samedi 11 juillet 2026
No menu items!
cliquez sur l'image pour faire un donspot_img
Accueil Blog Page 445

« Ce côté Jamy de la musique, j’adore »

0
Musique pas bête © P.MORALES

Zébuline. Votre spectacle a été créé à peine avant le Covid. Comment est-il né ?

Nicolas Lafitte. Il a en effet fait l’objet d’une trentaine de dates au Studio Champs-Élysées en décembre 2019. Et il avait été créé juste avant au festival Tous en Sons, au Théâtre du Gymnase, avec un décor en carton, qui n’était pas du tout la version d’aujourd’hui, avec de vrais décors en dur ! Il s’agissait alors d’un rebond de l’émission pour enfants Klassiko Dingo que j’animais sur France Musique. J’y recevais des messages d’enfants qui posaient différentes questions à propos de la musique. Les éditions Bayard m’avaient proposé d’en faire un livre, et j’ai eu envie de faire un spectacle à partir des questions qui m’avaient le plus marqué : à quoi ça sert la musique ? Qui a inventé la musique ? Ce sont des questions qui, sous leur apparente naïveté, soulèvent quelque chose de philosophique. 

Mais aussi de scientifique, d’ailleurs !

Absolument ! Ce côté Jamy de la musique, j’adore, et j’assume complètement cet aspect didactique. En essayant de répondre à ces questions, on se rend compte de plein de choses : que mêmes les hommes et femmes préhistoriques soufflaient dans des pierres pour produire de la musique. Ça permet aussi de revenir au corps, et à la voix, le premier de tous les instruments. Comprendre que notre corps est une caisse de résonnance, c’est quelque chose d’indispensable.

Non content de poser ces questions et d’y répondre sur scène, vous recourez justement au chant, à l’interprétation… Est-ce une chose dont vous avez l’habitude ?

La pratique musicale a toujours fait partie de ma vie, et le chant en particulier. Chanter a toujours été ma passion : je suis allé en fac de musicologie, au conservatoire en saxophone… Mais ce qui me plaisait le plus, c’était la chorale ! Après Radio France, j’avais une certaine appréhension à l’idée de monter sur scène. Mais cela me travaillait. L’écriture a évolué, de l’idée de faire une conférence accompagnée d’un musicien à ce projet bien plus ample, de l’ordre du théâtre musical. Il a été mis en scène par Agnès Audiffrenet on y retrouve mon complice Lionel Romieu. Et je pense qu’il n’aurait pas pu être mieux accompagné !

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

Musique pas bête
le 9 février à La Criée, Marseille
theatre-lacriee.com
En partenariat avec Marseille Concerts
marseilleconcerts.com

Les femmes dans la musique : et si on changeait de disque ?

0
© TnK1PrdZ

Ce jeudi, le Centre national de la musique a choisi Marseille pour la tenue de la 2e édition des Assises de l’égalité femmes-hommes dans la musique. L’occasion de dresser un état des lieux pas toujours réjouissant. Entretien avec Corinne Sadki, conseillère Europe et égalité femmes-hommes au CNM.

Zébuline. Pourquoi des Assises nationales de l’égalité femmes-hommes dans la musique ?
Corinne Sadki. Le rendez-vous des assises nationales est un moment de communication fort autour d’un sujet prioritaire autour duquel toute une filière est mobilisée depuis quelques années. Historiquement, le secteur de la musique avait déjà organisé une première initiative de l’ordre d’assises de l’égalité, en 2019, sous l’égide de TPLM [Tous pour la musique est une association réunissant l’ensemble des représentations professionnelles de la filière musicale française, ndlr] du Prodiss [le syndicat national du spectacle vivant et de variété est organisme patronal, ndlr]. Quand le Centre national de la musique (CNM) a été créé, en 2020, cela semblait évident que son rôle était de mettre en lumière le sujet de l’égalité entre les femmes et les hommes au niveau national. Nous avons donc décidé de pérenniser ce moment d’échanges et d’état des lieux. Une première édition a eu lieu en juin 2021 à Paris.

Pour quelles raisons leur deuxième édition a-t-elle lieu à Marseille ?
Après les premières assises, on avait envie de les délocaliser. Les premiers partenaires avec lesquels nous en avons discuté ont été des acteurs de la région et notamment le Pam [pôle de coopération des acteurs de la filière musicale en Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse, ndlr] et l’association Orane, organisatrice du festival Marsatac et très impliquée sur ces sujets et avec qui on travaille beaucoup. Le projet a ensuite avancé en menant des ateliers avec d’autres acteurs locaux dont la Ville de Marseille et la Région Sud. La motivation locale est forte.

Pouvez-vous nous donner quelques chiffres évocateurs quant à la présence des femmes dans la filière musicale ?
Dès la première édition, nous avons pointé le besoin d’avoir des chiffres au niveau national dont on puisse mesurer l’évolution d’année en année. Nous allons présenter l’édition zéro de ce baromètre à Marseille. Sur les formations de musiques actuelles présentes sur les scènes hors festival en 2019, 17% sont menées par des femmes et 62% par des hommes. 21 % ont un genre mixte. En ce qui concerne les artistes enregistré·es, on est à 55 % de production de voix à tonalité masculine, 17 % de tonalité féminine et 28 % de tonalité mixte. Dans ce que les médias diffusent, la tonalité féminine atteint 29 %, ce qui correspond donc à peu près à ce qui est produit. En revanche, au niveau de la consommation (en streaming et sur YouTube), on descend à 14 %.

À quel moment d’un parcours de femme en musique, les inégalités se creusent et pourquoi ?
Dans les emplois permanents à des postes et métiers divers, c’est relativement équilibré avec 46 % de femmes dont 47 à des postes de cadre, cette dernière donnée ayant progressé de 4 % en dix ans. Dans les emplois intermittents, on a 35% de femmes au global, c’est-à-dire aux postes artistiques et techniques. En revanche, les femmes s’évaporent dans les métiers de la filière à partir de 30 ans. Soit à l’âge moyen de la première maternité en France… On ne peut pas affirmer que cela en soit la raison principale mais c’est le constat.
Quand on arrive aux postes de direction, c’est là que les écarts deviennent très importants. Les femmes y ont nettement moins accès. Elles représentent entre 9 et 17% des directions des structures telles que les Smac, les centres nationaux de création musicale, les opéras ou les orchestres.

Y a-t-il des disparités au niveau de la programmation des artistes femmes en fonction du genre musical ?
On s’est rendu compte que les esthétiques où il y a le plus de femmes programmées sur scène sont les musiques du monde et traditionnelles. Le hip-hop est celle pour laquelle elles sont le moins programmées. Du côté des musiques enregistrées, on trouve 32 % de femmes dans la pop. Là où il y en le moins, c’est en rock, métal et rap. Au niveau des musiques classiques et contemporaines, il faut noter qu’il n’y a qu’une seule femme pour dix-sept hommes parmi les chef·fes d’orchestres nationaux. Il y a d’ailleurs un grand travail à mener avec les conservatoires sur les instruments genrés : les femmes veulent toutes jouer du violon et de la harpe.

Trouve-t-on, comme dans le monde du travail en général, des inégalités salariales entre les femmes et les hommes à poste et qualification égaux ?
Eh oui ! Et elles s’intensifient avec l’âge. Sur les moins de 25 ans, dans l’édition ou le spectacle vivant, les disparités sont de l’ordre de 7 à 9 %. Entre 25 et 35 ans, elles sont beaucoup plus faibles, de 2 à 5 %, et c’est plutôt intéressant. Entre 35 et 45 ans, ça se creuse, entre 9 et 16 %. De 45 à 55 ans, on est entre 13 et 20 % d’écart. À plus de 55 ans, la différence de salaire varie entre 14 et 32 % ! C’est concomitant avec le fait que l’on propose très peu de poste de direction aux femmes.
Chez les intermittents, les écarts sont très faibles en ce qui concerne les cachets artistiques (de l’ordre de 3%) mais atteignent 22% aux postes techniques.

En live
Les Assises étaient aussi l’occasion d’écouter des artistes féminines sur scène avec le lancement du festival Les femmes s’en mêlent. Au programme de la soirée du 9 février, Nadine Khoury et Stella Galactica étaient sur la scène du Café de l’Espace Julien.

Le CNM a mis en place une feuille de route en faveur de l’égalité femmes-hommes. Quelles sont les avancées constatées depuis les précédentes assises en 2021 ?
On constate une sensibilisation générale de la filière aux sujets de l’égalité et de la prévention des violences. Même si cela n’a pas fait clairement bouger les lignes, il y a une prise de conscience réelle car impossibilité de passer outre. Nous avons conditionné toutes les aides financières à la mise en œuvre d’un cadre de prévention des violences sexistes et sexuelles. Le nombre de formations a d’ailleurs explosé. C’est l’avancée majeure et également une condition pour que les femmes se sentent en sécurité, restent dans la filière et puissent y développer leur carrière. Il existe une sororité entre actrices de la filière qui se sont mobilisées pour monter des programmes. Une initiative concrète récente : l’Association française des orchestres (Afo) vient d’annoncer qu’elle s’engageait à programmer davantage de compositrices. Les assises servent aussi à cela : mettre en lumière tous les projets développés dans la dernière période et qui permettent d’accompagner les professionnel·les vers le changement. Sur d’autres sujets liés à l’égalité, comme l’inclusion de plus de femmes dans les projets, le CNM a engagé une politique de bonifications, d’incitations financières. D’aucuns trouveront qu’on est bien trop lent et trop tiède mais d’autres trouvent aussi qu’on va beaucoup trop vite…

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS

Assises organisées en coproduction avec le conservatoire Pierre Barbizet et en partenariat avec le Pam, la Drac Paca, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Ville de Marseille, l’association Orane, France Musique et Radio Grenouille.

Le petit théâtre photographique de Gilbert Garcin

0
Le coeur de la cible © Gilbert Garcin - Courtesy galerie Camera obscura

Ce qui frappe en premier lieu dans l’œuvre de Gilbert Garcin, c’est son mélange d’insolite et de fausse simplicité. Exclusivement réalisées en noir et blanc, comme pour garder une distanciation salutaire avec le réel, les photos font l’effet d’un étrange bricolage qui nous pousse à regarder à saute-moutons. Et ainsi dérouler le fil de minuscules histoires aussi surréalistes, graves, loufoques qu’il est possible de concevoir. Car Gilbert Garcin a plus d’un tour dans son sac pour inventer des situations abracadabrantesques auxquelles il donne des titres décalés : L’Embarras du choix (clin d’œil à Eliott Erwitt), Changer le monde, Lorsque le vent viendra, L’Inconnu… Le tout composant un vaste ouvrage de quelque 400 photographies délicieusement mises en scène.

Une silhouette malicieuse
Comme au théâtre ou en littérature – il rêvait d’être écrivain –, il y a un héros. Gilbert Garcin a choisi de se glisser dans le rôle du personnage principal avec beaucoup de modestie. Seulement revêtu d’un long pardessus gris comme Jacques Tati dans ses films, parfois accompagné de sa femme, il prend la pose, se précipite dans le vide, joue à l’équilibriste, se projette en marionnette dans Être maitre de soi, se perd dans les nuages… Des photomontages faits de bric et de broc à la manière du théâtre forain. D’une simplicité saisissante mais mystérieuse : pourquoi ses clichés nous touchent-ils autant ? Raphaël Dupouy, directeur de la Villa Théo, le constatait déjà en 2009 à l’occasion des « Déambulations photographiques » organisées au Lavandou. « C’est une œuvre attachante qui parle à tous les âges. La grande force de son travail est qu’il projette ses propres doutes et ses propres joies. C’est à la fois plein d’humour et de profondeur, d’où le titre de l’exposition La drôle de gravitéde Gilbert Garcin».

Un rébus poétique
Chaque photographie est un haïku, parfois surréaliste avec des emprunts à Magritte, parfois philosophique comme sa dernière œuvre intitulée Vivre, où il s’immortalise couché au sol, les bras en croix. Mises bout à bout, elles forment un long poème où des éléments anodins côtoient réflexions et rêves ; où les mots deviennent des images. Des témoignages, comme il les nomme lui-même, sur ce qu’il a lu, vu, entendu, vécu. Des saynètes cocasses et tendres, moqueuses ou graves, fabriquées de manière presque artisanale dans son studio à La Ciotat. Il y a d’abord eu un personnage avec un bob enfoncé sur la tête, puis un autre encore plus banal, un « monsieur tout le monde » qui lui ressemblait comme deux gouttes d’eau, photographié, découpé, collé mille et une fois afin d’inventer l’illusion parfaite. D’aucuns y voient son double… Gilbert Garcin ne réfutait pas cette hypothèse et laissait planer le doute, pourvu que son personnage reste hors du temps. 

Un jeune artiste de 65 ans
Gilbert Garcin s’est lancé en photographie à la retraite, après une vie d’entrepreneur, à l’occasion d’un stage aux Rencontres d’Arles où il découvre le photomontage. Le hasard faisant bien les choses, il gagne le premier prix d’un concours ! Sa « carrière » est lancée, il enchaine quelque deux-cents expositions à Marseille puis en France ; son œuvre séduit les maisons d’édition (Mister G, Le témoin, La vie est un théâtre, Faire de son mieux, Simulacre…). Au Lavandou aujourd’hui, la magie opère encore car derrière les artifices, son œuvre touche au sensible, à l’affectif, à l’instinctif, loin de tout formatage. 

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

La drôle de gravité de Gilbert Garcin
Jusqu’au 25 mars
Villa Théo, Le Lavandou
04 94 00 40 50
villa-theo.fr

La saison des tremplins

0
Les auditions de Class'Eurock se tiennent jusqu'au 25 février © Aix'Qui copie

Ils sont nombreux les artistes reconnus à être passés par un tremplin musical. On peut citer Pomme, Feu! Chatterton, Eddy de Pretto pour la seule dernière décennie. Si pendant longtemps la reconnaissance était synonyme de passage dans les médias, les tremplins font aujourd’hui office de dénicheur de talents, autant suivis par les amateurs en quête de nouveaux sons, que par des professionnels à la recherche de la nouvelle pépite. Les artistes, quant à eux, profitent de ces dispositifs pour découvrir un monde qu’ils ne connaissent pas forcément, se faire des bons contacts et décrocher certaines récompenses qui peuvent considérablement aider leurs carrières.

Une compétition ?
Si l’on peut être dans un premier temps refroidi par le caractère compétitif de tels dispositifs, les artistes n’y voient souvent qu’une opportunité de plus pour s’exprimer. « On l’a pris comme un concert normal. On ne se rendait pas compte de l’importance du truc », explique Jules Hendriel, chanteur de Parade, groupe sélectionné pour les Inouïs du Printemps de Bourges en 2020. Même son de cloche pour Trampqueen, vainqueure d’Orizon Sud en 2022. « Il y a ce coté compétitif car on essaie de gagner. Mais j’étais plus en compétition avec moi-même. Et puis on découvre d’autres groupes, qui peuvent devenir des potes. Avec qui on peut envisager des collaborations. »

Des rencontres avec des artistes mais aussi avec des professionnels, une manière de découvrir les rouages de l’industrie musicale française, pour le meilleur et pour le pire. « Ca nous a aidé car on voit aussi ce que l’on n’aime pas. C’est un monde particulier avec des gens particuliers. Après une journée à me faire former par un mec de Spotify, je me suis dit que les réunions à la banque étaient moins pires », raille le chanteur de Parade, banquier dans une autre vie. 

Des gains à la clef
Le principal intérêt pour les jeunes artistes demeure dans les lots à gagner, souvent hors de prix, ou hors d’atteinte pour des artistes émergents. « On a gagné une résidence, c’est un graal pour un jeune groupe. Ça nous a permis de mettre en place notre live », témoigne Ange Debili, de Social Dance, qui a participé à Orizon Sud en 2022, et qui se lance dans la prochaine édition des Inouïs. 

Une participation qui assure aussi aux artistes une certaine visibilité. « Je sais qu’il y a pas mal de professionnels qui suivent les tremplins, donc ça nous a peut-être aidé à nous implanter à Marseille », poursuit Ange. Une mise en lumière qui peut aussi provoquer du stress pour certains participants. « J’ai vu une artiste vomir avant de monter sur scène. Elle a passé trois jours angoissée, paniquée par cet événement », explique Jules de Parade. De quoi se rappeler que si « ça peut aider à ouvrir des portes, il n’y pas qu’un seul chemin », résume le guitariste-chanteur de Social Dance. 

Si Orizon Sud a clôturé les inscriptions le 5 février, on en est déjà à la phase des auditions à Class’Eurock, celle-ci se poursuivant jusqu’au 25 de ce mois. L’ainé des tremplins en Paca – il est porté depuis sa création en 1991 par l’association Aix Qui – a vu ses estrades foulées par Hyphen Hyphen ou encore Deluxe. Et cette fin semaine, ce sont les Inouïs qui invitent le public à découvrir sur scène les groupes régionaux présélectionnés dont un participera peut-être à la grande finale à Bourges, au printemps.

NICOLAS SANTUCCI

Auditions live des Inouïs du Printemps de Bourges 
10 février au Live, Toulon et le 11 février au Moulin, Marseille

Angélica Liddell : « Je pratique la pornographie de l’âme »

0
Angélica Liddell © Ximena y Sergio

Zébuline. Liebestod est truffé de références, la plus évidente étant celle à la tauromachie. L’art est-il un combat et le théâtre une arène ? 

Angélica Liddell. Bien sûr, l’agone de la tragédie grecque est à la base de mes œuvres. Il me faut toujours travailler avec ce sentiment de danger intérieur. Je lisais Annie Ernaux l’autre jour et elle disait qu’elle avait toujours besoin d’écrire quelque chose qui était dangereux pour elle. Je comprends ce genre de danger. Le danger de l’aveu. Et il est certain que le seul pouvoir dont on puisse abuser est le pouvoir de la poésie. 

Comme pour le torero Juan Belmonte dans l’arène, montez-vous sur scène avec l’envie de mourir ? 

Cela se produit automatiquement. Tout le désir de mourir que je traîne depuis mon enfance se libère et me donne de la force. C’est pour cela que j’ai choisi la tauromachie comme métaphore de mon histoire du théâtre, et Juan Belmonte parce que c’est un torero qui a affronté l’art à partir d’une philosophie tragique. L’essentiel est d’ÊTRE, pas de PARAÎTRE. C’est le dilemme de Persona, dans le film de Bergman. On naît tout simplement ainsi. 

Dans une société qui ne semble plus vous apporter beaucoup de bonheur, le théâtre est-il pour vous le plus supportable des sacrifices ?
Malgré le fait qu’au théâtre je me sens dans un corps qui ne m’appartient pas, cet abandon est ce qui donne un sens à ma vie. S’il n’y avait pas eu mon travail, je me serais tiré une balle, comme Belmonte quand il ne pouvait plus monter seul à cheval. Le théâtre pour moi, c’est aussi l’écriture, et je n’ai qu’un seul choix : l’écriture ou la potence. Le fait que le monde du théâtre, des acteurs, des danseurs, etc. me répugne, ne signifie pas que je n’aime pas mon travail. Bien qu’il m’arrive de le détester aussi, comme dans le film Les Chaussons rouges de Pressburger. Parfois j’aimerais être heureuse sans avoir besoin de travailler. Mais « les chaussons rouges » m’obligent à danser. Ils sont le diable. 

Votre travail vous rend-il tout de même heureuse ? 

C’est la seule chose qui me rend heureuse. Les films aussi. Et la peinture. 

Vous êtes parfois dure avec le public. Avez-vous encore besoin d’un rapport direct avec lui ? 

Je ne suis pas agressive avec le public, pas du tout. Cela signifierait que les personnages d’Oncle Vanya ou d’Hamlet sont durs avec le public. Ce n’est pas le cas. C’est tout le contraire. Je recherche la communion et la complicité du public. Je veux qu’il participe à mes haines. Je recherche l’amour du public, pas le rejet. Ma relation avec lui est pratiquement sexuelle. Je pratique la pornographie de l’âme. 

Vous êtes considérée comme une artiste radicale et clivante. Cherchez-vous vraiment à l’être quand vous écrivez vos spectacles ? 

Je ne cherche pas la provocation, seulement la limite de la pensée. Et surtout quelle partie de mon âme je veux livrer. Je suis une sorte de Sade à l’asile de Charenton. Grâce à la prison de la société, je libère mes souffrances et les transforme en cruauté esthétique. C’est un acte de liberté qui à son tour libère le spectateur. 

Vous avez dit que les responsabilités démocratiques étouffaient l’expression artistique. Qu’entendez-vous par là ? 

Je crois qu’il ne faut pas confondre la loi de l’État et celle de la poésie. Quand l’expression artistique se voit menacée par les discours politiques, cela me fait trembler. Je pense à la révolution culturelle maoïste qui a anéanti les arts. Je pense à Tarkovski et Paradjanov, exilés parce qu’ils n’obéissaient pas à une esthétique d’État. Je pense à la polémique au Met [The Metropolitan Museum à New York, ndlr], où ils voulaient retirer les tableaux de Balthus. Tout cela est une régression. Connaissez-vous la seconde mort de Maïakovski ? L’artiste, tel que l’explique George Steiner, évolue dans le décalage entre l’art et la vie civile. En tant que citoyenne, je suis résistante à la barbarie. En tant qu’artiste, je suis une tueuse. L’art, le crime et l’amour représentent l’impuissance de la raison. Et les discours politiques sont l’asservissement à la raison. Une servitude qui ne génère pas de pensée. 

Est-ce donc l’artiste ou la citoyenne que l’on pourrait qualifier de réactionnaire ? 

Ni l’une ni l’autre. Pasolini est une référence constante dans ma vie et dans mon œuvre, et personne qui a Pasolini comme référence ne peut être réactionnaire. Vous le savez ? Quand j’ai joué au Teatro Olimpico de Vicence, en Italie, j’ai dû entrer sous la protection de la police à cause des menaces des fascistes et des ultra-catholiques. J’ai même subi des menaces de mort. Aujourd’hui, ces fascistes sont au gouvernement italien. C’est ça le fascisme. Moi je veux simplement un monde plus beau et je suis horrifiée par la bêtise des bonnes intentions appliquées à l’art. Les œuvres ne sont pas appréciées pour leur qualité esthétique mais pour leur message, un message moral. En ce qui concerne l’esthétique, je défends l’immoral, car l’immoral dans l’art est éthique en soi. L’immoral éduque. Ce qui est moral nous rend stupides. 

Vous donnez l’impression de ne pas avoir beaucoup d’estime pour vos contemporains. Avez-vous plus d’espoir dans les générations futures ou estimez-vous définitivement être une femme du passé ? 

Pour moi, c’est un honneur d’être une femme du passé. Je ne m’intègre pas. J’aime les artistes du XXe siècle. Et cela m’ennuie de devoir mourir dans un siècle de merde comme le XXIe. Mais la foi dans les jeunes me fait tenir. Oui, je crois qu’arrivera une génération avec une puissance esthétique brutale, loin de toute cette avalanche de messages positifs et « motivationnels », de l’art de l’entraide. Viendra une génération de fous, d’artistes irresponsables, qui placeront la suprématie esthétique et le déséquilibre de l’être humain au-dessus de tout. 

Dieu est-il la dernière personne que vous admirez ? 

On parle à Dieu quand on ne peut plus parler à personne d’autre. Dieu est un besoin pour qu’il existe. Quand je parle de Dieu, je parle d’un monde où l’esprit triomphe de la matière. Vous souvenez-vous de cette phrase d’Ingmar Bergman ? « Dieu et l’amour c’est pareil, c’est comme un brouillard noir, et autant de fois que vous l’appelez, il ne répond jamais. » L’art est ce cri. Le mystique n’est rien d’autre que haïr la vie. Je veux que l’art ait la force de la religion. Ce sont ces dieux qu’il faut chercher. Dieu est l’inspiration. On pourrait dire que la beauté est toujours son portrait. C’est pour cette raison que je recherche inlassablement la beauté sur scène. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS

Liebestod s'est joué du 9 au 11 février
La Criée, théâtre national de Marseille
theatre-lacriee.com

Dire les marges

0
Les Promises © Maïa Izzo Foulquier

Elle me dit
C’est cette anaphore scandée avec moins de colère que de lassitude par Samir Laghouati-Rashwan qui reste à l’esprit et hante encore le spectateur, une fois la performance On vous voit achevée. Ce « elle me dit » qui précède les propos de plus en plus inacceptables d’une femme, ou sans doute de plusieurs autres, à l’encontre d’un corps d’homme exotisé, fétichisé. Ce corps pourrait être celui auquel l’artiste performeur donne voix. Ou bien peut-être s’agit-il de celui du danseur Trésor, esquissant des pas de plus en plus amples, gonflés par la rage et la peur. La voix amplifiée, enregistrée, décuplée, multiplie ces compliments qui n’en sont pas, qui intiment à l’homme de séduire en adoptant les codes d’un virilisme de pacotille. « Je rentre skin, je mets mon masque player, je joue le jeu » : cette ritournelle érigée en guise de réponse semble s’effriter, de même que le masque de masculinité requis. Efficace et frontal sans jamais tomber dans l’excès. 

Samba Triste
On pourra regretter que la « Cérémonie d’ouverture » pensée par Juliette George et Joseph Perez, avec la complicité de Clément Douala, se soit vue attribuer le rôle non pas d’introduction, mais de transition, entre ce On vous voit décapant et le très attendu O Samba do Crioulo Doido. Le texte et l’écriture, assez savoureux, semblant s’éparpiller dans l’enceinte peu indiquée des grandes Tables de la Friche. Donnée enfin au grand plateau, la pièce dansée de Luis de Abreu a quant à elle récolté une standing ovation. Créée il y a près de vingt ans par le chorégraphe, c’est désormais par le formidable Calixto Neto qu’elle est interprétée. Elle demeure l’un des plus brillants réquisitoires contre le traitement des corps noirs au Brésil jamais dansés. Techniquement virtuose, O Samba do Crioulo Doido détourne avec une intelligence, un humour mais également une rage salutaires les codes du carnaval brésilien : bottes aux talons vertigineux, sourires ultra brite, petits pas à contretemps, déhanchés et jeux de bras … Tout en les entremêlant avec des éléments de langage crus et dérangeants. Un chef-d’œuvre dont on peut cependant regretter qu’il semble, aujourd’hui encore, d’une brûlante actualité.

Promises et prometteuses
Il n’est plus rare que des artistes formé·es aux disciplines du spectacle vivant empruntent d’autres voies créatives. Parfois en dépit de leur intention initiale. C’est le cas de la chorégraphe Marion Zurbach, enfant de Martigues, dont le projet Les Promises, imaginé pour la scène, s’est conclu sur un écran, le Covid ayant compliqué les choses. Peut-être l’œuvre y a-t-elle gagné ? On ne le saura jamais. Toujours est-il que le résultat filmé par la réalisatrice Giulia Angrisani donne à cette expérience artistique collaborative une dimension poétique inattendue. Pendant deux ans, accompagnées par des artistes dont Arthur Eskenazi, des travailleur·ses sociaux·ales et des anthropologues Amira, Rachel, Fatima, Ilhem, Minane et Djenna ont écrit cette performance documentaire, puisant dans la spontanéité de leur vie d’adolescentes des 15e et 16e arrondissements de Marseille. À travers la danse, la fringue, les réseaux sociaux, le jeu, l’écrit aussi, elles mettent en scène, avec une liberté de ton et d’action – que l’on imagine acquise au fil du processus – leur quotidien, réel ou imaginaire, de jeunes femmes françaises des années 2020. Qu’elles s’imaginent le jour de leur mariage, en train de faire un tour du monde ou dans le rôle de garçons dont elles parodient les postures, ces Promises crèvent l’écran par leur hargne à s’inventer un avenir. Parce qu’elles parlent depuis les quartiers populaires, qui plus est ceux du Nord de Marseille, elles donnent à leur récit truffé d’humour et d’autodérision une force naturelle capable de soulever des montagnes. Loin de tout déterminisme ou misérabilisme.

Dalida, es-tu là ?
Il fallait vraiment avoir confiance dans la programmation du festival pour choisir de s’enfermer, cinq heures durant, dans l’auditorium du Mucem un dimanche après-midi ensoleillé, afin d’assister à la conférence performée de Christodoulos Panaytolou, Dying on Stage. En près de 90 vidéos piochées sur YouTube, l’artiste chypriote déroule une brillante analyse personnelle sur les représentations de la mort dans le monde des arts et du spectacle. Des derniers saluts d’un Rudolf Noureev terriblement amoindri par le sida, quelques semaines avant son décès, à l’Opéra de Paris à l’occasion de sa version du ballet La Bayadère, à l’ultime concert d’une Amy Winehouse qui n’est plus que le fantôme d’elle-même. Sans oublier l’éternelle Dalida dont les interprétations scénographiées laissent parfois transparaître la vie « insupportable » à laquelle elle mettra un terme, abandonnant son vœu de « mourir sur scène ». Panaytolou parvient à nous émouvoir avec des images d’inconnu·es : celles d’une cantatrice à la carrière écourtée qui ne peut contenir ses larmes en réentendant sa voix, celles de fans d’Adèle ou Lady Gaga dont l’existence semble prendre sens à travers le dévouement à leur idole. L’électrocution filmée en direct d’un éléphant aux premières heures du cinématographe nous glace par ce qu’elle dit du fantasme humain sur la mise en scène de la mort. Même si le « conférencier » s’éloigne parfois du sujet initial, la pertinence de ses enchaînements nous y ramène de manière détournée et subtile. En nous faisant sourire souvent. Peut-être parce que la mort est au centre de la création depuis qu’elle est incarnée sur un plateau.

SUZANNE CANESSA
LUDOVIC TOMAS

Le festival Parallèle s’est déroulé du 19 janvier au 4 février, dans divers lieux à Marseille et Aix-en-Provence.

En vert trempé

0
Tant que le soleil frappe © Pyramides Distribution

Sur une petite place laissée à l’abandon, un no man’s land en plein centre-ville. S’y trouve un Algeco où Max (Swann Arlaud), paysagiste, et son associé Gaspard (Pascal Rénéric), ont une réunion de travail. Leur projet : transformer cet endroit en un « otium », un jardin sans clôture, ouvert à tous ; impliquant les habitants du quartier. Après des années de refus, d’absence d’écoute, Max et Gaspard voient leur projet retenu en finale d’un concours d’architecture lancé par une fondation. Ils y croient et le spectateur aussi. 

En un travelling latéral, la caméra filme la salle pour s’arrêter sur…d’autres qu’eux. Leur travail n’est pas choisi, Gaspard est complètement découragé. « Deux projets et demi en trois ans. T’as l’impression qu’on avance ? Regarde les choses en face », lance-t-il à Max. « Ne désespérez pas », les encourage l’un des membres du jury, un architecte qui a pignon sur rue, Paul Moudenc(Grégoire Oestermann). Max reprend son emploi de jardinier au parc, il faut bien qu’il gagne sa vie. Une vie partagée avec sa femme Alma (Sarah Adler) et leur petite fille. Pourtant il ne renonce ni à ses idées, ni à ses rêves.

Vive l’échec
Avec Tant que le soleil frappe,son premier long métrage de fiction, Philippe Petit dresse le portrait d’un homme qui se bat. Un homme plein d’énergie, comme consumé par un feu intérieur et la caméra le suit, nerveuse, nous faisant partager sa ténacité, sa rage parfois. Swann Arlaud est superbe de vérité pour interpréter ce personnage qui l’a touché. Tourné à Marseille avec des acteurs et des comédiens non professionnels, ce film éminemment  politique nous interroge sur une société ne laissant que peu de place à des projets citoyens et humanistes. 

De passage à Marseille le 17 janvier dernier, le réalisateur s’expliquait : « Je voulais faire un film sur un échec car on apprend beaucoup d’eux. On ne parle pas assez des gens qui perdent. D’ailleurs que veut dire perdre ? On encense toujours ceux qui gagnent. Or quand on échoue, on a envie de réfléchir et là on va au fond de soi. Le film interpelle cette question. » À juste titre. 

ANNIE GAVA

Tant que le soleil frappe, de Philippe Petit 
En salle depuis le 8 février

En clé d’humour

0

Le jeune compositeur Mikel Urquiza, né en 1988 à Bilbao, voit ses pièces jouées dans le monde entier. Avec C Barré dirigé par Sébastien Boin, la collaboration porte ses créations avec une verve réjouissante. Espiègle, dernier disque de ce bel ensembleutilise un instrumentarium aux alliances rares et pertinentes, s’inspirant du monde contemporain, de ses voies de communication, de ses impasses, de ses interrogations, de ses doutes, de sa relation au temps. 

On se plaît à chercher les références dans le premier morceau intitulé Lavorare stanca (« travailler fatigue ») allusion ou pas (?) au recueil de Cesare Pavese publié en 1936. Ce subtil tissage de mélodies piochées dans l’histoire de la musique pose ses énigmes, passage d’un air baroque, fragment de la chanson des sept nains revenant du boulot dans Blanche-Neige, écho d’un chant révolutionnaire des Quilapayún, de La Marseillaise, de l’Internationale mais aussi de When you’re alone de John Williams, (la « chanson de Maggie » dans Hook de Spielberg)… On écoute le morceau en boucle afin d’élucider les devinettes et comme dans les miniatures, une multitude de détails nouveaux s’offrent, déployant leur enchevêtrement. 

Coassements délirants
Six voix a cappella se glissent dans la suite My voice is my password, nourrie des poncifs des centres d’appels téléphoniques avec une vivacité narquoise, véritable pied de nez aux platitudes mécaniques de notre modernité. En regard, Songs of Spam (six voix mixtes et sept instruments parmi lesquels on compte le polystyrène !) élucubre une demande d’aide d’un certain « Doctor Tunde », envoyé dans l’espace et prêt à partager avec vous la « somme astronomique » (sic) qu’il a réunie au son de coassements délirants. Vient ensuite les vertiges de la Madonnina piange et le catalogue des Size matters pour allonger votre nez ! Le Cancionero sin palacio pour douze instruments réimagine une Renaissance intemporelle dont les tempi palpitent en de mouvants et envoûtants tableautins. Intemporel, Elurretan (en basque « Dans la neige », méfiez-vous encore des possibles références à Debussy !) jongle entre les matières contemporaines et les effluves d’hier mêlant les cordes de la mandoline, de la guitare et de la harpe. Un petit bijou interprété avec brio !

MARYVONNE COLOMBANI

Espiègle de Mikel Urquiza, par C Barré et Neue Vocalsolisten
L’Empreinte digitale - 16,50 €

Jusqu’à ce que mort s’ensuive

0

22 janvier 2018 : lorsque Ruth pénètre dans la chambre d’amis où elle héberge Clio Campbell, elle découvre celle-ci morte. Un suicide soigneusement mis en scène, comme s’il avait été prévu de longue date. Depuis l’année précédente sans doute, lorsqu’elle avait fêté ses cinquante ans. Pourquoi ce geste ? Dépression ? Solitude ? Déceptions en chaîne ? Ou dernier coup d’éclat d’une combattante toujours prête à en découdre avec un système qu’elle haïssait ? C’est ce que dira, ou pas, le roman de l’Écossaise Kirstin Innes, Reine d’un jour. 

Hit parade
Paru au Royaume-Uni en 2020, il vient tout juste d’intégrer la fameuse bibliothèque écossaise des  éditions Métailié. Et c’est tant mieux, car une fois qu’on l’a commencé, ce roman choral fleuve –cinq cents pages tout de même ! – vous prend pour ne plus vous lâcher. Au-delà du parcours de la fictive Clio Campbell, ce sont presque trente ans de la vie sociale et politique d’un pays – de l’ère Thatcher au Brexit et au référendum pour l’indépendance écossaise – qui se racontent ici. Sous la forme d’allées et venues dans le temps (entre les années 1990 et 2018), et de points de vue variés, comme autant de pièces d’un puzzle compliqué qu’on reconstitue peu à peu. 

Le titre français évoque la carrière éclair d’une chanteuse à la tignasse d’un roux flamboyant, venue du fin fond de l’Écosse. En 1990, elle s’est hissée en haut du hit parade avec Rise up, un hymne pop contre la poll tax (un impôt très inégalitaire pour les plus modestes, instauré par le gouvernement Thatcher et finalement abandonné en 1991 à la suite de violentes émeutes). Le titre original Scabby Queen offre, lui, une image moins reluisante de l’héroïne. On peut en effet traduire « scabby » par « galeuse ». Alors qui était-elle, cette Cliodhna Jean, dite Clio, Campbell ? 

La muse de l’histoire
Une chanteuse à la voix et à la beauté envoûtantes, mais à la carrière morcelée, pour ne pas dire sabordée ? Une paumée aux addictions nombreuses, à l’allure provocante et négligée ? Une activiste qui ne lâchait rien, quitte à faire subir aux autres les dommages collatéraux ? Une solitaire en manque d’affection ? Une altruiste prête à tout pour venir en aide aux plus démunis qu’elle ? Sans doute un peu tout cela à la fois. 

Dès l’annonce de la mort de Clio, le roman court de personnage en personnage : famille, amis, compagnes de lutte, musiciens, ex-mari ou amants, journalistes… Au travers de leurs souvenirs et selon le style de chacun s’élabore le portrait composite et contrasté d’une personnalité complexe, qui échappe à toutes les étiquettes. Un personnage original, attachant et horripilant, dont on se plaît à découvrir les facettes, au fil d’une narration diablement bien menée. Comme on se plaît à retrouver la Grande-Bretagne de toutes ces années-là.

FRED ROBERT

Reine d'un jour, de Kirstin Innes 
Métailié - 23 €

Tout nouveau, tout choro 

0
Duo Luzi-Nascimento © DR

Zébuline. Qu’est-ce qui a motivé la création de ce nouveau Festival International de Choro ?

Claire Luzi. Il s’agissait pour nous de revenir à nos bases. Nous avons fondé notre compagnie en 2007 afin de promouvoir et diffuser le choro brésilien en Europe car c’est une forme musicale qui y est peu connue et, dans le même temps, trouver notre public pour nos propres créations. On a toujours organisé des rodas de choro avec des artistes amis. La roda, c’est le moment et le lieu où les artistes se réunissent pour jouer du choro, en un fantastique instant d’interaction entre les musiciens. On pourrait comparer la roda à un jeu de société dans lequel chacun se dépasse et grandit dans son art. Au Brésil, c’est une véritable institution où les gens viennent pour apprendre – il y a toujours un vieux à côté de toi qui t’enseigne et parfois se fâche ! [rires]. C’est totalement intergénérationnel, à la fois dans la transmission, la création et l’improvisation. Nous nous sommes demandé de quelle manière nous pourrions reprendre les rodas, la solution fut évidente : il fallait inviter de grands musiciens de choro. Ainsi nous invitons pour notre première édition Pedro Aragão, grand pédagogue, interprète, arrangeur, chef d’orchestre, chercheur (il est maître de conférence en musicologie et docteur en ethnomusicologie) et surtout au service de la musique qu’il joue. Dans la roda, et c’est une différence essentielle avec le bœuf ou le jam, les musiciens restent au service de la musique, ne cherchent pas à briller en écrasant les autres (bien sûr, chacun cherche à montrer le meilleur de lui-même). Le personnage principal reste le choro !

Comment a été élaborée cette première édition ?

Nous avons le souci de nous adresser à tous les publics et de varier les propositions. Il y aura des ateliers pour les familles (et pour tout le monde) pour une approche ludique du choro, l’atelier Copomaxixe(un rythme du choro est effectué avec un gobelet que l’on se passe sur une table), celui avec Emilia Chamone (percussions corporelles et chant)… Aussi du cinéma, Verioca présente le documentaire signé Milena Sa, Nas Rodas do choro, une masterclass suivie d’un concert de restitution, dirigée par Pedro Aragão qui donnera aussi un concert-conférence « Le choro ». Également des concerts, avec Boum mon bœuf (Duo Luzi-Nascimento), un concert de Pedro Aragão où je serai en première partie accompagnée de Verioca, Emilia Chamone et de l’accordéoniste Karine Huet, grande figure du syndicalisme musicien qui nous aura conviés auparavant à un concert attablé. Bien sûr il y aura une roda de choro invitant tous les musiciens, quel que soit leur instrument, le jour de clôture au Petit Duc. Le musicien photographe Olivier Lobsera présent avec son labo-photo itinérant. Nous attendons beaucoup de monde à ce festival de musique populaire où chacun peut s’approprier une musique vivante. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MARYVONNE COLOMBANI

Festival International de Choro
Du 10 au 19 février
Divers lieux, Aix-en-Provence
06 98 72 89 40 
laroda.fr