dimanche 12 juillet 2026
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« Reprise en main », un film pour percuter le monde économique et politique

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Reprise en main © Elzévir Films

Du docu à la fiction

Gilles Perret. J’ai l’habitude de traiter des questions sociales. J’avais déjà abordé le sujet l’impact de la finance sur l’industrie dans le documentaire Ma mondialisation, à travers le portrait d’un patron qui ne voyait pas d’un bon œil l’arrivée de la finance. Avec cette fiction, c’est l’occasion de revenir sur ces thèmes et d’avoir la liberté totale d’inventer une histoire, très documentée, inspirée du réel. On pouvait imaginer un scenario dans lequel on proposait une alternative. On a écrit une comédie sociale où des ouvriers se groupent pour utiliser les outils de la finance afin de les retourner contre elle. C’est pour cela que je suis passé à la fiction avec Marion Richoux.

Travailler à quatre mains et plus

Marion Richoux. On a travaillé tous les deux pendant plusieurs années puis on a été rejoints la dernière année par Raphaëlle Desplechin, qui nous a accompagnés. Une aventure riche ! Avec Gilles, on sait où on veut aller. Il a des idées dès le départ et moi, je mets de petites touches plus subtiles pour que cela fasse cinéma, qu’on mette du quotidien, de la vie dans les séquences qu’on imagine. Il y a beaucoup d’informations et l’enjeu est de faire digérer toute cette intrigue financière mais avec les à-côtés, la vie de famille, la vie dans l’usine, la montagne.

Les couleurs du film

M.R. En tant que directrice artistique, j’ai travaillé avec la chef opératrice (Eva Sehet, ndlr). On voulait des choses proches du réel. Le côté financier, très blanc, très froid, en contraste avec les ambiances plus chaudes, plus chaleureuses des intérieurs, des bars… L’idée était de magnifier l’usine. Ces endroits qui sont souvent montrés très noirs, très moches. Ce devait être le lieu qui méritait le détour, dont les gens pouvaient être fiers.

Les lieux

G.P. On vit dans un département très riche, la Haute -Savoie, avec ses stations de ski, Annecy, ville bourgeoise. On ne montre pas l’industrie parce que depuis trente ou quarante ans, on a dévalorisé ces métiers-là au profit des métiers de service. Ici, on cache cette industrie alors que c’est un quart du PIB du département, avec des usines high tech qui ne sont pas sur le déclin. L’usine dans laquelle on a tourné travaille pour tous les constructeurs automobiles du monde y compris chinois, japonais, coréens, etc. Cela fait quarante ans qu’on nous dit qu’il faut faire partir l’industrie ailleurs et que nous allons vivre dans une économie de service. On commence à en payer le prix. Le film est là pour nous dire que ça existe, qu’on produit des choses. Les gens qui y travaillent sont plutôt bien payés, avec des métiers plus valorisants que les métiers de service. On a tourné dans une usine qui appartient à un copain de lycée qui, malgré des opinions politiques différentes, était content de nous laisser tourner là. Si on avait dû payer ces décors-là, on n’aurait pas pu ! Le budget du film était assez restreint. Quant à la montagne, j’aime la montrer parce que c’est une partie importante de notre vie et je pratique l’escalade. Et il y a aussi, bien sûr, une symbolique. Dès l’ouverture du film, avec le plan de cet homme sur la falaise, qui nous met un peu la tête à l’envers, on se dit que ce mec-là n’est pas comme les autres. On n’est pas surpris qu’avec ses copains, il s’engage dans un projet fou en ayant peur de rien. Bien évidemment Pierre Deladonchamps qui joue Cédric était doublé.

Reprise en main © Elzévir Films

Les personnages

Grégory Montel. Alain, le personnage que je joue, un conseiller bancaire est soumis, comme les autres à de rudes obligations : faire du chiffre. Il ne sait plus pour qui il travaille. J’étais très heureux de faire partie du casting car ce qui m’intéressait, c’est cette histoire d’amitié, l’idée de se lancer dans une entreprise commune, le fait de faire ensemble car tout seul, on ne peut pas !  Le personnage était construit avec ce côté un peu maladroit, un peu dragueur raté.
M.R. Julie, Laetitia Dosch, est le personnage qui évolue le plus : elle est d’abord directrice financière ; elle a fait ses armes dans diverses boites, après une grande école. Elle était partie de la région avec un schéma : travailler et gagner de l’argent. Revenue dans la maison de ses parents, elle retrouve ses anciens collègues de lycée. Par les affects, elle va être transformée. Elle va retrouver la petite fille qu’elle a été et être en phase avec ses origines sociales. C’était important pour nous qu’il y ait une femme qui ait un réel pouvoir dans l’histoire. Laetitia Dosch, qui a d’habitude des rôles plutôt fantasques, a ici un rôle à contre-emploi. Un pari qu’elle a aimé tenir. Son personnage dit à la fin : « J’ai arrêté de me trahir moi-même », une phrase très importante dans le film.
G.P. Nathalie, la femme de Cédric jouée par Marie Denarnaud qui a quelque chose de très charnel, est le soutien inconditionnel de son mari. Elle est très présente et le plan dans la lumière du matin a quelque chose de lumineux qui reste en tête.

Comprendre la finance

M.R. Comme pour tout ce qui est compliqué, le mieux est d’entrer dans le détail pour pouvoir se permettre d’alléger. On a posé les points financiers et la stratégie qui allait avec. On voulait que ce soit crédible. La mécanique du scenario était importante et pour nous c’était essentiel que ceux qui sont éloignés du monde de la finance puissent comprendre. On aimerait que Reprise en main percute le monde économique et politique.

G.P. En fait, la banque centrale européenne a sorti un rapport disant que le taux d’endettement des entreprises est bien trop élevé aujourd’hui, en pointant la responsabilité des LBO (Leveraged Buy-Out, ndlr). Les fonds d’investissement ne mettent que 10% pour racheter une boîte en laissant cette même boîte emprunter et rembourser les 90% restants. Lors d’une revente, tout ce qui a été remboursé par une boîte revient au fonds d’investissement. Un fait légal que le film dénonce.

Reprise en main © Elzévir Films

En famille

G.P. La séquence (très belle, ndlr) où Cédric fait visiter l’usine à ses enfants est quelque chose que j’ai vécu avec mon père. Cette histoire de transmission crée beaucoup d’émotion dans la vallée de l’Arve. Au départ, notre idée était de partir d’un ouvrier syndiqué avec des discours politiques puis cela nous a paru plus intéressant que Cédric qui réfute les idées de son père, (joué par Rufus, ndlr) mette en application ces mêmes idées. Faire de la politique par les actes embarque plus les spectateurs. Pour ne rien vous cacher, dans le film, tourné en six semaines, il y a nos enfants, nos voisins, nos copains. Le groupe Les Marmottes que vous voyez chanter au bistrot Mon jardin secret est un groupe de la vallée et, sur les cinq, deux sont décolleteurs. Vous y voyez tout notre univers. Moi, j’ai toujours peur du monde du cinéma qui arrive dans un lieu et se la pète un peu ! Faire du cinéma pour faire du cinéma ? J’ai  autre chose à faire, et tourner dans de mauvaises ambiances ne m’intéresse pas.

Après Reprise en main

G.P. On a la chance d’avoir des producteurs et des distributeurs qui sont contents de ce film et on est déjà sur un nouveau projet. Les spectateurs sortent du film avec la pêche et avec cet automne qui s’annonce pas terrible, avec les batailles qu’il y a à mener, çà leur donne de l’énergie et on en a besoin en ce moment !

PROPOS RECUEILLIS PAR ANNIE GAVA

En salle le 19 octobre
Lire notre critique dans Zébuline l'hebdo #4, en kiosque le 19 octobre.

Éthiques trahisons

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Laboratoire Poison d'Adeline Rosenstein ©Vincent Arbelet

C’est en 2019 qu’Adeline Rosenstein installe pour la première fois son Laboratoire Poison à Marseille, à l’invitation des Rencontres à l’échelle. Deux années plus tard, c’est le Festival de Marseille qui accompagne le deuxième volet de la création au long cours de la directrice artistique de la compagnie Maison Ravage. Cette fois, La Criée et le Théâtre du Gymnase s’associent pour co-réaliser et coproduire hors les murs l’aboutissement de cet ambitieux chantier théâtral aux allures de feuilleton documentaire. Une version intégrale de 3h30, en quatre épisodes, accueillie à la Friche la Belle de Mai, que l’autrice et metteuse en scène allemande d’origine suisse a conçu à partir d’impressionnants travaux de recherche.
De la deuxième guerre mondiale aux luttes armées pour la libération nationale et l’indépendance de pays africains colonisés, les quatre opus de Laboratoire Poison passent au crible les actes d’insoumission et de résistance, à différentes périodes de l’histoire contemporaine, par le prisme de leurs inévitables et antagoniques pendants : la collaboration et la trahison. Dans une passionnante et méticuleuse démarche de déconstruction, les pièces successives battent en brèche les discours officiels tendant à l’effacement par l’écriture historiographique de certains faits. Particulièrement ceux en lien avec la répression menée par les puissances coloniales européennes. Ou concernant l’engagement des femmes dans ces mouvements populaires d’émancipation.

Écriture gestuelle
En évitant l’écueil de l’héroïsme spontané et inaltérable de celles et ceux qui par leur engagement ont changé le cours de l’histoire, Adeline Rosenstein décortique la complexité des comportements humains dans les stratégies des mouvements de désobéissance à l’oppresseur. Qu’ils ou elles vivent en Belgique, en Algérie, au Congo en Guinée-Bissau ou au Cap-Vert, ces militantes et militants sont traversés par les mêmes doutes, parfois tentés par les mêmes compromissions. Une œuvre qui, pour Rosenstein, questionne avant tout le présent au regard des difficultés à répétition vécues par une partie des interprètes pour l’obtention de leur visa. « Ce n’est pas sans lien et c’est même directement lié avec la façon dont on a caché la violence de ces années-là. C’est à nous de tricoter un récit qui fasse un gros ménage dans ces mensonges. »

Dans une écriture gestuelle non dépourvue d’humour, pouvant donner à l’œuvre une dimension chorégraphique, Laboratoire Poison refuse le registre de la glorification pour s’approcher d’une réalité saine : l’existence de faiblesses, de fautes, jusque dans les plus purs, les plus beaux et les plus salutaires combats. Il s’agit bien de « percer le théâtre de part en part pour laisser circuler les autres récits ».
LUDOVIC TOMAS

Laboratoire Poison
20 et 21 octobre
Le Liberté, scène nationale de Toulon

Jean-Pierre Raffaelli, serviteur amoureux du théâtre

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Jean-Pierre Raffaelli © X-DR

La disparition de Jean-Pierre Raffaelli qui vécut toute sa vie au service du théâtre à Marseille a bouleversé le grand nombre de comédien·ne·s qu’il a formé·e·s. Marseillais, il avait commencé à travailler avec Marcel Maréchal et animé l’Ecole de la Criée jusqu’en 1995. Puis il avait été nommé professeur au Conservatoire où il finit sa carrière. Sa passion l’a conduit à participer à la création des enseignements théâtre en lycée avec Jean Pierre Berthier, au lycée Marseilleveyre, une des deux premières classes théâtre en France. Parallèlement il a aussi été très actif auprès des troupes de théâtre amateur, animant stages et conférences, enseignant la dramaturgie à l’université d’Aix-Marseille.

De nombreux enseignant·e·s se sont aussi formé·e·s à son contact et repartaient, nourri·e·s, retrouver leurs élèves et réaliser des projets de création. L’une d’entre elles, Anne-Marie Bonnabel a animé pendant vingt ans les classes théâtre du lycée Marseilleveyre avec sa collaboration. Sa voix frémit et ses yeux brillent quand elle évoque « son appétit incroyable de culture, son immense érudition, son exigence d’artiste… Plusieurs générations d’anciens élèves l’ont accompagné le 21 septembre dernier au cimetière de Cucuron pour rendre hommage à celui qui fut à un moment de leur formation et de leur vie, un maître. »

Parmi les nombreux·ses comédien·ne·s passé·e·s par ses cours du Conservatoire, on pense – dans le désordre, et on ne peut les nommer tous – à Hélène Milano, Carole Errante, Alexis Moati, Marc Menahem, Carlos Martins, Guillaume Fafiotte… Certain·e·s sont resté·e·s dans la région, d’autres ont essaimé. Aucun·e ne l’oubliera.

CHRIS BOURGUE

Plexus Rouge accueille l’Ukraine

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Cross, Tchina Ndjidda © Aurore Klein

Bras armé du réseau européen RedPlexus, le festival Plexus Rouge se propose depuis plus de dix ans de transgresser les codes au cœur des villes en faisant la part belle à la performance. Après une première action conjointe menée à Paris en 2014, à l’époque de la révolution Maïdan à Kiev, c’est à nouveau vers l’association ukrainienne Q Rators que le festival marseillais s’est tourné pour lancer une invitation à cinq artistes sur le sol français. « L’idée était de leur proposer une résidence de deux mois à la Friche et dans le quartier de la Belle de Mai, de les mettre en contact avec des associations et d’autres artistes, d’organiser des workshops et de présenter leur travail dans le Plexus Rouge », explique Christine Bouvier, directrice artistique du festival.

Elargir l’horizon
Articulés autour du trauma de guerre, de l’exil forcé ou de la résilience, les résultats seront visibles en deux temps forts : le 21 octobre, rendez-vous de 18h30 à 22h30 Place des Horizons, au sein de la Friche, pour y découvrir une installation participative du groupe Radio Surrealism, une action performative chuchotée de Valentina Petrova, une digression autour de tutos de défense par Lera Polianskova, une expérience ludique à tendance érotique d’Alina Kopytsa… Le lendemain, le festival s’associe aux dix ans de l’association En Chantier pour organiser des ateliers participatifs dès 15h30, suivi d’un banquet dès 19 heures. En fil rouge, le danseur camerounais Tchina Ndjidda présentera son solo Cross, retraçant un parcours de migrant clandestin : « son engagement et son positionnement résonnent avec le vécu et l’engagement des artistes ukrainien·e·s et sa présence élargit l’horizon », commente Christine Bouvier. En amont du festival, la projection du film Vous qui gardez un cœur qui bat d’Antoine Chaudagne et Sylvain Verdet, a lieu le mercredi 19 octobre au Gyptis à 19 heures, suivie d’une rencontre avec les artistes programmés les jours suivants.

JULIE BORDENAVE

Plexus rouge spécial Ukraine
21 et 22 octobre
Friche Belle de Mai et place Cadenat, Marseille 
redplexus.org 

Bagouet intemporel

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Necesito © Ferrante Ferranti

Courant sur à peine une quinzaine d’années, l’œuvre chorégraphique de Dominique Bagouet a révolutionné la création contemporaine française. Trente ans après sa mort, si la pertinence du chorégraphe est vivace, son répertoire n’est que trop rarement réinterprété. Grâce au travail de transmission portée par Rita Cioffi, l’une des danseuses du projet initial, Necesito, pièce pour Grenade, œuvre ultime de Bagouet, a été remontée. Créée en 1991 puis remaniée en 1992, la pièce renaît dans sa version intégrale, reconstituée jusqu’à la bande son, la mise en lumière et au décor d’origine, grâce aux archives contenues dans les « Carnets Bagouet ».

C’est aux jeunes danseurs·ses de l’Ensemble chorégraphique du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris qu’a été confiée la réincarnation de la pièce. Neuf interprètes épatants, totalement investi·e·s dans cette rêverie chorégraphique, inspirée par les souvenirs d’enfance d’un voyage en Espagne. Les trois garçons et six filles de la compagnie pré-professionnelle redonnent vie avec élégance aux mouvements imaginés par le fondateur du festival Montpellier Danse, emporté par le sida à 41 ans. Une écriture subtile et légère, dans laquelle la fluidité du geste et sa dimension figurative nous plongent dans l’imagerie populaire liée à l’histoire espagnole. De l’époque arabo-andalouse à la Reconquista, de la dictature franquiste à la Movida, de la gestuelle flamenca à la culture tauromachique en passant par les fontaines des jardins de l’Alhambra et les Ramblas de Barcelone, Necesito compose un tableau où chaque personnage évolue, porté par une soif de liberté qui défie les aléas de l’histoire. Quitte à l’enjoliver pour nous enchanter.

LUDOVIC TOMAS

Necesito, pièce pour Grenade a été donnée le 7 octobre à Klap – Maison pour la danse, à Marseille.


Image d’archive :

« Necesito » par la compagnie Bagouet en 1991 © photo Marc Ginot

Une encre noire se jette dans la rade 

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Potochkine © X-DR

Il n’était pas évident d’imaginer un grand festival de musiques actuelles en plein mois d’octobre à Toulon. Il aurait été plus facile de l’organiser en été, quand les touristes sont légion dans le Var, pour s’assurer de salles bien garnies. Mais exit le soleil et place à l’ombre. Car le choix de la facilité n’est pas dans l’ADN de Tandem, la scène de musiques actuelles du Var qui fête ses vingt à l’occasion de ce nouveau Rade Side. Du 7 au 15 octobre, le festival accueille une programmation à l’énergie rock, teintée d’électro, où les couleurs sombres vont illuminer les scènes toulonnaises. En guise d’ouverture, la micro-brasserie Bière de la Rade accueille le groupe lyonnais Fontanarosa, le 7 octobre. Ils viennent de sortir Are You There ? sur l’excellent label Howlin Banana Records, et prouvent à leur manière que le très ressassé indie rock a encore quelques belles heures devant lui. 

20 ans ça se fête
Après cette mise en bouche, six jours de disettes ne seront pas de trop pour engloutir le plat de résistance. Du 13 au 15 octobre, onze groupes et artistes défilent dans la rade. À commencer par Virages, le duo composé d’Alex Da Silva Maïa et Marc Perrot, qui unissent leurs talents respectifs pour la musique et l’écriture. Le même soir, les vétérans locaux des Cryptones et le duo énergique de Potochkine, une fusion glaçante de la pop et de l’EBM.Le même vent froid souffle le lendemain, avec les non moins intéressants Terrenoire et Rouquine.

Pour célébrer son anniversaire, Tandem se paye le Zénith, le 15 octobre. Avec en tête d’affiche Jeanne Added, qui a sorti son dernier album By Your Side – le bien nommé – pas plus tard que le 28 septembre. Un opus où son électro-pop plane brillamment entre les airs chaud et froid. À ses côtés, la percussive Lucie Antunes et Social Dance, les nouveaux venus qui mettront un peu de soleil dans le ciel automnal toulonnais.

NICOLAS SANTUCCI

Rade Side
Du 7 au 15 octobre
Divers lieux, Toulon
radeside.com

Fiesta des Suds, la trentaine épanouie

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BCUC © Jean de Peña

On pourra toujours préférer les sinuosités éthylo-festives du Dock des Suds à la platitude d’un parking de supermarché du J4. On pourra toujours regretter que Bashung, Cesária Évora ou Paco de Lucía soient morts. Ou que l’époque où le festival se rapprochait d’un marathon est révolue. On pourra toujours dire « c’était mieux avant » et se lamenter pour le reste de notre vie. Il n’y a qu’une chose qui compte pourtant : la Fiesta des Suds est toujours là. Et elle fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a. Que ce soit en termes de lieu ou de subventions. Pour célébrer les trente ans de l’événement, le nouveau programmateur Frédéric André a construit une affiche brillamment équilibrée, peut-être la plus judicieuse et cohérente depuis plusieurs années. Même la présence de l’hypermédiatisée Juliette Armanet, en ouverture des trois soirées, prenait sens. Non pas par l’originalité de ses compositions – beaucoup cherchent encore à comprendre les raisons d’un tel succès – mais par le basculement récent et inattendu de l’interprète dans la catégorie des artistes populaires, capable d’offrir un show fédérateur et efficace. Ce soir-là, on aura facilement préféré Kutu. La rencontre improbable entre le violoniste jazz Théo Ceccaldi et les chanteuses éthio-rock Hewan G/ Wold et Haleluya T/Tsadik fait éclore un son des plus hybrides, sorte de tribal punk incandescent, bourré d’influences et boosté par les baguettes rageuses de Cyril Atef

Afrique plurielle
Présente tout au long de cette Fiesta, l’Afrique dans sa pluralité musicale délivre chaque soir un antidote à la morosité et à l’abattement. D’abord sous le signe de la transmission entre les générations d’artiste, avec les Angolais Bonga et Pongo, têtes de pont d’esthétiques illustrant la vitalité musicale de leurs terres d’origine. Puis les deux monuments Youssou N’Dour et Oumou Sangaré alignent les arguments scéniques autant que vocaux et instrumentaux justifiant leur carrière internationale. Mais la locomotive de cette panoplie africaine est sans conteste BCUC. La formation sud-africaine mêle rage incantatoire, procession percussive et groove explosif. Une performance qui dope les plus résistants et épuise celleux qui n’y sont pas préparé·e·s. À côté, la fanfare funk hip-hop de la fratrie de l’Hypnotic Brass Ensemble ressemblait presque à une formation pour berceuses. 

Oumou Sangaré © Jean de Peña

Galaxie marseillaise
Pendant ces trois soirées de fête musicale, la galaxie artistique marseillaise brillera de mille feux. Des talents en pleine ascension, des valeurs sûres en constante bonification ou des têtes d’affiche à l’aura internationale. De Social Dance aux Groove Sessions de la bande à Chinese Man, de Temenik Electric à David Walters, de Deli Teli à Docile, de Zar Electrik au Watcha Soundclash. Sans oublier les ambianceurs du Mobylette Sound System. Rien ne pouvait mieux faire scintiller les trente bougies d’un événement qui n’a eu de cesse d’accompagner l’émulation d’une scène qu’on ne peut plus seulement qualifier de locale.

LUDOVIC TOMAS

La Fiesta des Suds s’est déroulée les 6, 7 et 8 octobre au J4, à Marseille

Trio gagnant

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Cinq dans tes yeux, son premier roman très remarqué, – paru en 2020, il est en cours d’adaptation cinématographique-, évoquait le Marseille des années 1980-90, et particulièrement le Panier, son quartier d’enfance. Deux ans plus tard, c’est Dakar, sa « deuxième ville de cœur », qu’Hadrien Bels a choisie comme décor de Tibi la Blanche. Et plus précisément la banlieue de la capitale sénégalaise, tout près de Thiaroye, une succession de quartiers en pleine mutation. Hadrien Bels se plaît à décrire les grandes villes, leur effervescence, leur énergie magnétique. Il excelle aussi à capter la vitalité de la jeunesse. Ce deuxième roman, enlevé, tonique et d’une grande tendresse, met en scène trois adolescents, trois amis d’enfance. Ils viennent de passer le bac et attendent les résultats. Tibilé, dite « Tibi la Blanche », « pas parce qu’elle parlait mieux français que les autres, même toute petite. Mais parce qu’elle résiste depuis toujours à ce qu’on lui demande. » Tibi donc ne songe qu’à partir poursuivre ses études en France ; pour être libre enfin de faire ce que bon lui semble, loin de l’autorité paternelle. Mais pour cela, il faut qu’elle ait une mention. Rigobert, dit Neurone, la « tête » du trio, compte sur la mention « très bien ». Quant à Issa, le moins scolaire des trois, il croit fort aux vertus du Bic marabouté qu’il a utilisé pendant les épreuves. Grâce au « mara », peut-être passera-t-il de justesse et pourra-t-il réaliser son rêve, devenir styliste. Bels suit les trois jeunes pendant ces quelques jours d’attente chargés d’adrénaline. Et l’on embarque à sa suite dans leur histoire, leurs familles, si différentes. Une langue savoureuse, au plus près de celle des personnages. Un sens aigu du détail, de la formule qui fait mouche, telle cette hôtesse d’accueil, avec sa  « bouche à tchippage professionnel ». Et un bel hommage à la jeunesse sénégalaise, si vivante, si vibrante… malgré tout ce qu’il reste à faire.

FRED ROBERT

L’auteur est invité à la manifestation Automne en Librairies, du 12 au 15 octobre à Marseille et dans la région.

Tibi la Blanche d’Hadrien Bels 
L'iconoclaste, 20€

Le long des golfes clairs

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Anke DOBERAUER, Les baigneurs et treize pellets, 2009, Huile et pigments UV sur toile 300 x 620 cm (20 x 25 cm), Collection de l’artiste

Dès l’entrée, on est accueilli par une multitude de corps en maillot, une scène de bain de mer monumentale de trois mètres de haut par six de large. La plupart sont des enfants, aux bouées transparentes et fluos, une composition bariolée, surpeuplée, métissée et ludique, de Anke Doberauer. Bien plus petits, d’autres corps semblent flotter, qu’ils soient sur le sable ou dans l’eau. Dans les photographies de Wilbe, dans les peintures à l’huile aux fonds blancs éclatants de Benjamin Chasselon, ou dans le bleu transparent de la calanque de Sormiou, de Julien Boullay. Sous des lumières grises, les plages de Jean-Jacques Surian accueillent dans Naissance de Vénus et Ces gens sur mon plongeoir des corps féminins nus, s’assumant avec impudeur, liberté et érotisme. Chez Yann Letestu, sur fond de cartes marines, des corps sont à l’arrêt sur la Corniche : trois jeunes gens semblant mesurer, assis sur un rebord, le vertige du saut ; un passant, près d’un passage piéton, se détourne, absorbé par l’horizon. Tandis qu’au vallon des Auffes (Jean-Benoît Zimmermann) ou sur la plage de la Fausse Monnaie (Wilbe), les corps en villégiature s’inscrivent dans des espaces rêveurs. 

Marc Chostakoff, Horizon 40, Carry-le-Rouet, Tirage encre pigmentaire sur papier BFK Rives 100 x 70 cm, Collection de l’artiste

Paysages solitaires
Le calcaire des calanques, les masses rocheuses des îles marseillaises inspirent également les peintres et photographes présents. Tout comme des bords de mer déserts ou les horizons où eau et ciel se rejoignent. Parmi les paysages, les acryliques de Marie-Laure Sasso-Ladouce, avec sa Maïre bleue ou sa Route des Goudes, paysages lunaires, épurés, aux contrastes brutaux, aux coups de pinceaux apparents, semblant brosser le ciel, modeler les rochers. Dans Riou, montagne urbaine d’Olivier Monge, l’immensité du paysage se révèle doucement et précisément, sur une mer lisse et métallique. L’écrin de la calanque de Figuerolles est photographié délicatement par Bernard Plossu, à dix ans de distance. Alfons Alt, dans des tons bleus et sépia, et dans une sorte d’agitation de vapeur et d’écume, tente de saisir une vague, ou un Château d’If, tempétueux. Dans Horizon 40, Carry de Marc Chostakoff, la mer est le bout d’une falaise, donnant sur le vide, et se fissurant. Finalement, une exposition très marseillaise, qui se termine sur une note de dénonciation écologiste : trois sculptures de Nicolas Rubinstein, représentant deux poissons mi-animal, mi-boîte de conserve, et un troisième mort, submergé de sacs de plastiques bleus. 

MARC VOIRY

Vues sur mer
Regards de Provence, Marseille
04 96 17 40 40
museeregardsdeprovence.com

Le baroque en héritage

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Difficile de deviner, à l’oreille nue, que le dernier disque enregistré par Fabio Biondi ne comporte que des œuvres de Félix Mendelssohn – du moins jusqu’à ce que retentisse le très beau Largo et Allegro. Le célèbre compositeur romantique allemand ne s’est certes jamais aventuré du côté de la démesure wagnérienne. Et le violoniste et chef italien, à la tête son ensemble Europa Galante, s’est imposé en déjà quatre décennies comme une référence mondiale dans le répertoire baroque. Mais tout de même : difficile de nier que le spectre de Bach et de Vivaldi plane avec insistance sur les pages explorées. Les opus choisis sont certes des œuvres de jeunesse : l’Allegro de la Sinfonia MWV N°2 regorge d’entrées fuguées que n’aurait pas reniées le Cantor de Leipzig et ce, malgré le siècle qui le sépare de Félix Mendelssohn. Bien que le Largo qui lui succède semble hésiter entre le contrepoint foisonnant à la Bach et les marches harmoniques redoutablement efficaces d’un Mozart. On demeurera ainsi soufflés par la virtuosité des nombreuses Fuga enregistrées par l’ensemble, ainsi que par le Concerto pour violon n°2 sur lesquels s’illustrent les musiciens. On y saisit, dans le phrasé inimitable de Biondi, tout ce qui rapproche le scherzo cher à ce romantisme-là des codas prisées par Vivaldi. 

Car tout n’est pas à imputer, dans cette proximité troublante, à la seule partition : le Salve Regina entonnée par la soprano Monica Piccinini, éloigné de toute friture belcantiste, de tout vibrato verdien, se distingue dans son interprétation même des lectures habituelles de ce répertoire. On sait à quel point le maître du baroque était vénéré par le jeune romantique hambourgeois, et à quel point ce dernier œuvra pour faire connaître son œuvre alors poliment oubliée. Mais rares furent les musiciens à en démontrer aussi brillamment la parenté.

SUZANNE CANESSA

Mendelssohn, Fabio Biondi & Europa Galante
Naïve Records 12,20€