vendredi 10 juillet 2026
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Apprivoiser l’ogre

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Dans mois © Hugues Cristianini

Dans moi est un petit livre pour enfant (d’Alex Cousseau et Kitty Crowther) qui raconte comment un enfant apprivoise ses peurs, figurées par un ogre : en les écoutant, puis en les exprimant. La fable est simple, mais le dispositif mis en place par Maud Hufnagel et Claire Latarget, qui ont conçu et interprètent ensemble le spectacle, lui donne une poésie et une profondeur inattendue. Poésie de la sérigraphie, qu’elles produisent et expliquent en direct, profondeur d’un théâtre qui se cache sous les allures d’un atelier d’art plastique… 

Car les spectateurs, petits et grands, sont invités à passer un tablier et à se protéger des encres. Mais de fait, c’est un espace de fiction qui s’ouvre sous leurs yeux, avec des figures qui naissent malicieusement sous le cadre de la sérigraphe, et se transforment en théâtre d’objets sur une table d’abord, puis en dessins et ombres sur des murs de papier blanc que les actrices-marionnettistes déchirent. 

Pourtant cela reste aussi un atelier : les spectateurs fabriquent une partie du décor, réunis en deux équipes qui soutiennent l’ogre ou l’enfant, et repartent avec une œuvre, mais aussi le plaisir d’une jolie fable.

AGNÈS FRESCHEL

Dans moi a été joué du 12 au 15 avril à la médiathèque de Cavaillon, dans le cadre de la programmation de La Garance, scène nationale.

Notre-Dame-du-Mont fait chanter ses orgues

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© X-DR

Quelle belle initiative que ce festival pensé par Emmanuel Arakélian et l’association des Amis de l’orgue ! Non contente d’avoir mis en lumière les instruments décidément fabuleux d’une église encore confidentiels, cette semaine aura eu le mérite de faire entendre l’instrument et son répertoire sous différentes facettes, toutes plus passionnantes les unes que les autres. Après s’être ouvert mardi sur un concert pour trompette et orgue, et avant de se voir célébrer le temps d’un concert à quatre mains (et quatre pieds !) samedi, et d’un récital placé sous le signe de l’improvisation dimanche, le choix de célébrer à la fois l’orgue de concert et l’orgue de chœur a permis à un public consistant de faire de belles découvertes. À commencer par le jeune Vincent Boccamaiello, élève de la classe d’orgue d’Emmanuel Arakélian au Conservatoire de Marseille, et plus qu’impressionnant sur la Fantaisie en sol majeur de Bach, mais aussi sur l’Andante con moto et l’Offertoire d’Alexandre-Pierre-François Boëly. Mais aussi de la soprano Davina Kint, venue prêter main-forte au chœur Pro Musica sur des pages (certes peu passionnantes) de Rutter – The Lord bless you and keep you et son plus consistant Requiem. Si l’on commence à connaître les talents d’organiste de Frédéric Isoletta, sa maîtrise des arpèges incessantes de Rutter puis du fort bien mené Cantique de Jean Racine donné en bis, rappelle qu’ils se prêtent au répertoire du chœur, bien plus délicat qu’il n’y paraît. Autant dire qu’on attendra de pied ferme les prochaines initiatives : soit les réguliers concerts – gratuits ! – du mardi midi, et bien sûr la seconde édition de ce festival.

SUZANNE CANESSA

La Semaine de l’orgue s’est déroulée du 11 au 19 avril à l’église Notre-Dame-du-Mont, Marseille. 

Dom La Nena en lévitation

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Le nouvel opus de Dom La Nena, Leon, scelle une rencontre éblouie entre le violoncelle et la musique classique. Dom La Nena (Dominique Pinto), née à Porto Alegre au Brésil, étudie d’abord le piano dès l’âge de cinq ans puis le violoncelle à huit. Elle devient l’élève de Christine Walevska, « la déesse du violoncelle ». Comme elle est la plus petite des élèves de la maestra, elle a alors treize ans, elle est surnommée « La Niña » (la petite), elle le gardera en nom d’artiste en portugais, La Nena… Elle suivra la tournée de Jane Birkin, jouera avec Jeanne Moreau, Étienne Daho, Sophie Hunger, Piers Faccini… Les enregistrements s’enchaînent.

Une danse sur Glass

Son dernier opus, quatrième album solo de la musicienne, entérine sa rencontre avec la musique classique et marque son retour aux sources dédié au violoncelle, à son violoncelle, nommé Leon, d’où le titre de l’album, déclaration d’amour à cet instrument qui a été le compagnon, le confident. La violoncelliste enregistre toutes les pistes, crée un univers sonore envoûtant proche des mantras par ses mélodies ostinato, ses envolées oniriques, ses ondes larges superposées à des cordes pincées, rythmiques élargies sur le ventre de bois de la caisse de résonnance. On discerne ici et là un écho de Chopin, un tournoiement de Philip Glass, un élan de danse traditionnelle (dans 2022 par exemple).

Des paysages intérieurs se dessinent, émergent d’une esquisse, d’un bourdon, d’un trait souple qui enrobe le cercle des émotions en un lyrisme délicat. La matière de l’instrument devient centrale, offrant une palette nuancée porteuse de rêves. Chaque morceau est un monde dans lequel on se love avec délectation. Le minimalisme est de mise et nous emporte dans son orbe méditatif et lumineux. On suit le parcours de la pionnière du cinéma, Germaine Dulac, pulsé par le tempo d’un cœur qui bat lentement alors que le son se double et se nourrit de palpitations invisibles, dans la pièce intitulée tout simplement Dulac. Puis on se laisse emporter dans la Valse d’Anna Karénine emplie d’échos de Chostakovitch. Un parfum du passé affleure dans Février, cédant la place au plus moderne Longe. On voyage dans les époques et la littérature au fil d’orchestrations épurées. On sort de l’écoute apaisé, en phase avec le monde. Une vraie déclaration d’amour à l’univers.

MARYVONNE COLOMBANI 

Leon, de Dom La Nena
Sabia / Big Wax / Alter K

Vive la liberté des fictions (et du débat démocratique)

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© Matthieu Edet

13 avril. C’était un soir de grève au Zef, la buvette solidaire reversait ses recettes à la caisse de grève et les conversations tournaient autour de la manif de l’après-midi, et de la décision du Conseil constitutionnel du lendemain. De ce qui s’écroule et de ce qui tient. L’entrée en salle, plus silencieuse que d’habitude, avait le goût des jours graves. Pourtant le public, jeune, venu d’horizons et de quartiers divers, est immédiatement secoué d’éclats inopinés de rire. Celui de la surprise, de l’absurde. Sofia Teillet, avec précaution et sourires forcés (mais pas trop), se propose, en bonne « médiatrice de la fiction », d’avoir de la considération pour elle. Oui oui, de la considération pour la fiction. Car l’idée centrale (ou périphérique ou finale) d’Elles Vivent, c’est que les idées sont vivantes, et qu’avec les bonnes lunettes, elles sont visibles, audibles, parlantes. 

Pour parvenir à ce constat, une série hilarante d’inventions fantaisistes, qui permettent d’hiberner deux ans dans un pré tout près des vaches, de projeter ses images mémorielles en 3D, de changer ses souvenirs, de sauter dans le temps… se combine à une série de références décalées, des Pokémons à un nanar de John Carpenter. Il est question de magie mais tout se fait à vue, les changements d’accessoires, de personnages, les mannequins grossiers qui les remplacent, les « idées » qui traversent la scène et les airs portés par des mécanismes visibles.

En même temps

L’intrigue est tout autant en toc. Un parti politique qui ne veut parler que contextes et modalités, qui se présente à la présidentielle, puis qui se reconvertit dans la magie, et qui finit par dire qu’une chose et son contraire existent « en même temps », ce n’est pas très sérieux. 

Et pourtant… ces Idées, qui existent hors de la réalité sensible (du moins quand on n’a pas les lunettes), imagent de fait la pensée d’Aristote, mais la contredisent et la dépassent : elles ne sont pas des principes fondamentaux mais des histoires, des humeurs, susceptibles de changer le monde, de nous modifier. Comme les pilules de placébo que les acteurs se distribuent, leur effet n’existe pas et existe, « en même temps ». C’est pourquoi le débat démocratique, qui s’arrête sur des principes sans penser les relations, doit réinventer ses modalités, être accueillant à l’autre, l’écouter. Et apprivoiser les flots de peur qui peuplent notre imaginaire, et notre réel, en même temps. 

En nous quittant, Sophie Teillet nous souhaitait « bonne chance pour la suite ». La nécessité de renouveler les « modalités » et le « contexte » du débat démocratique semblait plus urgente que jamais.

AGNÈS FRESCHEL

Elles Vivent a été joué les 12 et 13 avril au Zef, scène nationale de Marseille.

Juste au bord de l’abîme

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Il pleut sur Bogota. Une pluie tenace, crachin souvent, orage diluvien parfois. Le dernier roman de Santiago Gamboa baigne dans cette atmosphère qui colle aux pieds, transperce jusqu’aux âmes. La pluie donc, qui ravine tout et fait parfois surgir du sol détrempé des ossements. Dès l’ouverture, le ton est donné : Colombian Psycho flirte avec l’horreur. Car les os jaillis de la terre s’avèrent être ceux d’un homme bien vivant qui, réduit à une tête et à un tronc, purge une longue  peine de prison. Cette scène macabre n’est que la première d’une longue série… Gamboa semble décidé à taper fort. Sur un pays où il est revenu après quelque trente ans d’exil en Europe, et qui, en dépit des accords de paix, peine à tourner la page des années terribles. Les paramilitaires règnent encore dans l’ombre (certains n’ont jamais payé pour leurs exactions), les narcotrafiquants continuent à s’en mettre plein les poches. Bref, la Colombie reste toujours sur le fil, au bord du chaos. 

Sans jamais rien lâcher 

Heureusement, dans ce pays convulsif, il reste des justes, fermement déterminés à déterrer les vieilles histoires et à faire payer les ordures, si haut placées soient-elles. On retrouve avec plaisir dans ce roman très noir le savoureux procureur Edilson Jutsinamuy et ses adjoints. On y retrouve également la journaliste d’investigation Julieta, ainsi que Johana, une ex-guerillera devenue sa fidèle assistante. On y croise même le romancier, devenu pour un temps personnage de sa propre fiction. Il faut dire que la série de crimes atroces qui adviennent dans Colombian Psycho ne sont pas sans évoquer l’intrigue d’un de ses romans précédents Retourner dans l’obscure vallée. Jeux de miroirs, crescendo sanglant. Gamboa s’en donne à cœur joie, n’hésitant pas à se faire subir les pires outrages. Est-ce pour exorciser sa colère ? Pour vomir toute sa rage face à l’impunité dont jouissent certains ? En tout cas, il entraîne le lecteur dans sa fureur exterminatrice. Car comme toujours l’humour, la dérision viennent alléger l’insupportable. On se délecte de ses personnages hauts en couleurs, comme cette Esthéphany/ Delia, prisonnière à la personnalité double, ou Amaranta Luna, la toxico amoureuse et naïve. Gamboa ne craint ni les invraisemblances, ni les méandres labyrinthiques d’une intrigue complexe. Et on le suit aveuglément au fil de presque 600 pages, car comme ses enquêteurs, il ne lâche rien. Jusqu’à la résolution finale, comme un timide rayon de soleil entre deux averses.

FRED ROBERT

Colombian Psycho, de Santiago Gamboa 
Éditions Métailié - 23 €
Traduit de l'espagnol par François Gaudry

Le Pavillon Noir fait vibrer la jeunesse

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© Nina-Flore HERNANDEZ

C’est somme toute à un joli pied de nez qu’Un Sacre, des Printemps nous invite. Là où le célèbre ballet composé par Stravinsky et chorégraphié par Vaslav Nijinsky relatait le sacrifice d’une adolescente, c’est à l’avènement d’une génération en devenir que Arthur Perole nous convie. Cette lecture tient habilement la route : évoquer une tradition ancestrale pour esquisser les contours de l’avenir semble aujourd’hui dépourvu de sens. Car le retour à la terre et à la nature évoqué et redouté par les deux artistes russes n’a, pour ces danseurs âgés de 18 à 21 ans, aucune réalité. Le vert arboré par les costumes évoque, certes, une volonté de préservation. Mais celle-ci ne s’effectuera pas, une fois de plus, à leurs dépens.

Saccadés et tempétueux

Si l’argument se voit ainsi retourné par l’intrigue, le ballet original, tenu de toute évidence en grande estime par le jeune chorégraphe, fait davantage l’objet d’un hommage constant et toujours florissant que d’un débroussaillage dans les règles de l’art. La musique, à quelques habiles ajustements électroniques effectués par Benoît Martin, demeure intacte : son sens de la pulsation, du malaise et du flamboyant est chéri, accompagné par la composition des tableaux, la déclinaison et décomposition des gestes. Comme chez Nijinski, ce sont moins des individus distincts que des troupes qui se meuvent, s’articulent, se délient. Les corps s’étirent, exultent, se mettent en transe, jusqu’à se réunir le temps d’un final plus qu’impressionnant. Saccadés, tempétueux, les mouvements se font également outrés, grimaçants, dans la droite lignée des travaux précédents d’Arthur Perole. Ils donnent à voir des gestes épars, liant les danseurs entre eux ou à eux-mêmes, des interactions et des altercations théâtralisées, où le quotidien et le burlesque cohabitent sans difficulté. Le choix du ralenti et de l’expressivité se révèle un défi pour des danseurs prompts aux mouvements les plus acrobatiques, mais rarement sollicités sur l’extrême lenteur et l’infiniment petit. La troupe s’en sort avec les honneurs, forte d’une technique mais aussi de qualités d’interprétation rares.

SUZANNE CANESSA

Un Sacre, des printemps a été joué les 14 et 15 avril au Pavillon Noir, Aix-en-Provence.

Hip-Hop Society : Plus hype que jamais 

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© X-DR

Grande manifestation née à l’occasion de MP2018, Hip-Hop Society, ce nouveau festival concocté par l’AMI et Radio Grenouille prenait son envol. Une aventure qui malgré les années d’urgence sanitaire a su perdurer. Correspondant à la dynamique pluridisciplinaire de l’AMI, Aide aux musiques innovatrices, le festival propose ateliers, résidences de création, accompagnement à la scène, spectacles, danse, jams, plateau-radio, concerts… et des nouveautés qui permettent de mettre en regard les esthétiques du jazz et du hip-hop, dessinant leurs filiations. 

Nouveautés 

Une jam coorganisée avec le festival Marseille Jazz des Cinq Continents et le Théâtre de l’Œuvre va confronter et unir le rap et le jazz. Côté rap, grâce à la présence de Dario Della Noce et sa trap glaciale, Amalia et ses freestyles fabriqués dans sa chambre mais pas seulement pour cette violoniste et amatrice d’air guitar, Awa Isoa et son rap créole nimbé d’influences traditionnelles antillaises. Et côté jazz, place au trio bouillonnant du multiinstrumentiste Cyril Benhamou et le jazz urbain et inventif du jeune batteur Timon Imbert en trio. La part expérimentale qui est présente dans tous les styles de musique (le « cracra ») sera cultivée avec talent par Normal Cracra (Blanche Lafuente et Sean Drewry) qui mêlent popping et improbables improvisations et Stark (Elarif Hassani) avec lequel ils mènent une résidence de création avec le chorégraphe Kader Attou au sein du studio de la Cie Accrorap à la Belle de Mai.

Scène locale et internationale

Si certains noms déjà cités sont familiers des scènes marseillaises (Amalia, Timon Imbert…), et que Hip-Hop Society offre une large place à la scène locale, sont invités pour cette édition plusieurs auteurs et auteures phares issu·e·s de la région Mena (Algérie, Maroc, Palestine, Liban) en partenariat avec SOS Méditerranée. On applaudira ainsi Tif et sa nostalgie joyeuse, Khtek (« ta sœur » en marocain) qui porte haut les couleurs du rap au Maroc et s’impose comme la « patronne » du hip-hop de son pays dans le classement des BBC Women 2020 avec une liberté vivifiante, Mehrak, rappeur et freestyler palestinien qui a trouvé dans le rap le moyen de conserver ses racines et son identité alors qu’il vivait dans le camp de Yarmouk en Syrie, Thawra qui puise dans son art multiple un support de guérison et le vecteur de sa colère, elle qui a dû quitter sa Syrie natale pour Amsterdam. Le rap se fait politique tout autant que véhicule d’émotions.

De la danse

Avec DJ Selecter The Punisher aux platines, pilier de la scène groove et collectionneur de 45 tours funk soul, une initiation danse hip-hop est proposée par Boogalock et Nath The Bat Piste.Avant une session open mic animée par MC MRbenoitD. Irrésistible pour les pieds et les corps, l’alliance du funk et du classic hip-hop vont vous donner une furieuse envie de bouger !

Le 30 avril voit une battle de danse qui promet d’entrer dans les annales. Elle met en compétition quatre catégories, enfants, ados, adultes (trois danseurs minimum, pas de maximum, sur une chorégraphie d’une durée de deux minutes trente minimum) et duos (adultes uniquement). Ce concours chorégraphique et battle hip-hop sont sujets à des pré-sélections au studio d’Accrorap à la Friche. 

À la jonction des arts

Des journées de résidences coachées par Dj Djel dans les studios de l’AMI conduisent sur la scène du Labobox en compagnie de l’équipe Shabba Radio, Remplissage Électrique et Yuuki. Un son suffisamment agressif permet de « remplir un graffiti en peu de temps » : les gestes suivent le rythme intense de la musique, les percussions cinglantes et les samples profonds effectuent des « remplissages électriques ». Déjà consacré comme star iconique, Yuuki associe à sa créativité une connaissance aigue des genres et des styles avant-gardistes pour en extraire un « contenu frais et dans l’air du temps ». Les musiques émergentes trouvent un écrin particulièrement judicieux avec Shabba Radio qui n’oublie pas pour autant les musiques traditionnelles et le talent des histoires.

Focus sur les studios de l’AMI

Outre l’atelier « Parle-moi du futur » animé par le rappeur Awa Isoa qui soutient de jeunes artistes dans leur travail d’écriture, les garages à l’AMI offrent grâce à Dj Djel (de la Fonky Family) des semaines de coaching scénique. Une autre résidence sous la double direction artistique de El Rass et Imhotep (IAM), propose une création qui associe deux artistes émergents de Marseille et de Tripoli. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre du projet Inshirar, en coopération avec l’association Rumman (Tripoli-Liban), qui sera présentée en 2024 au Maarad Music Festival (Tripoli) et à Marseille dans le cadre de la prochaine édition de Hip-Hop Society

MARYVONNE COLOMBANI

Hip-Hop Society
Jusqu’au 30 avril
Friche la Belle de Mai, Marseille
hiphopsociety.fr

Sur l’écran très noir de ses nuits blanches

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Jamais dormir © J-M Lobbe

Jamais dormir a tourné dans le Vaucluse du 31 mars au 7 avril dans le cadre d’une programmation de La Garance, scène nationale de Cavaillon. Puis dans le cadre de Festo Pitcho, festival pour la jeunesse organisé par la scène conventionnée Le Totem (Avignon) du 11 au 15 avril, il a débordé jusqu’au Gard avant de finir à la Maison Jean Vilar. 

Au centre des villes, dans les salles polyvalentes ou les théâtres, le même accueil, respectueux et étonné : Jamais dormir fait partie de ces rares textes pour enfants qui leur proposent un voyage complexe, et des questionnements qui restent ouverts et profonds. Il y est question d’une petite fille, jouée par une adulte, Thalia Otmanetalba. Cette Thalia – Baptiste Aman écrit pour ses acteurs et donne à ses personnages leur prénom – ne dort pas. Jamais. Elle invente des mondes fantastiques, mythologiques, des aventures épiques dont elle est l’héroïne, et où elle entraine son public. Au moins les enfants. 

Car l’enjeu est bien ici que les enfants s’autonomisent, passent au-dessus des obstacles, de leurs peurs, de leurs cauchemars, de leurs échecs. On devine, sans s’y attarder, les traumatismes de cette Thalia qui ne dort pas, voit un psy, « déborde », s’enferme dans son imaginaire pour échapper à la terreur qui s’empare d’elle, si seule dans son dortoir collectif. 

Les parents comprennent, les enfants aussi : l’urgence d’imaginer, de parler, d’être enfin celle qui gagne et résout les énigmes. La comédienne est drôle, rentre-dedans, débordante, attachante. Les enfants, séparés de leurs parents dans la salle, l’écoutent et grandissent. La vie n’est pas facile, mais ils ont en eux les moyens de s’en sortir.

AGNÈS FRESCHEL

Jamais dormir a été vu le 15 avril à la Maison Jean Vilar, Avignon.

Le Festival de Pâques en pleine ascension 

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Grand Théâtre de Provence. Orchestre de Paris. Klaus Mäkelä, direction. Yuja Wang, piano

Le concert de clôture reflète l’esprit du Festival de Pâques. La carte blanche du fantastique violoniste qu’est Renaud Capuçon s’attache à réunir sur scène la belle phalange de Génération @ Aix dont une partie a débuté là il y a dix ans. Désormais aguerris, les jeunes musiciens jouent d’égal à égal avec le maestro, lui donnent la réplique avec fougue, lorsqu’ils ne sont pas seuls, face à de sublimes partitions comme Violoncelles vibrez ! pour deux violoncelles et orchestre (de six violoncelles) du contemporain Giovanni Sollima. Après les plus classiques Bach et Vivaldi, Renaud Capuçon annonce un thème et variations sur les modèles de Haydn, Bach, Mozart, le cinéma et bien d’autres… Un « joyeux anniversaire » pétillant d’humour et de facéties.

Des solistes éblouissants

Auparavant on est saisis par la palette d’Alexandre Kantorow qui, dès les premières attaques, séduit par la connivence établie d’emblée avec le piano. L’instrument n’est plus que le vecteur d’une âme. Le pianiste tisse des paysages infinis, laisse respirer la partition. Son éblouissante virtuosité offre à ses interprétations un phrasé lumineux à la fois aérien et profondément ancré dans la matérialité sonore. Bien sûr, on attendait Martha Argerich, l’immense, la fantaisiste, la merveilleuse. Elle plonge dans l’essence des œuvres, en livre la quintessence et leur accorde un air d’évidence limpide. L’excellent pianiste et complice Lahav Shani lui donne la réplique. Prokofiev, Rachmaninov, Ravel, peu importe le compositeur, des mondes s’ouvrent, et on se laisse guider aveuglément. Incroyable soliste, avec des capacités qui semblent échapper au commun des mortels, Yuja Wang interprète avec une indicible puissance le Concerto pour piano composé pour elle par Magnus Lindberg, une étoffe taillée sur mesure : le bel Orchestre de Paris sert alors d’écrin à la pianiste, lui faisant écho sur des vibrations, prolongées par les cordes ou les percussions, en une esthétique cinématographique. Il faudra à l’orchestre se retrouver seul dans la Symphonie n° 6, dite Pathétique de Tchaïkovski pour montrer toute sa finesse, évitant les pièges du pathos comme ceux de passages parfois trop martiaux, sous la direction très enlevée et subtile de Klaüs Mäkelä qui semble danser les partitions.  

Des ensembles aussi

Avant l’Orchestre de Paris, d’autres formations démontrent leur excellence sur la scène du Grand Théâtre de Provence. Ainsi, l’Orchestra Mozart, d’une remarquable unité dans ses couleurs, ses phrasés, la circulation des thèmes en une palette cohérente sous la houlette efficace de Daniele Gatti, abordant avec une infinie douceur Siegfried-Idyll que Wagner composa pour l’anniversaire de son épouse, Cosima. Il est vrai que ce concert aura souffert de la proximité avec celui du Quatuor Dutilleux donné au conservatoire Darius Milhaud, dont la verve sert avec panache le Quintette à cordes de Fauré avec le pianiste Jorge Gonzales Buajasan et le somptueuxQuatuor à cordes en fa majeur de Ravel. On entend aussi ce compositeur que l’on réduit trop souvent au Boléro, lors du concert Solistes de la Karajan-Akademie de Berliner Philharmoniker, dans son Introduction et Allegro pour harpe, flûte, clarinette et quatuor à cordes en sol majeur, une pépite ! Inclassables les soirées d’opéra et de chant. Le Gürzenich Orchester Köln dirigé avec une élégante justesse par François-Xavier Roth joue une version de concert du Vaisseau Fantôme de Wagner d’anthologie avec le Chör der Oper Köln, époustouflant de présence dans une mise en espace qui le convoque devant la scène, faisant entrer le public dans les eaux nordiques tandis que les solistes (tous les chanteurs sans partition !) interprètent avec une intelligence passionnée ce récit de damnation et de rédemption (Ingela Brimberg est une exceptionnelle Senta). Le temps s’efface devant Electric Fields conçu par David Chalmin (électronique live) et la soprano Barbara Hannigan. Sa voix, comme venue d’un autre monde, module sur les brisures, fragile et bouleversante à l’extrême dans son exploration des limites ; puis elle est reprise par les effets électroniques qui la renvoient à l’octave en un dialogue polyphonique ; parfois murmurée, elle laisse transparaître les crêtes sonores et les pulsations des textes, transcendant les mots et les musiques de Hildegarde von Bingen, Barbara Strozzi ou Francesca Caccini, accompagnée par les deux pianos de Katia et Marielle Labèque, en un tissage onirique et arachnéen. Le monde est musique. 

MARYVONNE COLOMBANI

Le Festival de Pâques s’est tenu du 31 mars au 16 avril à Aix-en-Provence.

Un festival pour les droits des femmes 

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Lumières de femmes - peinture de Félicia-Anne Rey

Coordonné par la cinémathèque Gnidzaz, le programme de cette première édition du festival Lumières de Femmes a été élaboré dans une démarche participative avec et par les habitantes et habitants, jeunes et moins jeunes, les centres sociaux, les associations, les établissements culturels et les artistes. Les propositions qui ont émergé lors de tous ces échanges ont été regroupées en six catégories : expositions, rencontres littéraires, société et témoignages, cinéma, musique et danse, sport. Elles permettent d’ouvrir le débat sur des sujets variés tels que la condition de la femme en Iran, la lutte contre les violences faites aux femmes, la force intérieure des femmes et leurs capacités de résilience, la théorie du female gaze, la mixité et la parité… Une invitation à mesurer à quel point tant de choses restent encore à accomplir pour bâtir une société vraiment égalitaire, où les femmes et les hommes auraient les mêmes droits, et où les violences faites aux femmes seraient éradiquées. 

Female gaze, MMA et Alice Guy

Parmi les nombreux rendez-vous, l’exposition Inverser le « male gaze » autour du concept théorisé en 1975 par Laura Mulvey, réalisatrice britannique et militante féministe, qui désigne toute représentation de la femme construite par un point de vue masculin. Sept artistes plasticiennes contemporaines (Corine Borgnet, Isabelle Lévenez, Milena Massardier, Myriam Mechita, Orlan, Nazanin Pouyandeh et Maryline Terrier) déclinent dans cette exposition leur « female gaze », et les combats qui y sont associés. 

Des combats féminins qui passent aussi par le cinéma avec plusieurs projections. Des anciennes adolescentes qui racontent leur passage en maison de correction dans Mauvaises filles (23 avril à 15h30, salle Jean Renoir) à Marie Trintignant, tes rêves brisés (7 mai à 17 h, salle Jean Renoir), portait intime de l’actrice par sa mère Nadine, en passant par Divertimento (5 mai à 18h30, La Cascade) sur l’orchestre éponyme et Be Natural, l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché (3 mai à 18 h, salle Jean Renoir), documentaire sur la première femme réalisatrice, productrice et directrice de studio de l’histoire du cinéma, mené tel une enquête visant à faire (re)connaitre la cinéaste et son œuvre de par le monde. 

Du côté de la littérature, une rencontre autour des conditions des femmes en Iran (29 avril à 16 h, médiathèque Louis Aragon) en présence de Fariba Hachtroudi, journaliste, écrivaine, présidente de Mo-Ha – association Mohsen Hachtroudi et de Mahnaz Shirali, sociologue et politiste, animée par Bernard Fauconnier.

MARC VOIRY

Lumières de Femmes
Jusqu’au 7 mai
Divers lieux, Martigues