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Les Déviantes sont à l’œuvre

Du 22 au 24 avril, le Théâtre de l’Œuvre accueillait la deuxième édition du festival de cabaret queer. Retour sur sa première soirée

Ce 22 aavril, la scène alternative s’est donnée rendez-vous à Belsunce, pour la première soirée d’un festival qui allait en embraser deux autres. Pour ouvrir les festivités, c’est la Famille Mutantes et ses artistes invitée·és qui ont été convié·es. La notion de famille irrigue l’ensemble de la soirée. Famille choisie, famille queer, famille éclatée : les interprètes en déconstruisent les contours à coups de performances radicales et d’humour acéré. Ce sont d’abord les sitcoms américaines qui en prennent pour leur grade, dans une parodie jubilatoire. La Famille Mutantes – Anzar Anzar, Ash, Marie Rose Cheddar, Novembre et Patti La Boule – livre un lip-sync aussi millimétré que déchaîné. Autour d’une dinde de Thanksgiving, les stéréotypes explosent dans un éclat de rire collectif : la satire tourne au jeu de massacre libérateur.

Les performances invitées prennent ensuite le relais. Le playback s’invite à nouveau avec une relecture du culte The Rocky Horror Picture Show par Vesper Void. Nicky la Merguez propose des numéros à la fois énergiques et émouvants, évoquant l’absence du père avec un remix de Papaoutai de Stromae, puis convoquant la figure de George Michael à travers Freedom pour célébrer la puissance de la famille choisie.

Alcaline Cheval livre, quant à elle, deux propositions d’une précision redoutable, entre poésie et politique, autour d’un parcours de PMA. Corps engagé, parole incarnée, l’artiste transforme l’intime en manifeste. Moment culminant de la soirée : une performance sidérante sur la congélation des ovocytes et le droit des personnes trans à fonder une famille.

Magie du mix

GUI, de son côté, développe un univers punk et DIY, peuplé de figures hybrides, créatures à mi-chemin entre Ziggy Stardust et fantômes d’opéra, dans une esthétique aussi déjantée que maîtrisée. Marilyn Monvier pousse la caricature de la défunte BB jusqu’à l’absurde, gonflée à l’hélium en icône pop déglinguée. Plus loin, l’artiste fait surgir une prière punk, quelque part entre Johnny Cash remixé et les fulgurances contestataires de Pussy Riot : une collision sonore et politique qui secoue la salle.

Ici, la famille est tout sauf un refuge figé : elle devient champ de bataille, terrain de jeu, parfois « sac de pierres » que l’on traîne ou que l’on réinvente. Dans cette énergie collective, les Déviantes affirment une conviction essentielle : la norme est une matière première à déconstruire pour mieux la réenchanter.

Les deux soirées suivantes ont vu surgir les créatures du Cabaret Jean Moulin Rouge, dont le répertoire dénonce les normes d’une société capitaliste, patriarcale et hétéronormée, puis Le Cercle des Lopettes Disparues, un cabaret artisanal, burlesque et résolument engagé.

ISABELLE RAINALDI

Les Déviantes s’est tenu du 22 au 24 avril au Théâtre de l’Œuvre, Marseille.

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