vendredi 10 juillet 2026
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Un monde flottant sans gravité

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Chutes d'étoiles, par Geneviève Gleize, François Viol & Christine Ferrer. © Campredon

La ville de L’Isle-sur-la-Sorgue dévoile son nouveau « projet culturel moderne et adapté aux enjeux contemporains ». Rebaptisé Campredon art & image, le centre d’art présente désormais « une seule exposition thématique et collective annuelle de plusieurs artistes d’univers variés ». Pour ce changement de cap, il a réécrit son identité visuelle et fermé ses portes durant un an pour des travaux de rénovation patrimoniale. Sa réouverture laisse place à l’exposition (Zéro) gravité qui, comme son titre l’indique, évoque l’apesanteur, le temps suspendu dans ses représentations photographiques, immersives et numériques. 

Illusoire 

Sur les 21 artistes invités à partager leurs expériences extatiques, la Compagnie Adrien M & Claire B fait de ses Mirages & miracles une installation participative où le dessin croise la manipulation, où la tablette provoque le trouble du réel.Des traits finement sculptés dans le papier, des galets à la douceur naturelle, des images animées dès lors qu’on manipule l’outil numérique : quel sens donner au réel ? Quelle perception ? La démarche est ludique mais est-elle nécessaire tant le duo pierres-dessins inertes se suffit à lui-même… Dans son Arbre ciel, Stéphane Guiran nous invite à toucher l’infini dans un espace sonore broyé de noir absolu, transpercé par de longues mèches lumineuses, sans début ni fin. Comme un lien intangible entre ciel et terre.

Les envols photographiques de Forgetmat, Bernard Plossu, Renaud Marion ou Jacques-Henri Lartigue comme les anamorphoses de Geneviève Gleize ne nous font guère décoller de la réalité objective. On aurait aimé plus de distanciation avec le sujet dans le choix des œuvres : d’apesanteur, certes il en est question, mais de manière trop littérale. Ici pas de voyage mystique ni de spiritualité, seuls les principes physiques et la gravitation stricto sensu…

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

(Zéro) gravité
Jusqu’au 8 octobre
Campredon art & image
l’Isle-sur-la-Sorgue
04 90 38 17 41
campredonartetimage.com

L’Opéra de Marseille chérit ses Huguenots

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© Christian DRESSE 2023

Interrogé récemment au sujet du grand retour de Meyerbeer sur les scènes françaises, et plus particulièrement de ses Huguenots, Maurice Xiberras répondait que l’absence de cet opus magnum étaient avant tout due à l’absence d’interprètes adéquats pour ses rôles particulièrement exigeants. Et les vocalises acrobatiques, échevelées et truffées de virelangues – « plus blanche que la blanche hermine » – ont de quoi lui donner raison. Seuls des chanteurs et chanteuses doté·e·s d’un ambitus mais également d’une diction hors pair pouvaient s’affranchir d’un tel exercice, qui mobilise ses interprètes sur près de quatre heures et demie de spectacle. De tous les actes et quasiment de tous les plans, le Raoul d’Enea Scala possède le timbre et les qualités d’articulation idéales pour ce répertoire. Rare non francophone de la distribution, il brille pourtant sur les voyelles les plus nasales et sur les nombreuses consonnes, et sait déployer l’énergie et la fougue que réclament le personnage, seul protagoniste mobilisé sur les cinq actes. 

Peu de surprises

Ses camarades de jeu masculins brillent également sur des partitions très exigeantes : Marc Barrard est un comte de Nevers impeccable, et François Lis un comte de Saint-Bris de très bonne tenue. Nicolas Courjal ravit l’auditoire sur le moindre de ses airs, fort de graves assez ahurissants et d’une présence scénique inimitable, qui rend tangible l’évolution psychologique de son Marcel. La distribution féminine est peut-être plus brillante encore : habituée des lieux – et on ne s’en plaint pas ! – Karine Deshayes campe une Valentine irréprochable. Les performances vocales de la soprano roumaine Florina Ilie et Eleonore Pancrazi sont également ahurissantes, et insufflent ce qu’il faut d’ambiguïté au duo constitué par Marguerite de Valois et son page. L’orchestre, dirigé par José Miguel Pérez-Sierra, se révèle lui aussi très à l’aise sur ce répertoire qu’il commence à bien connaître.

Reste qu’on pourra trouver dommage que tant de grands musiciens et interprètes soient mobilisés sur une œuvre si peu riche en grands moments, scéniques comme musicaux. La mise en scène de Louis Désiré, épurée mais cohérente plastiquement parlant, ne rend cependant pas plus clair le déroulement déjà très confus du livret. Les émois des personnages, à mille lieues du sérieux que le sujet invoque – celui du massacre de la Saint-Barthélemy – n’atteignent jamais le spectateur. Parfois saisissante, la musique ne réserve cependant que peu de surprises… ou de moments de grâce.

SUZANNE CANESSA

Les Huguenots été donné du 3 au 11 juin à l’Opéra de Marseille

Dupouy, à la croisée du poétique et du politique

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London Lovers, 2009 © Raphaël Dupouy

Raphaël Dupouy a fait son premier « tour du monde » en 1989, il avait 26 ans. Et déjà il photographiait tout ce qu’il découvrait. Sa préférence ? Les mégalopoles : New York, Shangaï, Tokyo… dont il révèle l’extraordinaire vitalité dans un corpus d’images « agitées » où le mouvement est omniprésent. Celui de la vie et du temps qui passe, celui de la fureur et de la vitesse des métros et des avenues bondés, des fast-food et des enseignes électriques, dans un savant exercice photographique qui croise temps réel et symbolique. Une sorte de fuite en avant permanente qui l’a projeté sur les routes à la rencontre d’autres modes de vie. 

Palpitation intérieure

Son autoportrait en noir et blanc, en argentique comme il se doit, en témoigne dès 1989. 

Depuis, le photographe n’a jamais cessé de voyager, à Londres, Lisbonne, Tunis, entre deux parenthèses au Lavandou, son port d’attache, habité par la même envie « de mettre du sens dans ses prises de vue ». Et qu’importe l’appareil car le sujet lui importe plus que les performances technologiques : « c’est la mise en abime du réel qui m’intéresse depuis mes débuts ». Un champ d’expérimentations infinies qu’il poursuit en traquant des visages, des vitrines, des autos, des tags et autres graffitis qu’il aime à superposer. C’est ce que l’on croit au premier rager : la superposition, la reconstruction, l’inversion. Mais c’est tout autre chose dans l’intention comme dans le processus, il s’agit pour lui de flouter le réel, de lui apporter une autre dimension, plus poétique ou plus onirique, moins documentaire, en travaillant sur le temps d’exposition de la pellicule. Avec « une part d’aléatoire totalement revendiquée », notamment dans la multi-impression au moment de la prise de vue, qui donne à ses tirages un supplément d’âme. Une palpitation intérieure. Seule exception dans son exposition L’Envers du décor, l’île de Port-Cros, là encore une réalité tronquée, annonciatrice d’un nouveau rêve : arpenter l’île pour en offrir sa propre vision subjective, sensible. Loin du tumulte des villes.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

L’Envers du décor
Jusqu’au 24 juin
Espace Cravero, La Garde (83)
04 94 08 69 47
le-pradet.fr

La Révolution prend son temps

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Nos ailes brûlent aussi - Myriam Marzouki © Christophe Raynaud De Lage

Depuis 18 ans Les Rencontres à l’Échelle œuvrent, patiemment, à l’ouverture vers les artistes des pays post-coloniaux. En découvrant et en produisant des spectacles forcément différents, en les programmant sur les grandes scènes marseillaises, Julie Kretzschmar et quelques autres ont ouvert la voie à une diversification de nos représentations, qui se généralise aujourd’hui, enfin. Et bouleverse nos regards, sur l’histoire mais aussi sur le théâtre.

Liberté et traumastismes

Ainsi, on peut considérer que Nos Ailes brûlent aussi aussi n’est pas un spectacle complètement réussi, au rythme mal réglé, hésitant dans sa forme. Et, ou, être bouleversé par cette reconstitution distanciée de la Révolution Tunisienne. Myriam Marzouki créé au cœur d’une Histoire en train de s’élaborer, et c’est la place juste pour parler de cette Révolution avortée et trahie. La fuite de Ben Ali, victoire initiale, ne permet pas de construire une démocratie, dans un petit pays où le désir de liberté et d’égalité se heurte aux traditions, à la religion, mais aussi aux traumatismes d’une population marquée par la faim et la torture. Un pays que l’on quitte, même si « la Révolution prend son temps », et que ce mouvement premier donne l’espoir qu’une suite adviendra un jour, malgré la dictature revenue.

Dans la salle du Zef, pleine à craquer d’un public jeune et divers, on entend rire ceux qui comprennent l’arabe, visiblement nombreux, et on regrette un peu que tout ne soit pas traduit. La partition gestuelle en revanche est suivie par tous : ces sièges de fortune que les trois révolutionnaires doivent partager malgré leurs désaccords, ces cendres qui recouvrent la scène lorsque tout cela échoue, le désir de franchir la mer et de fuir, la partition nouvelle que l’on essaie d’écrire ensemble. Des symboles clairs, installés un peu trop longuement pour un public qui n’est pas entièrement au fait de l’actualité tunisienne, et aurait sans doute besoin d’un texte, par endroits, moins allusif et plus incisif.

AGNÈS FRESCHEL

Nos Ailes brûlent a été donnée le 8 juin au Zef, scène nationale de Marseille dans le cadre des Rencontres à L’Échelle qui se poursuivent jusqu’au 17 juin

Côté Cour : Lorsque la harpe rencontre la flûte, que se disent-elles ?

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Les festivals s’annoncent, les programmes longuement concoctés livrent les secrets de leurs soirées. Les présentations se succèdent, cherchent à donner un avant-goût aux possibles publics. Il y a tant de spectacles sur la région ! Difficile d’effectuer un choix !

Le tout jeune festival Côté Cour organise (déjà !) grâce à ses fondateurs, les musiciens Marie Laforge (flûte traversière) et Léo Doumène (harpe), sa troisième édition, investissant le territoire aixois de Pertuis à Puyricard en passant par Venelles et Aix-en-Provence. 

Ces deux passionnés offraient en guise d’introduction aux délices chambristes de l’été un duo harpe et flûte évoluant sur « le fil rouge de la danse ». Comme une évidence le concert débute par une sonate de Jean-Sébastien Bach. « Avec lui s’achève la période baroque et commence la musique classique », sourit Léo Doumène qui présente avec finesse chaque pièce, précisant les transpositions : la Sonate pour traverso et clavecin devient pour flûte traversière et harpe, déclinant les élans mesurés de la Sicilienne dont le rythme ternaire n’est pas sans évoquer la valse (la célébrissime Valse du Parrain de Nino Rota est une Sicilienne). Les phrasés souples de la flûte se posent sur les fantaisies élégantes de la harpe. Le jeu fluide des deux complices s’accorde sur la danse populaire de la Suite en duo de Jean Cras (ce marin inventeur de la « règle Cras » et musicien), mime un orchestre traditionnel, s’orientalise, épouse les mouvements de l’eau, converse avec une spirituelle légèreté avant de traverser l’océan pour redécouvrir le Nuevo Tango de Piazzolla, plonger dans l’atmosphère embrumée des cafés de Buenos Aires avec des extraits de L’Histoire du Tango du compositeur argentin, esquisser quelques pas de danse, évoquer les origines de cette danse emblématique par le superbe Bordel 1900 qui décrit le tango dans les maisons closes du début du XXe où il est né avec ses mélodies provocantes, sa vivacité, ses rythmes ostinato à la harpe qui se transforme en instrument percussif. 

Auparavant, le duo avait interprété Café 1930 (deuxième mouvement de cette œuvre), plus à écouter qu’à danser, déployant arpèges et ornementations à la harpe (transposition de la guitare) sur les expressives modulations de la flûte. L’inventivité éloquente d’Entr’acte de Jacques Ibert venait clore ce moment musical, prélude à un été qui s’annonce particulièrement riche et comptera une création, mondiale par essence, du compositeur Apparailly pour le Trio Moïra, (Marie Laforge, Léo Doumène et Raphaël Pagnon, alto).

MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné le 19 mai dans la salle des mariages de la mairie d’Aix-en-Provence.

À venir

Côté Cour du 2 au 6 août, à Aix-en-Provence, Puyricard et Venelles. 

Voix de femmes, voix du monde…

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On pourrait commencer par le dernier ouvrage de Jean DarotL’enfant don, tout juste sorti des presses pour les éditions Passiflore, une histoire très poétique et humaine composée à partir d’observations ethnographiques dans les Pyrénées menées par Isaure Gratacos (Femmes pyrénéennes, un statut social exceptionnel en Europe, éditions Privat) qui ajoute au livre une passionnante postface où elle expose les principes d’un « vivre sociétal précurseur qui ignorait les différences de genre en une anticipation bimillénaire sur les sociétés contemporaines » (déjà le géographe et historien grec, Strabon (60 av. J.-C., @ 20 ap. J.-C.) notait leur gestion proche d’une « autodétermination collective »). 

Jean Darot s’empare de la description étonnante dans les sociétés patriarcales européennes du fonctionnement particulier de la société montagnarde de quelques vallées où le droit d’aînesse, mais sans distinction de sexe, permet de préserver les « maisons-souche » qui forment la base de la vie communautaire, avec des réunions des chefs (hommes ou femmes, les aînés) de famille. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas le droit de se marier entre eux afin de préserver la pérennité de cette structure, et ne peuvent épouser que des cadets. 

Le récit débute à l’été 1938, sur une scène de retour : Adam, l’enfant, revient de la guerre d’Espagne. Une série d’analepses reconstitue son histoire, celle de ses parents, les biologiques et ceux qui l’ont reçu en don. Langue en épure pour une narration bouleversante d’humanité, de partage, d’empathie… le texte déroule ses orbes avec la simplicité de l’évidence, il n’est pas d’héroïsation, d’états d’âme vains, juste une réponse humaine à la douleur. Seuvia, fille aînée, tête d’une maison-souche, décide avec son époux de porter un enfant afin de remédier à la détresse d’un couple-ami qui ne peut concevoir. Cette profondeur d’émotion, cette logique de survivance se retrouvait, portée par le même style, charnel, ancré dans la réalité des choses, (écho de certains textes de Jean Giono) dans L’homme semence publié par les éditions Parole en 2006. 

L’Homme Semence

L’Homme Semence recèle le témoignage de Violette Ailhaud, née en 1835 et morte en 1925 au Saule mort, hameau du village du Poil dans les Basses-Alpes (aujourd’hui Alpes-de-Haute-Provence). Une enveloppe de sa succession ne pouvait être ouverte par le notaire avant l’été 1952 et uniquement par l’aîné des descendants de Violette, et de sexe féminin, ayant entre quinze et trente ans. Une certaine Yveline âgée de vingt-quatre ans aurait alors hérité de l’enveloppe et du texte qu’elle contenait, et l’aurait confié aux éditions Parole en 2006, maison dirigée alors par Jean Darot, son fondateur. 

Le livre a un tel succès que de nombreuses troupes de théâtre vont s’en emparer, qu’il sera adapté dans le film Le Semeur, (sorti le 27 septembre 2017) réalisé par Marine Francen, et sera traduit dans de nombreuses langues (on peut souligner celle en anglais par Nancy Huston). Le sujet est aussi lié à l’Histoire : le coup d’État du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte déclenche la révolte de nombreux républicains et des soulèvements jusque dans les campagnes où s’exercera une violente répression, les hommes sont tués, emprisonnés, déportés (la plupart en Algérie). Nombreux sont les villages où les femmes restent seules. Dans le village de Violette, les femmes font un pacte : le prochain homme qui viendra sera leur mari à toutes afin que le cycle de la vie continue… ce sera « l’homme-semence ».

L’histoire, puissante, poignante, est aussi étudiée au lycée. Le 17 mai dernier, la classe de terminale spécialité Histoire des Arts de Madame « K » (Madame Kmieckowiak) recevait au lycée international de Luynes la comédienne et musicienne Kimsar pour son adaptation de L’Homme Semence. Au rythme foisonnant des phrases qui épousent avec souplesse les diverses tonalités de la narration, se greffe l’imaginaire musical de Kimsar. Les sons accordent leurs prolongements aux mots, leur offrent un écrin subtil, offrent leur langage, commentent, ajoutent, amplifient, ironisent parfois, espiègles, se refusent à la paraphrase, mais nimbent l’univers poétique de leur palette variée, guitare rêveuse, percussions haletantes, tempo de slam, lyrisme emporté, ton du guide local… On se laisse porter par un texte que l’on a déjà lu maintes fois, on le redécouvre, avec une saveur nouvelle, bouleversante. 

Il s’écoule plus de deux ans avant qu’un homme n’apparaisse au village de Violette : « ça vient du fond de la vallée. Bien avant que ça passe le gué de la rivière, que l’ombre tranche, en un long clin d’œil, le brillant de l’eau entre les Iscles, nous savons que c’est un homme. Nos corps vides de femmes sans mari se sont mis à résonner d’une façon qui ne trompe pas. Nos bras fatigués s’arrêtent tous ensemble d’amonteiller le foin. Nous nous regardons et chacune se souvient du serment. Nos mains s’empoignent et nos doigts se serrent à en craquer les jointures : notre rêve est en marche, glaçant d’effroi et brûlant de désir. » 

Les questions intelligentes et sensibles des élèves rendent grâce à cette interprétation, sa construction fine, sans cesse en équilibre loin de tout pathos de pacotille. 

Revendication de paternité

Violette Ailhaud, quelle auteure ! Et pourtant, elle aussi est une élaboration romanesque due à son éditeur, Jean Darot, qui explique : « comme je venais d’éditer son “petit frère”, L’enfant don, j’ai, à dix-huit ans d’écart, décidé de reconnaître ma “paternité ou maternité”. J’ai choisi le prénom Violette parce que ce n’est pas un nom chrétien, il n’appartient pas à la religion qui a tant accablé les républicains de 1851, et le nom Ailhaud est emprunté à André Ailhaud (dit Ailhaud de Volx, 1799-1854) qui fut le chef des républicains du département des Basses-Alpes, qui est le département qui s’est le plus soulevé pour le maintien de la République. Il participa à la prise de la préfecture de Digne le 6 décembre et commanda les troupes républicaines qui firent battre en retraite l’armée bonapartiste le 9 décembre lors de la bataille des Mées. Il sera déporté à Cayenne où il mourra du scorbut. Pourquoi ce livre et pourquoi sous pseudonyme ? J’avais plusieurs collections dans ma maison d’édition Parole, un jour, j’ai reçu un texte qui a fait naître la collection “Main de femmes”. Mais je ne recevais rien d’autre qui puisse entrer dans cette collection, et avec un seul livre, ce n’est plus vraiment une collection ! Alors j’ai écrit moi-même un texte. Il fallait qu’il soit signé par une femme, c’est ainsi qu’est née Violette Ailhaud… »

MARYVONNE COLOMBANI

L’Homme Semence a été joué par Kimsar au Lycée international de Luynes le 17 mars.

Année anniversaire du Mucem : un lancement réussi

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© Gabriel Popoff

C’était le clou du week-end. Le 3 juin au soir, une fois la nuit tombée, les nuages n’ont pas empêché la débauche de pyrotechnie du Groupe F (Le Temps des lumières vives) d’en mettre plein la vue aux spectateurs. De quoi magnifier l’architecture des lieux pour les plus proches, mais aussi de permettre au public juché plus loin, qui sur son balcon, qui du bord de mer, d’en admirer les splendides effets de couleur.

Entre les gouttes

En journée, les curieux venus en nombre découvraient les expositions du moment, particulièrement Barvalo [lire critique ici], et des accrochages prévus spécialement pour l’occasion, une grande baleine aérostatique dans le hall, ou le banc de sardines gonflées à l’hélium, propice à la méditation, dans le bâtiment Georges Henri Rivière, conçus par Aérosculpture. Au sous-sol, des courts-métrages sur le thème de la fête (ah, Le p’tit bal de Bourvil repris par Decouflé !). Dans la Galerie de la Mer, c’est le Ballet national de Marseille qui attirait plus particulièrement les applaudissements, avec ses vingt danseurs interprétant en alternance cinq pièces chorégraphiques signées (LA)HORDE, Oona Doherty ou encore Lucinda Childs. Dans les bâtiments du J4 ou sur l’Esplanade, de plus petites formes ponctuaient les allées et venues. L’Homme-orchestre, par exemple, alias Santiago Moreno, musicien multi-instrumentiste et marionnettiste virtuose. Ou encore de légers Instants musicaux proposés par Marseille Concerts, avec notamment une toute jeune formation, le Quatuor à plectres phocéen, quatre mandolinistes heureux de se produire à l’air libre, entre les gouttes.

Gouttes qui ont fini par tomber, malheureusement, juste après les réglages de la balance, pour les bals prévus le dimanche soir.

GAËLLE CLOAREC

Le week-end d'ouverture des 10 ans du Mucem s'est tenu du 2 au 4 juin.

Droit d’asile, droit sacré

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Les suppliantes © DR

L’intelligence humaine de cette tragédie, écrite 460 ans avant J.-C., a de quoi faire douter du progrès historique, face aux élucubrations d’un Éric Ciotti, sans parler d’un Zemmour.

L’accueil de l’autre, l’hospitalité, est au cœur des Suppliantes, ces femmes africaines qui demandent l’asile dans une Europe en train de naître, quelque part sur la côte grecque.

Des femmes qui fuient des mariages forcés, et font courir au peuple qui les accueille le danger de la guerre. Mais le droit d’asile y est sacré.

Depuis plusieurs années Valérie Trébor et Fabien-Aïssa Busseta invitent les habitants de la Belle de Mai, ados, enfants, groupes de femmes de générations différentes, à s’emparer de ce texte. À le lire, le dire, le commenter, le chanter, le jouer. Dans des restitutions publiques, des podcasts sur Radio Grenouille, des publications. Les mots d’Eschyle s’échangent, bruissent d’accents divers, se chargent de questionnements contemporains. Tissent des récits d’exils qui sont aussi des récits d’espoir, d’avenir à construire plus que de dangers à fuir. 

Et une exposition 

Récits de femmes, d’émancipation, récits joyeux. Récits aussi sur le regard inamical, inhospitalier, auquel les racisés doivent si souvent faire face. Sur le rapport à la France des enfants post-coloniaux, dont les parents se sont « battus pour la France », ou ont été exploités par une nation qui continue à leur demander des preuves de leur « intégration ».

Plus qu’un spectacle, il s’agit de la restitution de ce travail collectif, mis en scène comme une grande aventure de quartier, une quête de dignité et de reconnaissance, sur des musiques composées par Vincent Beer Demander. Dans le hall de La Criée une exposition restitue les étapes de ce projet, aussi importantes que leur résultat : un texte écrit en commun à Marseille, à partir d’une tragédie écrite avant la fondation de la plus vieille ville de France, et dont l’identité terrienne provençale, somme toute récente, cohabite avec des histoires migratoires maritimes bien plus anciennes, riches de leur diversité, et de leur appel à notre humanité commune.

AGNÈS FRESCHEL

Les Suppliantes
15 et 16 juin
La Criée, Marseille
Entrée libre sur réservation
theatre-lacriee.com

Les rues d’Aubagne vont danser

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Rodéo-Grenade © Leo Ballani

Il s’agit de préparer les Jeux olympiques en reliant sport et art. Quoi de mieux pour cela que la danse, et le principe de gratuité et de joie partagée dans la rue ? La direction de ce nouvel événement, qui se tient du 15 au 18 juin à Aubagne, est confiée à Josette Baïz et sa compagnie Grenade, ainsi qu’à Caroline Selig, directrice d’Artonik. Plusieurs autres éditions auront lieu dans les Capitales Provençales de la Culture désignées par le département 13, jusqu’en 2024. La la prochaine édition est prévue en septembre à Istres.

À Aubagne, ce sont pas moins de treize spectacles et quatre DJ sets qui se déploient durant quatre jours. Tout est gratuit, et de grande qualité artistique. Les deux directrices ont choisi de travailler avec des compagnies qui font la richesse du territoire, et d’inviter quelques classiques des arts de la rue, version sport !

Rodéo et Caramel

Les jeunes de la Compagnie Grenade ouvrent la danse jeudi 15 juin en reprenant Kamuyot, une pièce virtuose d’une belle énergie du chorégraphe Ohad Naharin, suivi par les Aubagnais entrainés dans une création collective hip-hop du chorégraphe maison Miguel Nosibor (compagnie En Phase). 

Puis le week-end enchaine les propositions les plus diverses : du théâtre avec une demoiselle qui concocte une tarte Caramel Chocolat  (La Cuisinière, Cie Tout en vrac) le Centre Chorégraphique de Lorraine qui se lance dans un Disco Foot free style qui transforme les dribbles en grands jetés… 

La compagnie marseillaise L’Eléphante danse sa création Utopy, peuplée d’animaux fantastiques colorés, créée sur la Canebière le 14 mai, Noëlle Quillet reprend Garçon, un très beau duo entre la danseuse et une marionnette à sa taille… Quant à la compagnie franc-comtoise Oxyput, elle viendra présenter Fuel Fuel, une pièce pour quatre danseurs, un musicien et des jerricans, qui tourne depuis 2018, et que l’on a peu vue dans la région. 

Ce sont les compagnies organisatrices qui enflammeront la fin du festival : le samedi le Groupe Grenade, composé de jeunes ados d’un niveau impressionnant, présentera des extraits de sa prochaine création Demain c’est loin, puis leurs ainés, formés et dirigés eux aussi par Josette Baïz, proposeront sa nouvelle création sur un tempo de Rodéo, hip-hop et musclé ! 

La compagnie Artonik, associée à Générik Vapeur, proposera une déambulation sous l’œil de marionnettes géantes : Kinisi célèbre le sport, revisite ses gestuelles avec le regard toujours décalé et subtil de Caroline Selig, qui n’interdit en rien une musique déjantée et un incroyable don pour le lâcher prise collectif ! 

Les arts pour tous et toutes, dans la rue, gratuits, par des nombreuses compagnies régionales, avec participation des habitants, et dirigés par des femmes… Que demander de plus ? 

AGNÈS FRESCHEL

13 en Jeux
Du 15 au 18 juin
Divers lieux, Aubagne
departement13.fr
aubagne.fr

Sanglant Samson et Dalila à l’Opéra Grand Avignon

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Samson et Dalida © Roberto Alcain

Nombreux sont les grands opéras narrant avec passion et sensualité une histoire d’amour érigée sur fond de guerres entre les peuples. Aïda, Norma et l’inoxydable Samson et Dalila en constituent les exemples les plus éloquents. À ceci près que le chef-d’œuvre de Camille Saint-Saëns n’occulte en rien la violence du conflit entre les Hébreux et les Philistins, et la haine viscérale qui sous-tend les rapports entre ses deux protagonistes. En cela, la mise en scène âpre et brutale de Paco Azorin, créée au Festival de Mérida en 2002,se révèle fidèle au propos, qu’elle déplace sur le terrain de l’universel.

Chaud et froid

Cela fonctionne un temps : le premier acte, porté par les Chœurs de l’Opéra Grand Avignon et de Toulon, place la foule des Hébreux au centre de l’action. On y retrouve des personnes en situation de handicap, soutenues et accompagnées par les forces vocales. Les enfants du Grand Avignon incarnent les Philistins sacrifiés à leur tour par les Hébreux. L’Orchestre national Avignon-Provence, sous la direction de Nicolas Krüger, fait briller cette partition dont on n’aura que rarement entendu la noirceur et le désespoir. Les échanges de l’Acte II relèvent du pur chef-d’œuvre : Marie Gautrot et Marc Laho incarnent les rôles-titres avec une aisance vocale admirable. Dalila n’aura de cesse, conformément au livret, de souffler le chaud et le froid, et ici, l’amour et la haine sur un Samson complètement dépassé. Le Grand Prêtre de Nicolas Cavallier récolte également tous les suffrages. Dommage donc que le dernier acte, plombé entre autres par des costumes et surtout une chorégraphie macabre grandiloquente signée Carlos Martos de la Vega, se repaisse de l’imaginaire d’une exécution publique sans recul, et surtout en glissant sur le terrain de l’essentialisation. Le mélange jusqu’alors cohérent entre le réalisme insoutenable du registre guerrier et la métaphore intemporelle laisse ici un goût amer.

SUZANNE CANESSA

Samson et Dalila a été donné les 9 et 11 juin à l’Opéra Grand Avignon.