samedi 11 juillet 2026
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Une mosaïque de spectacles

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Descensions © N.Sternalski

La tournée Mosaïque est un dispositif initié par la Région Sud et financé par l’opérateur culturel régional Arsud. Forte du succès de ses trois premières éditions d’été, l’événement propose sa première saison d’hiver en diffusant des spectacles gratuits jusqu’au 24 mars dans les théâtres et scènes conventionnées des six départements de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les compagnies et ensembles présentés, issus du territoire régional, sont tous d’une envergure nationale et internationale et offrent des soirées d’une teneur et d’une qualité qui transportent les publics. Les marionnettes de l’Anima Théâtre nous entraîneront avec REBETIKO de Panagiotis Evangelidis, dans une odyssée nouvelle nourrie d’images et de musiques puisées dans le vaste répertoire du Rébétiko. Cette forme d’expression musicale est née dans la Grèce des années 1920 à la suite de la « Grande Catastrophe », phase finale de la deuxième guerre gréco-turque qui conduisit au massacre ou à l’expulsion des populations chrétiennes d’Asie Mineure. Les États qui ferment leurs frontières, les peuples poussés à quitter leurs terres, se voient évoqués dans ce spectacle par les silhouettes émouvantes des figurines qui, malgré l’immobilité de leurs visages, deviennent expressives et bouleversantes. L’art du cirque a une belle part dans cette programmation : Éther de la compagnie Libertivore relie par un assemblage de fils et de cordes deux planètes, telles deux miroirs où l’une et l’autre se reflètent. Un duo étrange s’instaure entre deux circassiennes, sœurs, ennemies, indifférentes, écho des relations qui se tissent entre les êtres au cœur d’une poésie lunaire. La compagnie Lézards Bleus livre avec Descensions un trajet étonnant mêlant chant lyrique, Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche et danse de façade (par danse de façade entendez les murs du théâtre, intérieurs ou extérieurs, sur lesquels évoluent les artistes). Que de merveilles !

MARYVONNE COLOMBANI

24 mars
Descensions
Théâtre du Briançonnais, Briançon
04 92 25 52 42 
theatre-du-brianconnais.eu
www.tourneemosaique-regionsud.com

À Berlin, focus sur l’hôpital français

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"Notre corps", de Claire Simon © Madison films

À l’heure où on parle beaucoup de la crise du système hospitalier et des souffrances du personnel soignant, deux films français, à la 73e Berlinale, nous emmènent dans deux hôpitaux. L’un, Notre Corps, un documentaire tourné à l’hôpital Tenon où Claire Simon a passé six à sept semaines ; l’autre, une fiction, très inspirée par le réel, Sages-femmes de Léa Fehner.

Notre corps

C’est la voix de Claire Simon qui nous fait entrer dans le service de gynécologie obstétrique et médecine de la reproduction de l’hôpital : « C’est la productrice Kristina Larsen qui m’a soufflé l’idée d’aller filmer l’hôpital après y avoir passé deux ans. Je voulais filmer un service hospitalier de femmes… Entre chez moi et l’hôpital, se trouve un cimetière. Ça m’a fait rire, mais ça m’a aussi fait peur. » Un prologue filmé en un seul plan pour ouvrir ce film et les portes de l’hôpital où pendant quelques heures nous allons assister à ce qui peut arriver au corps des femmes, de la jeunesse à la mort. Nous assistons ainsi aux entretiens de jeunes femmes qui souhaitent avorter, aux consultations pour une transition de genre, pour des problèmes d’endométriose, d’infertilité, de cancer.

La caméra de Claire Simon s’introduit aussi dans les salles d’opération,  filmant tour à tour, une césarienne, un accouchement sous péridurale, de profil, nous montrant en même temps le bébé qui sort et le visage de la parturiente nimbé de lumière. Parcourant de longs couloirs, nous passons, comme dans la vie, d’instants remplis de joie et d’espoir à des moments terribles comme cette scène d’entretien où une jeune hispanique apprend les risques de stérilité après une opération indispensable: la patiente communique avec son médecin à l’aide de l’application Google Traduction de son téléphone portable. Il y a ces scènes extraordinaires de la fécondation in vitro à laquelle on assiste aux cotés d’un stagiaire qui apprend la technique. « Connaître le processus de PMA n’est pas la même chose que le voir », précise la cinéaste. Si Claire Simon filme avant tout les corps des femmes, elle s’intéresse aussi réunions de médecins, les « RCP », où ils discutent et se mettent d’accord sur les interventions. Et soudain, aux deux tiers du documentaire, on retrouve la cinéaste dans une salle d’attente : « Quand le film et la maladie se rencontrent, c’est important de comprendre.» C’est à présent elle, la patiente : elle apprend qu’elle a un cancer du sein, et plus tard, qu’elle va subir une mastectomie. « L’hôpital est un lieu où chacun arrive avec son histoire. Il y a une myriade d’histoires. Une valse folle des destinées. La malade n’a qu’une histoire, la sienne. »

Tourné avec une équipe exclusivement féminine, Notre corps est un documentaire très fort qui nous permet de voir, de comprendre, de mettre en relation mots et images et de réaliser combien la vie est belle et fragile.

Sages femmes

« Sages-femmes » de Léa Fhener © Geko Films

Dès que Sofia (Khadija Kouyaté) et Louise (Héloïse Janjaud),deux amies,prennent leur poste à la maternité, elles sentent, et nous aussi, la tension qui règne dans le service. Une caméra nerveuse les suit, alors qu’elles reçoivent les instructions d’une autre sage-femme exténuée. Sofia veut travailler à la salle de naissance, pas s’occuper du travail de préparation à l’accouchement. Douce et efficace, elle prend des initiatives mais parfois manque d’assurance pour les cas difficiles ce qui lui vaudra d’être affectée à la préparation des accouchements, poste qu’elle refuse. Toutes sont sur les nerfs car le personnel est en sous effectif, il n’est pas rare que chacune se retrouve avec trois accouchements à assurer et quand il faut réanimer un bébé, quand le matériel pour les péridurales tombe en panne, quand une parturiente arrive sans aucun suivi médical, la salle de naissance, ressemble aux urgences. Quand une SDF qui vient d’accoucher se retrouve à la rue et que Valentin (Quentin Vernède), leur colocataire, l’accueille sans leur en parler, la tension monte entre Sofia qui comprend et Louise qui refuse. Et dans le service, le stress est permanent, la fatigue, extrême, poussant certaines à démissionner. « Je ne veux plus maltraiter les parents ! », pleure Bénédicte (Myriem Akheddiou) qui vient d’apporter le corps d’un bébé mort à ses parents abandonnés pendant cinq heures dans une chambre. Léa Fehner a su aussi ponctuer ce film nécessaire et politique de séquences drôles comme la garde de Noël où Valentin apporte un gâteau qu’il a décoré… d’une vulve en sucre ou celle où Louise parvient à chasser de la salle de naissance la mère de Réda (Tarik Kariouh) seul homme sage-femme du service : elle voulait prendre à tout prix les décisions à la place de Souad, sa fille qui allait accoucher.

Ecrit et tourné avec des comédiens sortant du conservatoire d’art dramatique de Paris qui ont construit leur personnage à partir des témoignages d’une dizaine de sages-femmes, Sages femmes est un film sous haute tension comme l’hôpital aujourd’hui. « Ce cœur battant de la maternité, je voulais qu’on puisse le sentir dans le film», explique la cinéaste. C’est chose faite.

ANNIE GAVA, à Berlin

Notre corps, de Claire Simon et Sages-femmes, de Léa Fehner ont été présentés à la 73e Berlinale, qui s’est tenue du 16 au 26 février, à Berlin.

« Le Ciel rouge », dans le feu de la Baltique

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"Le Ciel rouge"de Christian Petzold © Christia Schulz Schramm Film

Le réalisateur allemand Christian Petzold vient de décrocher à Berlin, l’Ours d’argent du Grand prix du jury, pour Roter Himmel (titre français : Le Ciel rouge), deuxième volet d’une trilogie mettant en avant les éléments. Après l’eau d’Ondine, ce sera donc le feu. Le feu d’un été brûlant, d’un incendie au temps du réchauffement climatique, le feu des passions éternelles qui consument les cœurs. Heinrich Heine y est convoqué : « Je suis de la tribu d’Asra / de ceux qui meurent quand ils aiment ».

Une forêt, une station balnéaire de la Baltique. Loin des villes, un paradis estival qui devrait être d’insouciance mais sur lequel volent les hélicoptères des soldats du feu. Deux amis, Felix (Langston Uibel) et Leon (Thomas Schubert) emménagent dans une villa prêtée par la mère de Felix. Le premier veut prendre du bon temps et trouver une idée de sujet pour un porte-folio. Le second doit finir le manuscrit de son deuxième roman. Tout oppose les deux jeunes hommes. La classe sociale, le physique, le caractère. Felix est ouvert, positif, sympathique. Leon est bougon, négatif, maladroit. Tout à la fois vaniteux – il se drape dans la toge de l’ « artiste » qu’on ne doit pas déranger dans sa création, et jaloux de l’aisance des autres à vivre. Entre mépris et envie. Anxieux des jugements de son éditeur (incarné par Matthias Brandt) et de ses lecteurs. Le réalisateur, qui ne manque pas d’autodérision, a affirmé qu’il s’identifiait au masochisme de ce personnage.

Faussement simple

Le film commence comme une comédie de caractère et de situation, autour des réactions cocasses de Leon face à l’enchaînement des contrariétés. Panne de voiture, maison déjà occupée par Nadja (Paula Beer), une nièce de la propriétaire et, cerise sur le gâteau, l’intrusion de Devid (Jonas Dassler), athlétique surveillant de baignades aux solides appétits sexuels. Entre l’écrivain, le photographe, le maître-nageur et la jeune femme, vont se nouer des rapports amicaux, amoureux. Un coup de foudre refoulé. Un coup de foudre assumé. Charme solaire de Nadja qui pédale par les chemins et échappe à tous les regards convenus, sensualité des corps qui bronzent, jouent, font l’amour. Christian Petzold dit s’être inspiré des « films d’été français » et du Songe d’une nuit d’été deShakespeare : le théâtre de la confusion sentimentale et des faux semblants, la légèreté et la gravité intimement liées. La vie, l’amour, la maladie, la mort.

Le Ciel rouge est un film faussement simple. Un film sur le regard. Celui de Léon qui se trompe systématiquement sur la réalité qu’il observe – la référence fugace à Uwe Johnson, disciple d’une école du regard, n’est sans doute pas fortuite. Celui de Felix qui photographie ceux qui regardent la mer, de face et de dos. Celui du réalisateur, enfin, qui manipule le nôtre, amusé, et bougrement malin !

ÉLISE PADOVANI, à Berlin

Le Ciel rouge de Christian Petzold a été présenté à la Berlinale 2023, Berlin.
Le film a reçu l’Ours d’argent du Grand prix du jury.

Une « dernière » fête à Venelles

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Ce soir-là, la salle des fêtes de Venelles proposait son dernier concert. Les prochains spectacles seront accueillis désormais au tout nouveau pôle culturel L’Étincelle, avenue de la Grande Bégude. Une certaine nostalgie nimbait ce concert d’adieu à un lieu qui a su héberger tant de formations diverses, chanson, musique contemporaine, créations… Deux ensembles étaient invités à partager ce moment particulier, le groupe marseillais Biensüre et le « Prince du Raï 2.0 », Sofiane Saidi.

« Certains sont loin, certains sont près, / Certains passent par mon cœur mais / Hélas, Hélas, / Je n’ai pas trouvé d’ami / Comment vais-je trouver ? » Les quatre musiciens de Biensüre reprennent le refrain Eyvah, Eyvah (« Hélas, Hélas ») en chœur avec le public qui chaloupe devant lui. Hakan, le parolier du groupe, évoque dans ses textes les amours oubliées, les amitiés perdues, les déracinements, mais aussi les joies d’être réunis, les complicités qui se nouent. Les paradoxes se multiplient, au rythme des marches et des courses en pulsations dynamiques sur lesquelles les mélodies du saz se déploient, inspirées autant des musiques traditionnelles kurdes, turques, arméniennes que des scènes disco de l’Istanbul des années 1980. Anselme Kavoukdjian (synthé), Milan Petrucci (batterie et percussions), Hakan Toprak (saz, chant) et Benjamin Dauvergne (basse) vivent intensément textes et musiques et savent capter l’auditoire debout qui chaloupe tandis que des enfants s’approchent de la scène en jouant. Pour l’anecdote, le nom de ce groupe qui s’est soudé à Marseille, la ville de tous les possibles, vient d’un tic de langage d’Hakan qui répondait toujours à ses amis « bien sûre » avec un e final, le circonflexe a été changé pour le tréma afin de « turquifier » le nom. Biensüre était né et tient une belle place parmi les musiques émergeantes d’aujourd’hui. Un vinyle est dans les bacs depuis octobre 2022, un condensé d’optimisme et de mélancolie vivifiants !

La deuxième partie voyait, seul sur le plateau au milieu de ses instruments électroniques, Sofiane Saidi qui défend une musique qui est aussi une attitude : le raï signifie « opinion » et a « un côté anarchique » qui plaît au chanteur. Le prince du raï rappelle l’assassinat de Cheb Hasni que l’on appelait le « rossignol du raï ». « Les terroristes veulent nous terroriser. J’affirme que je n’ai pas peur et je continue de chanter »… Ses mots se mêlent aux larges nappes sonores qu’éclaire parfois le son aérien d’une flûte. Le « tarab », ce blues du raï, conduit à des « transes profanes » où se condensent les émotions. Tout un univers naît ici, se chante et se danse, irrésistiblement.

MARYVONNE COLOMBANI

Biensüre et Sofiane Saidi ont joué le 11 février à la salle des fêtes de Venelles.

Le balèti, c’est pour tous !

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Saraï © Zoé Lemonnier

En langue d’Oc, le balèti désigne tout simplement le « bal populaire ». À Correns, le Chantier, Centre de Création des nouvelles musiques traditionnelles et musiques du monde, organisait une soirée « balèti », cette « musique traditionnelle à danser tous les instants de la vie par tous les âges confondus » expliqua Frank Tenaille lors de sa présentation. En première partie, l’Ensemble de musique traditionnelle du Conservatoire de Brignoles réunissait une belle phalange d’accordéons diatoniques, deux flûtes traversières et un beau pupitre de guitares (la classe au complet compte vingt-cinq élèves depuis les tout petits aux adultes). « Qui dit bal dit danse ! On va commencer par une Scottish ! » D’abord hésitants, les assistants s’emparent de la piste de danse improvisée de la salle de la Fraternelle (les chaises habituelles ont disparu, seuls quelques sièges attendent les plus fatigués ou les plus timides le long des murs). Se succèdent bourrées à deux temps dont une surnommée « de l’enclume » et pourtant toute de légèreté, mazurkas, bourrée à trois temps dite la « bourrée des voyageurs », valse « distillée » et bien évidemment plébiscité le fameux cercle circassien, danse conviviale s’il en est !

Bourrée à trois temps

Peu importe les générations, tout le monde danse, ceux qui « savent » vont vers ceux qui regardent, leur apprennent dans les rires et la bonne humeur. Tant pis si l’on rate une mesure, si le comptage des pas est parfois aléatoire, si l’on ne saute pas au bon moment dans la mazurka, si les bourrées s’embrouillent ou si l’on ne tourne pas dans le bon sens du premier coup, les corps et les esprits sont libres, se laissent porter par la musique, les gestes partagés. En jonction des deux parties de la soirée, les trois musiciens de Saraï montent sur scène aux côtés des élèves du conservatoire pour interpréter avec eux une mazurka nouvelle composée par Baltazar Montanaro. Le second temps de cette manifestation festive permet d’entendre et de danser les « histoires d’amour occitanes » concoctées par Baltazar Montanaro (violon baryton), Sophie Cavez (accordéon diatonique) et Juliette Minvielle (chant et percussions). Il y est question des relations amoureuses sur un mode espiègle, décalé ou profond, historiettes puisées dans un corpus de textes du XVe au XXIe siècle à partir du fonds documentaire du Cirdoc (Centre international de recherche et de documentation occitanes).

Et valse à cinq temps

Le thème intemporel se marie au branle de la vallée d’Ossau, à la valse à cinq temps (qui pourrait croire que seuls les trois temps sont figés à jamais !), à la chapelloise (gigue en Belgique), au rondeau par couples, à la bourrée à trois temps « dans le type auvergnat, mais pas classique », au rigaudon final. « Pour tout vous dire, les textes des chansons sont cueillis du Moyen Âge à nos jours, poétiques et féminins (car presque tous écrits par des femmes), et traitent de la question non encore résolue de nos jours, celle de l’amour », explique en souriant le meneur de jeu. La voix prenante de Juliette Minvielle, les instruments qui savent inventer sur des rythmes et des motifs traditionnels, en une époustouflante variation des tempi, accordent à ce balèti leur virtuosité joyeuse. Déjà fini ! « Tenir tout un bal après quelques jours de résidence, ce n’est pas mal ! Protestent les musiciens. Promis, un disque sort bientôt ! » Rendez-vous pris !

MARYVONNE COLOMBANI

Le balèti s’est tenu le 10 février au Chantier de Correns.

Photo : Zoé Lemonnier

Bouchées doubles

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Ce week-end, c’est la grande collecte organisée par Les Restos du Cœur. Comme chaque année, l’association appelle à une mobilisation d’ampleur, partout dans le pays, pour la soutenir dans ses missions de solidarité. La routine ? Pas vraiment. Les bénévoles ne savent plus où donner de la tête alors que les bénéficiaires n’ont jamais été aussi nombreux. Leur appel n’y va pas par quatre chemins : il s’agit de « faire face à l’explosion de la précarité en France ». Et le mois qui vient de s’écouler n’annonce rien de bon avec une augmentation de plus de 20% du recours à l’association par rapport à février 2022.
Si la tendance se poursuit, les Restos du Cœur distribueront en 2023 entre 150 et 170 millions de repas, contre 142 millions l’an dernier. Loin des huit millions et demi lors du lancement de la campagne par Coluche en 1985. Parmi le gros million de personnes accompagnées l’année dernière, 52% ont moins de 25 ans, 40% d’entre elles sont mineures, dont 110 000 bébés. Dans le même temps, tandis que la grande distribution et les dirigeants de l’industrie agro-alimentaire parlementent sur leurs marges, est annoncée une augmentation d’environ 10% des prix alimentaires dans les prochaines semaines. Après l’inflation des matières premières, ces gaveurs d’actionnaires nous font le coup de la crise énergétique pour justifier leurs cyniques négociations.


Trimer plus pour vivre moins
Dans le déni sur l’état de fracture réel du pays, le président Macron opte une nouvelle fois pour des éléments de langage outranciers pour tenter de défendre son infâme projet de « réforme » des retraites. Et choisit de jouer son numéro dans le décor recyclé de la France qui se lève tôt. Le message est clair : trimer plus pour vivre moins. Plus discrètement, il remettait les insignes de chevalier de la légion d’honneur à Jeff Bezos, patron glouton d’Amazon. Car pour être distingué par la Macronie, mieux vaut détruire des emplois, saccager la planète et pratiquer l’évasion fiscale que de mourir au travail.
Le 7 mars, les syndicats, soutenus par les forces politiques progressistes, appellent à l’unisson à cesser toute activité pour immobiliser le pays. Comment ne pas leur donner raison tant ce « pays », façonné par les intérêts d’une finance sous perfusion de deniers publics, doit d’urgence être mis à l’arrêt. Pas seulement pour dire non à la « réforme » des retraites mais également pour faire grandir un tout autre projet commun de société.

LUDOVIC TOMAS

À Berlin, la jeunesse prend l’argent

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Sofia Otero dans 20 000 espèces d'abeille d'Estibaliz Urresola Solaguren

L’an dernier, c’est Nos soleils de Carla Simon qui avait remporté l’Ours d’or. Une chronique familiale en Catalogne, où la réalisatrice portait un regard tendre sur ses personnages, en particulier les enfants. Cette année, c’est une jeune espagnole, Sofia Otero, qui obtient l’Ours d’argentde la meilleure interprétation, non genré, pour 20 000 espèces d’abeilles de l’Espagnole Estibaliz Urresola Solaguren. Et cela est en parfaite adéquation avec le personnage qu’elle incarne, Aitor, surnommé Cocó, un jeune garçon qui se sent fille, une petite fille dans un corps  de garçon. « Je ne veux pas être comme mon père quand je serai grand ! » La mère, Ane (Patricia López Arnaiz) et ses trois enfants vont passer les vacances au Pays basque espagnol dans la maison familiale et retrouver oncles, tantes, cousins qui préparent le baptême du dernier né.

Tout est difficile pour Aitor, les sorties à la piscine, les achats dans les magasins, les repas familiaux. Son malaise s’accroit au fur et à mesure que tous, en particulier sa grand-mère, exigent qu’il se comporte comme un garçon. Sa mère, préoccupée par ses problèmes personnels, de couple et de carrière, considère qu’iel se cherche mais n’accepte pas ce qui est évident. Seule la grande tante, Lourdes (Ane Gabarain) apicultrice, qui soigne les gens du village avec les abeilles, va lui permettre de respirer et de sortir de cet étouffement. Comment ne pas réagir devant un enfant de neuf ans qui dit : « je n’ai pas de nom » ou « pourrais-je mourir et renaître en petite fille ? » Et Lourdes va agir, pensant aussi sans doute à sa propre enfance « tu peux regarder ce qu’il se passe ou agir comme ta mère et fermer les yeux », lance-t-elle à Ane… Aitor deviendra Lucia.

20 000 espèces d’abeilles, premier long métrage d’Estibaliz Urresola Solaguren dont on avait apprécié le court Cuerdas, aborde avec tact et justessela question de l’identité de genre, permettant à tous d’y réfléchir. Le Jury ne s’est pas trompé en attribuant à la jeune Sofia Otero,excellente,le prix d’interprétation qui aurait pu aussi revenir à une autre petite fille Naima Santies. Elle interprète Sol, une jeune mexicaine de sept ans qui va assister à une fête d’anniversaire pour son père, atteint d’un cancer en phase terminale dans le beau film de Lila Aviles, Totem (prix du meilleur film en compétition du jury œcuménique)

ANNIE GAVA, à Berlin

20 000 espèces d’abeilles, de Estibaliz Urresola Solaguren

Le film a été présenté dans le cadre de la Berlinale 2023, qui s’est tenue du 16 au 26 février, à Berlin.

La Berlinale documente la guerre

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Image tirée de du film In Ukraine de Piotr Pawlus et Tomasz Wolski © Kijora films

La Berlinale 2023, consciente de la responsabilité politique d’un festival international, a choisi d’affirmer sa solidarité et son soutien inconditionnels aux opposants héroïques des mollahs iraniens et au peuple ukrainien agressé par la Russie de Poutine. Sur ces sujets, films, tables rondes, conférences ont jalonné les programmes. L’actrice franco-iranienne Farhani Golshifteh, participait au jury international. Et le 16 février, Volodymyr Zelensky intervenait par vidéo à l’ouverture de la manifestation berlinoise. « Le cinéma peut influencer les gens qui pourront changer le monde », a-t-il répété, remerciant la 73e Berlinale d’avoir repeint son ours d’or en jaune et bleu. 

Parmi les films consacrés à la guerre en Ukraine, Superpuissance réalisé par Sean Penn et Aaron Kaufman était particulièrement attendu. Le projet de ce long métrage a débuté presque un an avant la guerre. Il s’agissait de réaliser le portrait de l’atypique président ukrainien Volodymyr Zelensky. Ancien acteur comique, star populaire d’une série télévisée où il devenait président malgré lui, et partait en croisade contre la corruption, rien ne semblait préparer cet homme à diriger un pays. L’équipe de tournage était à Kiev le 24 février 2022, quand les chars russes sont entrés en Ukraine. Zelensky devient alors instantanément chef de guerre et étonne tout le monde en refusant de fuir et en prenant la défense de son pays en main. Alliant une communication efficace à un courage physique et politique, il force l’admiration et accroît celle de Sean Penn. Ce dernier va continuer à filmer le président et faire de ce tournage à haut risque l’autre sujet de son film. Construit sur un compte à rebours comme dans la série 24 Heures chrono, on se retrouve presque dans un cinéma de genre. La caméra fébrile, portée dans l’action, monte et descend jusqu’à la nausée. 

Un raté regrettable

« Ce n’est pas un film impartial, affirme Sean Penn, parce que ce n’est pas une guerre ambiguë ». Ce parti-pris est audible et ce n’est d’ailleurs pas sur la partialité que le film achoppe. Certes l’héroïsation à l’américaine du président est un peu naïve mais surtout elle n’apporte pas grand-chose. L’entretien que le réalisateur obtient dans le bunker présidentiel n’a pas de contenu. Pas plus que les interviews du maire de Kiev, ancien boxer, ou celles des différents ministres. Les faits historiques – le Maïdan, la destitution du président pro-russe Viktor Ianoukovytch et l’élection de Zelenski avec 72% des voix –, appartiennent désormais à la culture de quiconque s’est intéressé au conflit depuis son début. Le récapitulatif qui nous en est fait, n’a pas grand intérêt. Quant à la mise en avant des risques encourus par l’équipe d’un tournage en plein bombardement face aux souffrances d’un peuple ukrainien qui n’a pas le loisir de repartir à Los Angeles, elle paraît un peu indécente. Sean Penn est de tous les plans. Hirsute, les yeux fatigués, cernés, en tenue de baroudeur. Quand il s’approche du front, casqué et vêtu d’un gilet pare-balles, c’est lui qui devient le héros de la scène : on en demeure un peu gênés. On pense aux dérives narcissiques d’un Bernard-Henri Lévy sur la guerre de Bosnie – BHL dont un film sur la résistance ukrainienne sort d’ailleurs fin février. Superpuissance est un documentaire pavé de bonnes intentions mais raté et on le regrette. Car Sean Penn est sincère et il défend une juste cause.

À l’opposé de ce digest auto-centré, le film polonais de Piotr Pawlus et Tomasz WolskiIn Ukraine, sélectionnédans la Section Forum, brillait par sa sobriété, sa modestie et sa finesse. Après le flot d’images déversées par les médias sur nos écrans, publiées sur la toile, saisies par les smartphones des particuliers, les appareils professionnels des reporters internationaux, ou encore les satellites tournant au dessus de nos têtes, comment documenter la guerre s’interrogent les deux cinéastes. Non pas par souci d’une originalité à tout prix mais pour éclairer la réalité autrement. Ni cris, ni sensationnel, ni fureur, ni horreurs sanguinaires, ni témoignages insoutenables, interviews de dirigeants. Pas de musique, peu de mots. La caméra se pose. Les regardeurs se soustraient du champ pour laisser place au quotidien du collectif. La guerre fait partie de la vie de ceux qui restent ou sont revenus dans leur pays. Une vie qui s’adapte dans le calme et la dignité.

La vie et la mort

Un char abandonné barre-t-il une route ? On le contourne. Ou alors on s’arrête un moment pour des photos « instagrammables ». Un pont a-t-il été bombardé ? On prend une barque. Il n’y a plus de fenêtres ? On découpe du bois pour fermer les logements. On récupère ce qui peut l’être. Les ados jouent à la guerre, inventent des checkpoints. L’alerte retentit-elle ? On s’abrite dans le métro où ceux qui ont perdu leur logement ont installé un camp de fortune. On s’organise : couchages, points d’eau et de communications, distribution de vivres. Les gens marchent dans les rues des sacs plastiques à la main. On nourrit même les chiens abandonnés. Les stigmates de la guerre sont partout. Les croix, les photos des jeunes soldats morts. Les drapeaux bleus et jaunes claquent au vent. Le front n’est pas loin. Les soldats femmes se coiffent devant un miroir avant le combat. On entend tomber les obus dans la forêt, avec ceux de l’infanterie. À l’écran, la vie qui construit et la mort qui déconstruit se juxtaposent dans l’image documentaire comme pour un collage surréaliste. Devant un immeuble détruit, les enfants jouent sur les aires de jeu. La caméra se place derrière une vitre brisée par un impact de balles fractionnant le paysage urbain. Jouant avec brio sur les cadrages, le film s’achève sur une suite photographique de façades endommagées, partiellement ou totalement détruites, qui semblent nous regarder.

ÉLISE PADOVANI, à Berlin

Superpuissance, de Sean Penn et Aaron Kaufman 
In Ukraine, de Piotr Pawlus et Tomasz Wolski

Ces films ont été présentés dans le cadre de la Berlinale 2023, qui s’est tenue du 16 au 26 février, à Berlin.

Heureux comme un poisson dans l’air

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© M.C.

La scène du Petit Duc, augmentée de ses retransmissions en direct sur la chaîne web du lieu, offrait en primeur les nouvelles créations de Tom Poisson (alias Jean-Michel Couegnas) dans une formule en trio toute neuve assortie d’une sonorisation semi-acoustique très fine permettant d’entendre les voix en acoustique et nimbant joliment les instruments de vibrations électro. Voici donc un spectacle « transmis en mondiovision par l’ORTF, ce qui décuple le trac », sourit le meneur du groupe qui esquisse les premières notes de Love me tender sur sa guitare mais se reprend vite, abandonnant Elvis à sa légende pour nous convier à un unisson initial sur lequel se tissent ses mots… « si la raison s’envole / si la pensée s’étiole… » ? Denis Piednoir, son complice et arrangeur s’empare indifféremment d’une guitare, d’un clavier, du chant, tandis qu’Alice Chiaverini module, scate avec légèreté, reprend à la tierce, dessine un contrechant. Les mots se posent sur les mélodies ou bien l’inverse, tant leur relation est en osmose. Le poète nous embarque dans ses voyages, « Sur la route / Je penche / Je doute / Dansons au vent qui nous entraîne / Je prends mon voyage / Je pèse mon bagage » … Le monde est le lieu des émerveillements, le départ n’induit pas une quête, mais un cheminement qui nous réconcilie avec la Terre au cœur d’une poétique des paysages, de la douceur de l’air. « Tu vas voyager / danser et sourire (…) / On ira tout droit / Visiter l’azur », sourit l’artiste pour consoler l’ami qui pleure. S’en aller n’est pas une fuite mais scelle nos retrouvailles avec un univers que nous ne voyions plus. On s’accroche au vent, on sent l’odeur du journal de vingt heures, on a l’impression d’être légers comme les nuages, on écoute les avis de tempête et on part, on part on part… où l’on veut. La liberté scande les paroles, nourrit le fil musical, s’autorise des détours espiègles, fait naître un bestiaire humoristique, goûte « l’ivresse du galop », s’italianise avec un accent tordant sur un tube de Ricchi e Poveri, donne un rappel sur l’un des thèmes de Grease, brise toutes les cages et s’envole. Il y a sans doute des « chansons qui meurent dans les bras de leur auteur » (in l’album se passer des visages), celles de Tom Poisson nous suivent et nous accompagnent, familières d’emblée et d’une délicate poésie.

MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné le 4 février, au Petit Duc, Aix-en-Provence.

Paroles d’ensembles

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Pour la première fois le colloque national de la Fevis se déplaçait en Région Sud. Pour la première fois aussi, des concerts accessibles à tous les publics et gratuits émaillaient ces rencontres, donnant à entendre aux spectateurs lambda comme aux professionnels des extraits de spectacles assortis d’une courte présentation des ensembles (onze répartis en quatre représentations).

La première journée se tenait au théâtre Liberté dont le directeur, Charles Berling, « hôte de la session » donnait le ton : « Une scène nationale et pluridisciplinaire existe pour que l’on y défende des formes hybrides. On ne spécialise pas les endroits mais on suscite l’envie de ces programmations hybrides. Sans aucun doute la musique n’y tient pas une place suffisante ». Virginie Hornus Pin, adjointe au maire de Toulon et vice-Présidente de la Région Sud, en charge de l’Art de vivre en Provence-Alpes-Côte d’Azur, du patrimoine et des traditions, soulignait l’importance des ensembles musicaux indépendants et rappelait les contributions de la Région Sud, la sanctuarisation de son budget culture et l’action de l’agence Arsud (émanation de la Région) tandis que l’Amiral Yann Tainguy, adjoint à la Culture de la ville de Toulon souriait à propos de la « navigation de haute mer » que représente la culture pour la ville de Toulon et que Bénédicte Lefeuvre, directrice régionale des Affaires culturelles de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur saluait la dynamique de la Halle aux musiciens, titre du colloque, au cœur d’un contexte d’urgence alors que la diffusion et son patient travail auprès des publics est au centre des débats : « toute politique territoriale doit avoir un volet culturel, l’État sera toujours aux côtés des artistes, afin d’inventer de nouveaux dispositifs ». L’ancien ministre de la Culture et Président de la Fevis, Jacques Toubon, insista pour sa part sur la « réalité un peu méconnue pour la musique » qui s’articule autour de « trois piliers, les « maisons » (opéras, conservatoires…), les orchestres constitués en formations permanentes et les ensembles indépendants représentés par la Fevis depuis 1999. Ces derniers sont d’une grande diversité et cet « arc-en-ciel » exerce un rôle tout à fait essentiel, cinq mille concerts par an, deux millions de spectateurs, cinq à sept mille actions d’éducation, trois mille disques… Ces ensembles indépendants ne font appel aux fonds publics que pour un tiers de leurs ressources alors qu’il est de plus en plus difficile d’avoir recours au mécénat. La Fevis, au-delà de son importance dans la politique culturelle (les indépendants sont plus présents à l’international que les autres), met en évidence combien il est difficile de faire place à la musique dite savante dans les salles pluridisciplinaires. Nous essayons d’étudier quelle offre et quelle démarche sont à mettre en œuvre pour accompagner cette diffusion. Il faut rappeler que l’on n’est pas là pour ceux qui font de la musique mais pour ceux qui l’écoutent… »

« Encourager la musique dans les territoires et lieux disciplinaires »

L’intitulé de la seule table ronde du colloque qui privilégia un travail en ateliers afin que les divers acteurs se rencontrent, échangent, élaborent, dans une mise en commun stimulante d’intelligence collective, prenait en compte la situation laissée par la crise sanitaire, les modifications des habitudes et la remise en question de ce qui semblait acquis. Nicolas Dambre, journaliste à La Lettre du Spectacle et modérateur de la table ronde évoquait la programmation de la musique dans les scènes nationales pluridisciplinaires : 30% en moyenne, tous genres confondus avec en tête, le jazz et les musiques du monde. « La danse et la musique ne sont pas suffisamment représentées dans les scènes nationales, reprend Francesca Poloniato, vice-présidente de l’Association des Scènes nationales, ce sont des revendications que l’on entend beaucoup, il faudrait une étude précise des programmes pour voir la réelle proportion et formuler un vrai questionnement. Il ne faut pas faire de « fixette » sur une discipline. Si le label « pluridisciplinaire » est attribué, c’est parce qu’il faut croiser les disciplines, d’autre part il est des lieux où il est préférable d’insister sur telle ou telle forme de spectacle… Il faudrait décloisonner les disciplines puisque nous gérons plusieurs labels. Une manière de faire pénétrer la musique dans un lieu est d’en réunir toutes les composantes, au Zef (dont Francesca Poloniato est la directrice) le musicien Loïc Guenin inclut l’équipe des trente personnes du théâtre pour présenter les programmes musicaux, chacun s’en trouve investi !»

Igor Boïko, directeur Culture de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, après avoir repris l’énumération des diverses structures qui aident la culture et sa diffusion (contrats de filières, Arsud, subventions sanctuarisées, Opéra au Sud…), salue la base de travail posée qui met les gens en réseau et insiste sur la nécessité de sortir de la logique de « silo » et de s’appuyer sur le terrain. Dominique Muller, délégué musique au Ministère de la Culture, formule le souhait de réinterroger les pratiques et de mettre en œuvre un travail au long cours avec les professionnels en posant un questionnement précis sur les conditions de l’accompagnement de la musique, de son accueil, des actions de coopération en s’appuyant sur les lieux de création et en s’adaptant aux scènes et aux territoires dont les spécificités sont multiples.

Un accueil des spectacles musicaux serait trop compliqué ? Absolument pas, sourit Francesca Poloniato, la musique, si l’on exclut les musiques actuelles, n’est pas très chère à programmer…

Des directeurs de salles dans le public témoignent à leur tour. Michael Dian, directeur de l’Espace Culturel de Chaillol sourit sur le terme de localisme qui ne doit en aucun cas être enfermé dans l’idée préconçue que sa portée serait moins longue : travailler sur un territoire défini, en osmose avec les populations, autorise une dimension supplémentaire à un simple concert, le « concert sec » ne fonctionne plus pour les publics, si ce n’est lorsqu’il s’agit de noms internationaux. Élodie Presles, directrice du théâtre Durance, revient sur la notion de décloisonnement : « lorsque je fais ma programmation, j’écris un récit destiné à une population. Le geste d’aller vers d’autres formes musicales que celles diffusées par les télés et les radios se travaille, par la question du son, du rythme… »

Les chiffres, sans appel étaient fournis par l’énorme travail effectué par Marthe Lemut du bureau Or Not, mission portée par l’association des scènes nationales (et consultable sur leur site) : les musiques classiques et contemporaines représentent 6,6% des programmations des scènes nationales pluridisciplinaires, alors que l’offre globale musicale sur ces mêmes scènes est de 32%. Si 18% des musiciens ont été artistes associés entre 2019 et 2020, toutes disciplines confondues, seulement 4,7% d’entre eux étaient des musiciens classiques…

Pourtant, malgré les difficultés, les concerts proposés ne cherchaient pas à racoler le public. L’exigence, la profondeur, la qualité du propos, sans concession étaient de mise. L’art ne ment pas, c’est son courage et sa force.

MARYVONNE COLOMBANI

Le colloque national de la Fevis s’est tenu les 31 janvier et 1er février, à Toulon.