitions et performances scéniques avec générosité et délicatesse. Le résultat se révèle redoutablement émouvant : le portrait de la Nouvelle-Orléans, de cette ville devenue, après l’ouragan Katrina, une scène émergente à la créativité folle, vaut le détour. De même que cette exploration d’un art souvent réduit à des clichés ou des artefacts. On découvre, si on en doutait encore, la part artistique, politique et même intersectionnelle, au sens le plus noble du terme, du drag, pratique consistant à trouver en soi la femme, ou même l’homme, qui sommeille. Dont les très émouvantes Fauxniqueet Sarah Cards, ces femmes que Vinsantos qualifiera de « cisters ». 

L’adieu à l’alter ego

Toutes deux explorent leur propre féminité trop longtemps niée ou tue à travers le drag ; Fauxniquese fait également drag king à ses heures perdues, de même qu’une élève de l’école trouvant « hilarant » de désagréger par la force de l’humour et de la sensualité la virilité toxique. Franky Canga, fort d’une pratique assidue de la danse, interroge le corps et la représentation du corps noir, jusqu’à se réapproprier, pour sa performance parisienne, le célèbre Strange Fruit de Billie Holiday. L’autre belle idée de Last Dance consiste à accompagner la naissance de la vocation drag, l’émulsion de ses jeunes recrues, et dans le même temps, le désir de raccrocher nourri par Vinsantos. On se replonge, au fil de rares mais éclairantes archives et savamment disséminées, dans les premiers pas de cet alter ego féminin présent dès l’enfance. Mais aussi dans des années marquées par le sida, Act Up, les drogues en tout genre … L’adieu à l’alter ego, annoncé et inévitable, n’en est pas moins bouleversant. 

SUZANNE CANESSA

Last Dance, de Coline Abert
En salle depuis le 22 février

Que reste-t-il de nos amours perdues ?

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Arrête avec tes mensonges © TS Productions

En 2017 paraissait le livre le plus personnel de Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges. Quand on propose à Olivier Peyon d’adapter ce roman qu’il n’a jamais lu, il est séduit par la troisième partie qui raconte la rencontre de Philippe Besson avec Lucas, le fils de son premier amour. Le romancier Stéphane Belcourt (Guillaume de Tonquédec), qui a accepté de parrainer le bicentenaire d’une marque de cognac, revient pour la première fois depuis trente-cinq ans à Barbezieux, la petite ville de son adolescence. Visage fermé malgré les efforts de la volubile Gaëlle (Guilaine Londez) qui l’accueille. Souvenirs qui rejaillissent. En 1984, il a vécu là son premier grand amour avec Thomas Andrieu (Julien de Saint-Jean), fils de petits viticulteurs qui, déjà, « sait quelque chose que je ne sais pas : que je partirai », confie la romancier. Or parmi les organisateurs, il y a quelqu’un qui lui ressemble, Lucas (Victor Belmondo), qui s’avère être le fils de ce premier amour qu’il n’a jamais oublié. C’est par une douzaine de flash-back, parfois juste quelques images, que nous est racontée cette relation cachée, le désir irrépressible, les rencontres dans un gymnase désaffecté, prés d’un lac et d’une carrière, dans la chambre de Stéphane, « devenue notre royaume, notre nid ou personne ne pourrait nous atteindre ». Scènes de sexe crues filmées avec pudeur, moments de tendresse aussi. Mais la réussite du film tient surtout au choix d’Olivier Peyon d’avoir privilégié  la rencontre de l’écrivain avec Lucas, de raconter ce fils cherchant à briser les secrets. Et de questionner : « Il était comment mon père quand il était jeune ? », « Le regard de mon père sur sa photo de mariage…Pourquoi vous étiez le seul à pouvoir le faire sourire ? ». La caméra de Martin Rit, s’attarde sur le visage de Guillaume de Tonquédec, qui joue superbement le désarroi, la panique parfois de Stéphane, rattrapé par tous ses souvenirs, dans cette ville où il a beaucoup souffert.
Et même si, comme le confie Gaëlle, « rester n’est pas forcément subir ! », on n’oublie pas qu’en en 2023, le pape qualifie encore l’homosexualité de péché, que dans soixante-neuf pays elle demeure interdite et punie par la peine de mort dans onze. Des histoires d’amour comme celle de Philippe/Stéphane et de Thomas, à qui Olivier Peyon dédie son film, il y en a, hélas !, encore beaucoup… Après avoir vu le film, Philippe Besson dira :  « J’ai été ramené à ces questions toutes simples que nous nous posons tous un jour : que reste-t-il de nos amours perdues ? Une autre vie était-elle possible ? ».

ANNIE GAVA

Arrête avec tes mensonges d’Olivier Peyon
En salle depuis le 22 février

Lorsque le clavecin d’hier rencontre la harpe d’aujourd’hui

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Première mondiale que cette monographie de Rameau enregistrée à la harpe dans l’acoustique de l’Abbaye de Royaumont par Constance Luzzati. Un florilège des plus belles pièces à titre des Suites de pièces de clavecin de 1724 (suite en mi et suite en ré) et des Nouvelles suites de pièce de clavecin de 1728 (suite en sol). La fine harpiste élargit le champ du répertoire de son instrument, participe à des créations contemporaines, transmet son art au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, rédige une thèse d’interprète et resitue le sens de la transcription des œuvres. Il ne s’agit pas de traduction, qui signifie que l’on passe d’une langue à l’autre. « Hormis pour ce qui concerne le développement du répertoire, la transcription est ‘‘inutile’’ à l’œuvre, elle est ‘‘gratuite’’, et c’est précisément là que réside son intérêt », écrit la musicienne en préambule. La plupart du temps, les partitions pour clavecin sont jouées à la harpe sans modifier une note. Tantôt le son délicieusement aigrelet du clavecin résonne sous les doigts de la harpiste, tantôt on a l’impression d’entendre un ensemble de guitares au son moelleux, tantôt la fluidité cristalline de la harpe reprend le dessus. 

Foisonnant frémissement

Peu importe l’instrument employé, priment la vivacité des danses, l’humour (ainsi La Poule), la subtilité de composition, la charpente puissante des tableautins d’où émergent les silhouettes des Cyclopes, sans doute plus champêtres que telluriques à la harpe, des Muses qui conversent, de la Villageoise en un rondeau rêveur, de l’élégante Dauphine. Le timbre des cordes pincées de la harpe (comme celles du clavecin, mais avec des arrondis plus marqués, des résonances plus nimbées) s’accorde à la poésie du Rappel des oiseaux dont la virtuosité d’écriture, ses décalages, ses syncopes, sa narration plus proche de l’opéra que de la musique de salon, transcrivent la volubilité des oiseaux en un foisonnant frémissement tandis que Les Sauvages, l’un des tubes du CD, transportent l’auditeur. Se déploie tout au long du disque, jusqu’à l’œuvre éponyme L’Enharmonique et ses changements de tonalité grâce à ses « notes enharmoniques » – c’est-à-dire nommées différemment mais produisant le même son dans la gamme tempérée – une interprétation convaincante de l’œuvre de Rameau, où l’on entend les « deux mains » du clavecin sublimées par les harmoniques d’une harpe aux sons ciselés. Il n’y a pas de trahison dans cette clarté où les ornementations fleurissent non comme de futiles fioritures, mais par l’exposition d’un propos qui s’affirme et s’aiguise. À écouter en boucle ad libitum !

MARYVONNE COLOMBANI

Enharmonique Rameau, Constance Luzzati, harpe, Paraty.
Sortie le 17 mars

Corps et territoires

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Bassem Saad - Congress of Idling Persons © courtesy de l'artiste

Vue d’ensemble

Poussée la porte du Panorama, on est accueilli par le son envahissant l’espace d’exposition d’une vidéo (The Congress of Idling Persons – 2021) projetée sur un grand écran fixé à un échafaudage métallique traversant les deux tiers du lieu. Dans ce qui reste d’espace, deux autres échafaudages, accueillant ici une dizaine de calligrammes illustrés, là les vidéos Saint Rise (2018) et Kink Retrograde (2019), ailleurs des piles de feuilles imprimées de trois textes en anglais, que l’on peut détacher et emporter…

La plus grande partie de ces échafaudages est recouverte de toile transparente, qui recouvre également la grande baie vitrée du panorama donnant sur le toit-terrasse de la Friche, où sont inscrits en anglais et français des mots ou de courtes phrases à résonance politique (« another end of french revolution after colony in prison », « ce malaise qui peut à peine être nommé »…). Des poufs géants jonchent le sol, invitant à se saisir des casques audios mis à disposition et s’installer pour regarder les vidéos sur moniteurs. Deux sculptures formées à base d’attelles médicales, l’une posée au sol, l’autre suspendue à l’horizontale près du sol, complètent l’ensemble, ainsi que trois lenticulaires (images miroitantes qui changent en fonction de l’angle du regard). 

Saint-Charbel, contrat kink et mobilisations

En se calant sur les Jumbo bags, on peut donc, casque sur les oreilles, suivre l’arrivée, dans Saint Rise, sur un semi-remorque, avant son élévation au-dessus du village de Faraya, d’une statue monumentale (26 mètres) d’un saint maronite, Saint-Charbel, au blanc immaculé. Dont on apprendra, entre autres choses, par des séquences montées en « cut », qu’il est fait du même mélange de fibre de verre très coûteux qu’une île flottante (62 mètres de long et 48 de large) prévue pour la rade de la ville de Jounieh, conçue par une entreprise libanaise. Ces deux objets étant tous deux traversés par de multiples ambitions et enjeux. De l’autre côté de l’échafaudage sont présentés une dizaine de « collages numériques préparatoires » interrogeant la révolution française, la guillotine et la laïcité, la prison et la castration, le colonialisme et le maintien de l’ordre, l’homme blanc, la cause palestinienne, convoquant entre autres Fanon, Hegel, Derrida, Genet, Houria Bouteldja (fondatrice des « Indigènes de la République »), ou Hamida Djandoubi dernier homme guillotiné en Europe en 1977 à Marseille. Dans Kink Rétrogade, on voit un personnage habillé d’une combinaison blanche et de gants en caoutchouc assis au bord d’une mare polluée, aspirer de l’eau avec une poire à lavement anal, pour en arroser ensuite la végétation qui se trouve autour de lui. Ou un smartphone sur la vitre duquel est coupée et recoupée avec une lame de rasoir une poudre grise. Ou des vues en strates anthropocéniques de la ville de Beyrouth. Une voix off médite sur l’état du monde, associe cancer et crise des déchets, considère diverses durées (espérances de vie, fréquence des krachs boursiers, …), interroge le contrat social, le care, le contrat résilient, ou le contrat kink (référence aux pratiques BDSM). Enfin, dans Congress of idling persons, des témoignages de différentes figures de luttes au Liban (l’écrivaine Islam Khatib, l’activiste Mekdes Yilma) s’interrogeant sur leurs expériences, sont entrecoupés de séquences de manifestations faisant référence aux révolutions tunisienne, égyptienne, syrienne, aux mobilisations féministes chiliennes, et au mouvement Black Lives Matter. 

La profusion, la superposition des concepts, des images et des paroles concentrées dans les œuvres contrastent avec une scénographie d’exposition aux espaces organisés de façon très claire, et presque cosy. Pour des propositions artistiques, à dimension documentaire et critique, à la fois brutes et délicates, explorant de nouvelles subjectivités, appelant à une nouvelle écologie, économie, politique des liens entre identités, corps, territoires et pouvoirs.

MARC VOIRY

Des fumées dans la ville voisine
Jusqu’au 18 mai
Panorama, Friche La Belle de Mai
Marseille

Babel Music XP : les musiques mondiales ont rendez-vous à Marseille

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Olivier Rey © Jean de Peña

Zébuline. Quelles dynamiques ont permis de faire renaître un événement d’envergure internationale comme Babel Music XP ?

Olivier Rey. A la fin de Babel Med Music en 2016, nous étions intimement convaincus que l’événement avait du sens et une légitimité parce qu’il mettait en miroir la dimension économique, sociétale et culturelle des musiques actuelles du monde. Trois éléments dont les enjeux n’avaient pas coutume d’être associés et auxquels le projet refondé répond. On s’est rapidement inscrits dans une dynamique collective pour coconstruire un nouvel événement que l’on considère d’intérêt général parce qu’il est au service de la filière. Pour nous, il fallait absolument que les différents acteurs de l’écosystème musical puisse manifester leur intérêt et nourrir le projet. Des réseaux régionaux nationaux et internationaux ont validé et soutenu la démarche. Le point central était de savoir comment réinventer le modèle économique de l’événement et les partenaires institutionnels, les collectivités territoriales au premier chef – Région Sud, Ville de Marseille et Métropole -, ont fait preuve d’une écoute attentive. En 2020, au milieu de la crise du Covid, nous avons proposé un « before » au format digital qui a montré sa pertinence : au moment où la filière était à l’arrêt, ce moment lui a permis de se rassembler autour des thématiques qui la traversent. En 2021, il y avait encore les contraintes liées au Covid ; en 2022, les mobilités internationales n’étaient toujours pas assurées donc on s’est projetés sur l’édition 2023.

A quoi peut servir un marché de la filière musicale, particulièrement dans le secteur des musiques actuelles du monde et dans l’après-Covid ?

Il y a de moins en moins de fenêtre de diffusion pour les artistes des esthétiques que l’on défend et qui font carrière principalement sur scène. Il faut un événement fédérateur pour participer à la relance, notamment économique. Depuis la crise sanitaire, les programmateurs ont tendance à s’orienter vers des têtes d’affiche dont le cachets ont augmenter, pour certaines, de 30 %. Cela grève les budgets, donc nécessite de faire de la billetterie et donc diminue les possibilités de prendre des paris sur des artistes émergents ou en développement de carrière. L’idée, avec Babel Music XP, est de rassembler tout ce monde-là pour pouvoir poser les modalités d’un nouveau mode de fonctionnement, surtout après la fin de certaines aides liées au Covid. Recréons des connexions et un climat de confiance pour imaginer des coopérations et combattre la frilosité ambiante.

Quelle est la pertinence de l’organiser à Marseille ?

Depuis que Babel Med Music s’est arrêté, les marchés ont fait florès sur tous les continents. On sait que ce sont des accélérateurs de carrière mais pour des artistes locaux, il est souvent difficile d’y accéder. Sur notre créneau, il n’y a pas d’équivalent en France alors que le premier marché des musiques du monde en Europe, c’est la France. Tous les métiers de la filière au niveau régional et national vont donc bénéficier de la venue du monde entier à leur porte sans avoir à prendre l’avion. Si on a enlevé le terme « Med » de notre nom, c’est parce qu’on s’est rendu compte que dans certains territoires de la planète, on pensait que Babel Med Music était confiné à l’aire méditerranéenne. Mais quand on discute avec nos collègues internationaux, on constate que Marseille est un point d’ancrage puissant dans l’imaginaire des gens. Que l’on vienne d’Europe et du continent Nord-Américain pour prendre le pouls du bassin méditerranéen et de l’Afrique sub-saharienne ou que l’on vienne des pays du Sud qui nous voient comme la porte d’entrée pour accéder aux marchés occidentaux. Enfin, Marseille fait sens parce que la ville raconte l’histoire des diasporas, des migrations, des passages entre les continents.

Quels sont les principaux enjeux des rencontres professionnelles ?

Nos musiques sont aussi porteuses de valeurs. On ne vit pas dans un monde clos, déconnecté des préoccupations sociétales. Avec l’inclusion, l’égalité des genres, la diversité ou d’autres sujets, la question de la transition écologique traverse intégralement la filière. Les festivals sont un secteur énergivores et la crise énergétique a contraint des salles, qui ne pouvaient pas payer les factures, à fermer. En même temps, de plus en plus de dispositifs sont portés un peu partout à travers le monde. Notre volonté est de rassembler autour de plusieurs tables rondes les acteurs de ces initiatives qui ne parlent pas forcément entre eux. Non pas pour les photocopier mais pour s’en inspirer et être plus vertueux dans nos pratiques. On n’a pas d’avis préconçu et l’idée n’est pas de faire du militantisme forcené mais de montrer comment, à partir de récits inspirants du monde entier, on peut tracer son propre chemin sur son territoire. Sur l’égalité des genres, il y a par exemple une table ronde qui réunit Yacko enseignante et rappeuse féministe indonésienne, Germaine Kobo, chanteuse belge d’origine congolaise et Alexandra Archetti Stølen, directrice du Oslo World Festival. Le secteur culturel est souvent à l’avant-garde sur des idées qui peuvent infuser la société. Et Babel veut être la caisse de résonance de ce genre d’avancée.

Babel Music XP est aussi ouvert au grand public, à travers trente-deux concerts. Pourquoi cette dimension est-elle importante ?

On est un événement consacré aux musiques actuelles du monde. Le marché accueille le monde, les rencontres professionnelles sont empreintes des préoccupations actuelles et il est inconcevable de ne pas proposer des musiques à écouter. Babel Music XP donne l’opportunité aux artistes de se retrouver face à des programmateurs. Et la meilleure des expositions pour un artiste reste quand même de montrer son travail sur scène, face à un vrai public. Parce qu’il se passe autre chose que devant un auditoire composé des seuls professionnels qui, eux, pourront se projeter. Par leur diversité et leur ancrage dans le monde d’aujourd’hui, les trente-deux groupes qu’on propose définissent très le périmètre des musiques que l’on promeut.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS

Babel Music XP
Du 23 au 25 mars
Divers lieux, Marseille

Lignes de fuite 

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© X-DR

Le public était à nouveau au rendez-vous du désormais rituel Au bout, la mer, proposé par la Mairie des 1er et 7e arrondissement de Marseille. Sous un soleil dominical bienvenue, 18 000 personnes ont déambulé le long d’une Canebière transfigurée dans sa partie piétonne. Au milieu des stands habituels – marché de producteurs, jeux pour enfants, village associatif, université populaire… -, les formes circassiennes courtes tiennent le haut du pavé. Comme d’habitude, il s’agit de jouer avec les lignes de fuite, d’intégrer l’horizon dans les acrobaties sens dessus dessous, d’inviter à la contemplation les yeux dans les cieux. Dans l’écrin verdoyant du Jardin des vestiges du Port antique, les deux acrobates de la compagnie Si seulement offrent 45 minutes de pure grâce aux spectateurs subjugués de tous âges, suspendus à la délicatesse des deux artistes s’effleurant, grimpant au mât pour offrir d’entêtants points de vue au milieu des ruines, tentant le jonglage à l’aveugle… Un duo misant sur la force de la confiance et du lâcher prise, deux essentiels des binômes de main à main. 

À quelques encablures de là, plus tard dans l’après-midi, les cinq artistes de la compagnie Lézards Bleus réussissent la prouesse de tenir en haleine la fourmilière bouillonnante investissant la Canebière. Têtes levées et souffle coupé, les spectateurs vibrent à l’unisson en suivant les pérégrinations de ces jeunes hommes rompus à l’art du parkour, escaladant les façades, sautant de toit en toit, toisant la foule du haut des divers édifices. Une performance de toute beauté orchestrée par Antoine Le Ménestrel, ancien grimpeur passé maître dans l’art de la danse sur façades depuis trente ans. De l’exigence à ciel ouvert, une belle manière de clôturer un mois trépidant consacré au cirque sous toutes ses formes à échelle de la région Paca, tout en sensibilisant les spectateurs des futures éditions. 

JULIE BORDENAVE 

Au bout, la mer se tenait le dimanche 12 février sur la Canebière, en clôture de la Biennale Internationale des Arts du Cirque

Liddell, rayon boucherie

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Liebestod © Christophe Raynaud de Lage

Difficile de sortir indemne du Liebestod d’Angélica Liddell. C’est aussi pour ça qu’on y va. Et pour certains qu’ils y retournent. Tandis que d’autres – étonnamment très peu – partent avant la fin. Supporter les allégories radicales de la metteuse en scène espagnole n’est pas à la portée de tous. Elles ne sont pourtant qu’une illustration, qu’un support du texte, monologue parfois hurlé qui bouscule souvent davantage que les tableaux humains – mais pas que – qui ponctuent le spectacle. Celui, inaugural, où un homme à la longue barbe, torse nu et en jupe, tenant une dizaine de chats en laisse, est de loin la moins perturbante. Pour nous mettre rapidement dans l’ambiance, Liddell, attablée avec un verre de vin rouge, se taillade les mains puis les jambes avant d’éponger son sang avec une tranche de pain qu’elle ingurgitera. Une image qui en dit long sur son obsession/admiration pour la mort. Celle-ci est présente tout au long des deux heures de cette pièce d’une densité autant visuelle qu’orale incroyable. Si Liebestod fait référence à l’air final d’Isolde dans l’opéra de Wagner, son interminable sous-titre évoque le torero Juan Belmonte, que l’artiste cite comme modèle d’audace et de prise de risque en réponse à la médiocrité du monde actuel qui la révulse. Quant au toro, celui du combat tauromachique, il est représenté à deux reprises sur le plateau. L’un, entier et sur pied, auquel elle semble prête à se donner ; l’autre, en deux demi-carcasses descendant du ciel, au milieu desquelles elle se glisse, un poignard à la main. Œuvre à la métaphore sacrificielle, Liebestod est aussi un manifeste plaçant l’art comme esthétique immorale au-dessus de tout discours politique ou social. Dans une de ses nombreuses diatribes contre le système, Angélica Liddell se désole d’une jeunesse qu’elle considère apathique parce qu’elle pense à défendre sa retraite plutôt qu’à véritablement faire exploser les conventions. Avant cela un cercueil, des nourrissons et une personne amputé du bras et de la jambe droites, moignons à l’air, sont passés sur scène. Provocations ? Pas dans l’esprit de l’artiste dont la principale motivation est de se libérer, et avec elle le public, de l’asservissement de la pensée. On a été servi.

LUDOVIC TOMAS

Liebestod a été joué du 9 au 11 février, à La Criée, théâtre national de Marseille.

Poèmes intérieurs 

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Falaise © François Passerini

Le petit monde de Baro d’evel est régi par une « écriture précise prête à improviser à chaque instant, (…) une dramaturgie à tiroirs ». En une dizaine de créations pensées pour la salle comme pour le chapiteau ou l’extérieur, la compagnie franco-catalane a su instaurer son univers bien à part dans le paysage du cirque contemporain. À sa tête, Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias, installés dans une ancienne cave coopérative dans le Comminges, œuvrent de concert à lier nature et culture, en mots comme en actes. Les animaux, ils travaillent avec depuis leurs débuts : on ne parle pas ici de monstration de numéro, mais bel et bien de présences conviées au plateau, incluant toujours une inévitable part d’improvisation d’où surgit la grâce. Leurs pièces, ils les conçoivent comme « des poèmes intérieurs », ménageant toujours un rapport privilégié avec le public. À l’image du micro chapiteau du Sort du dedans (2009), cocon intimiste enserrant les spectateurs en ses multiples membranes animées du souffle des humains et des chevaux courant tout autour. En 2012, le spectacle Mazut crée un tournant dans leur parcours. Les deux artistes s’y aventurent dans des contrées plus abstraites et paradoxalement plus évocatrices, osant la radicalité. Le ton de la compagnie s’affirme, ses obsessions et son propos aussi, en même temps que son univers graphique, en complicité avec Benoît Bonnefrite (dont les Marseillais peuvent admirer le fameux trait trembloté en devanture du restaurant La Boîte à sardines aux Réformés !). 

Dénuement métaphysique 
Ce cheminement les mène à imaginer un diptyque autour de la fin du monde : au dénuement métaphysique de (2018) répond le foisonnement inquiet de Falaise (2019). Dans le premier volet caracolent un couple de danseurs – sur lequel plane l’ombre du duo chorégraphique catalan Mal Pelo – et les facéties de Gus le corbeau pie. Constitué d’une immaculée toile de fond recouverte de blanc de Meudon, le décor est le résultat d’expérimentations plastiques menées en partie à la Pedrera, ce fantasque immeuble de Gaudi planté en plein cœur de Barcelone. Dans le second volet, huit humains, un cheval fantomatique et des pigeons virevoltants s’affairent au plateau sur une dramaturgie de Barbara Métais-Chastanier. Atemporel, baigné de gris et clair obscur, le décor se constitue de façades minérales abruptes et de lampadaires, d’où l’on se hisse autant que l’on risque d’en chuter. Dans les deux créations, la transdisciplinarité règne en maître : danse, acrobaties, théâtre et musique, le chant lyrique de Camille Decourtye se frotte aux délires picturaux de Blaï Mateu Trias, inspirés tant par Antonio Tapiès que Samuel Beckett, Jacques Tati, Buster Keaton, Wim Wenders… Pêle-mêle ici, les anges choient des toits, les clochards crèvent les murs au sens propre et les élégants chevaux n’en font qu’à leur tête. On pense aussi à Martin Zimmermann pour la sophistication des images noir et blanc, d’où émanent borborygmes ou improbable esperanto, assaisonnés d’un humour volontiers absurde. Tous attendent ou explorent des stratégies d’évitement et de contournement. Devant la fin du monde annoncée, on ose défier l’angélisme et fuir l’optimisme forcé. Plus dure sera la chute ?  

JULIE BORDENAVE 

Falaise
Du 28 février au 4 mars
La Criée, théâtre national de Marseille
Une programmation du Théâtre du Gymnase, hors les murs.

Midi sur scène

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Le Poids des Nuages © Caillou

Après une édition 2022 couronnée de succès, le festival Régions en scène se réinstalle sur les scènes de Fos, Vitrolles, Pertuis … pour une sélection de spectacles destinés tantôt aux professionnels accrédités, tantôt au public. C’est ainsi à 19 heures le 28 février que tout un chacun pourra découvrir au Théâtre de Fos Fin de la 4ème partie, spectacle de la compagnie Peanuts qui sera également proposée à 14h30 à un public de scolaires. Cette pièce tous publics, indiquée à partir de 9 ans, imagine, entre autres, un monde post-apocalyptique et « post-humain » pour mieux questionner notre rapport collectif à l’utopie, au réel et au virtuel. Puis c’est en musique et à Vitrolles que la musicienne tous terrains Ottilie [B] et le violoncelliste Olivier Koundouno s’emparent du Théâtre de Fontblanche. Au programme, percussions, violoncelle donc, mais aussi charango, sensa, machines, beat … et du chœur à l’ouvrage ! On retrouve également Nicolas Torracinta, guitariste chanteur qui revisite depuis plusieurs années les musique de tradition corse à la sauce anglo-saxonne, sur fond d’onirisme planant et féerique propre au conte. Le 1er mars, la ville de Pertuis accueille l’intégralité des festivités. Dès 11 heures, place Garcin, Le poids des nuages, spectacle de cirque inspiré du mythe d’Icare et porté par la compagnie Hors Surface, va faire vibrer le cœur de la ville. Au programme : trampoline et jeux d’équilibre étourdissants effectués par Damien Droin et Émilien Janneteau. Le Théâtre de Pertuis propose ensuite l’alléchant Crème-Glacée de l’Insomniaque Compagnie, ode aux appétits en tout genre d’une petite fille solitaire. Il faudra enfin rejoindre la médiathèque Les Carmes, à 17 heures, pour entendre les Histoires rebelles de L’Auguste Théâtre, conférence documentée dont Claire Massabo a le secret et qui propose pour un public à partir de 9 ans de découvrir les itinéraires d’une quizaine de personnages célèbres : Galilée, Spartacus, Nina Simone … Des rendez-vous à ne pas manquer également pour les professionnels qui pourront échanger autour du Labo des idéaux concocté par la Compagnie Le Pas de l’oiseau le 28 février au Théâtre de Fos. Mais aussi et surtout pour un public que l’on espère familial et nombreux.

SUZANNE CANESSA

Régions en scène
28 février
Divers lieux, Bouches du Rhône
1er mars
Divers lieux, Vaucluse