samedi 11 juillet 2026
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La passion Tavernier

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Couverture de "Bertrand Tavernier, le cinéma et rien d'autre" de Laurent Delmas © Gallimard/France inter

Été 2022. France Inter propose sous la direction de Laurent Delmas : Bertrand Tavernier, le cinéma et rien d’autre. Une émission hebdomadaire consacrée au cinéaste disparu l’année précédente. Neuf rendez-vous, neuf thématiques pour approcher l’œuvre et l’homme : les pères, les héroïnes, la guerre, la musique, les faits divers, l’Histoire, l’adaptation littéraire, l’engagement citoyen et celui, professionnel et politique, au sein de l’Institut Lumière à Lyon.

Nathalie Baye, Isabelle Huppert, Julie Gayet, Philippe Torreton, Stéphane Audoin-Rouzeau, Philippe Sarde, Stéphane Lerouge, Marie Gillain, Mélanie Thierry, Raphaël Personnaz, Christophe Blain, Xavier Giannoli, Laurent Heynemann, Luc Béraud, Thierry Frémeaux : au générique, quinze invités ayant collaboré au grand film de la vie de l’ogre Tavernier. Chacun apporte sa touche au portrait de ce « monsieur Cinéma », évoque sa première rencontre avec lui, puis les relations avant, pendant et après les tournages. Il est question de l’élaboration des scenarii, de la construction des rôles, de la direction d’acteur et d’amitié, toujours.

Pour prolonger ce bel été, passer d’autres saisons en la bonne compagnie de Bertrand, la série documentaire radiophonique est devenu un livre d’entretiens jalonnés de commentaires, de photogrammes, d’extraits savoureux de dialogues de films. Un broché de 288 pages, qui propose un QRcode pour accéder au podcast de l’émission, et qu’on peut parcourir dans la progression choisie par l’auteur, ou ouvrir à n’importe quel chapitre, ou encore butiner par feuilletage. Libre promenade dans l’univers de celui qui a vécu le cinéma comme une passion absolue.  Tavernier, à l’instar de Truffaut ou Scorsese, a dédié sa vie au cinéma, n’a pensé qu’au cinéma, n’a communiqué avec les autres que par le cinéma et a fait circuler son énergie à l’intérieur de tout ce milieu professionnel

Boudé par les Cahiers qui lui reprochaient son classicisme – voire son académisme, aggravant son cas par un goût trop marqué pour les adaptations littéraires (plus de la moitié de ses films), Tavernier, s’il n’est pas un inventeur de formes, ne peut se réduire à un simple raconteur d’histoires. Lui, qui fut au temps de Pierrot le fou l’attaché de presse de Godard dont il parla à Aragon, a signé des films très différents, aussi singuliers que Coup de torchon ou Dans la brume électrique, dont l’hybridation est infiniment plus étrange qu’il n’y paraît.

Lumière est faite sur ce qui travaille secrètement son œuvre. Les contradictions de ce fils de grand résistant, qui parla beaucoup de la guerre en étant pacifiste, de ce cinéaste qui cherchait à la fois l’« humanité renoirienne » et le sens de l’épique à l’américaine. Qui, quoique soucieux du romanesque, utilisait la caméra pour exprimer bien plus que pour raconter, privilégiait la scène à la dramaturgie, et, féru de jazz, jouait de la distorsion et de la variation pour éviter les lieux communs de scénarii dont son immense culture lui donnait une connaissance encyclopédique.

Lumière est faite aussi sur la complicité qui l’unissait à ses doubles de cinéma, les deux Philippe : Noiret et Torreton, figures républicaines mâles du juge, du soldat et de l’instituteur. Et sur la place de plus en plus importante des femmes dans sa filmographie. Les héroïnes de Tavernier s’affirment contre l’oppression masculine comme Béatrice de Cortemart (Julie Delpy) victime d’un père monstrueux dans La Passion Béatrice. Rappel de l’influence de Christine Pascal (Anne Torini dans Les Enfants gâtés) qui met à mal les certitudes genrées et dont la tirade sur la jouissance au féminin, sonne toujours aussi juste. Julie Gayet dit la délicatesse du regard de Bertrand Tavernier. Pas le regard d’un homme sur la beauté des femmes mais la captation de ce qu’elles sont : « J’aurais pu regarder Romy Schneider ou Sabine Azéma comme ça », ajoute-t-elle.

Bertrand Tavernier a insufflé dans ses longs métrages, ses passions pour l’Histoire, la musique, la littérature. Au fil des témoignages, des souvenirs de chacun, il apparaît comme l’ami qu’on aurait aimé avoir, jamais méprisant pour ses pairs, enragé par l’injustice, signataire acharné de pétitions. Selon Philippe Sarde, il était une contrebasse, violent et généreux. À la fin de chaque entretien, l’invité·e devait définir Bertrand Tavernier en trois mots. Une convergence s’en dégage : la passion, la boulimie, l’énergie bien sûr, mais surtout le partage, l’empathie, la tendresse, l’humanisme et… la drôlerie. Si on devait faire de même avec ce travail de Laurent Delmas, en une appréciation ternaire, on pourrait en souligner la bienveillance, la clarté, et la transversalité.

ÉLISE PADOVANI

Bertrand Tavernier, le cinéma et rien d’autre
De Laurent Delmas
Gallimard / France Inter
29,90 €

Avec Renaud Capuçon, du grand classique

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Orchestre de chambre de Lausanne © Federal Studio

La légende veut que le jour de la générale de la Symphonie n° 1 de Prokofiev en avril 1918 (la date de création de l’œuvre achevée le 10 septembre 1917 et prévue en octobre ayant été reportée pour cause de révolution), le jeune compositeur à la baguette ait eu le visage baigné par les rayons rougeoyants du soleil. Le jour de la première le même effet se produisit, de bon augure pour cet opus « héliophile » car ce fut un succès.

Le soleil des éclairages du Grand Théâtre de Provence baignait l’orchestre de Lausanne et son chef, Renaud Capuçon qui s’affirme de plus en plus dans ce rôle complexe. Sans aucun doute, la verve du jeune Prokofiev se retrouvait dans l’interprétation vive et espiègle de sa Symphonie n° 1, dite, « classique » alors qu’elle joue avec les codes, introduisant quelques « joyeuses dissonances prokofiéviennes » dans son « classicisme mozartien » (dixit le compositeur). Renaud Capuçon dirigeait encore sans son violon la sublime suite pour orchestre de Gabriel Fauré Pelléas et Mélisande. Les sons creusés circulent entre les pupitres parfaitement équilibrés, le récit se sculpte avec finesse, déployant les phrasés, ne négligeant aucun détail de cet ouvrage qui traduit avec une délicate élégance le climat de la pièce du poète Maeterlinck.

Un air de liberté

Ma Mère l’Oye de Maurice Ravel nous contait les histoires de Charles Perrault, Madame Leprince de Beaumont et Madame d’Aulnoy, en échappant aux hypothétiques mièvreries des reprises disneyennes. Variété des tons, des atmosphères, des couleurs… la palette de l’Orchestre de Lausanne se pare de fragrances moirées sous la houlette de Renaud Capuçon en une complicité sensible. Le génial violoniste laissait parfois la baguette pour l’archet de son Guarneri de 1737 pour Rêverie et caprice d’Hector Berlioz, cette « romance pour le violon avec accompagnement d’orchestre » dédiée au violoniste Alexandre-Joseph Artot, élève de Kreutzer.

La feinte désinvolture de la partition offrait un air de liberté qui trouvera son acmé dans Tzigane de Ravel. La première partie, pour violon seul, a des allures d’improvisation sur des thèmes tziganes, acrobatique, époustouflante sous les doigts du violoniste particulièrement inspiré. Les superlatifs se révèlent impuissants pour traduire la puissante maestria de l’interprète et le bouleversement ressenti par l’auditoire.

(il fallait bien un entracte pour se remettre et être de nouveau disposé à écouter l’orchestre seul dans les suites de Fauré et Ravel précitées).

En bis, on quittait la musique française si bien traduite pour une courte pièce d’Elgar (Chanson de Nuit) et la si lyrique et sublime Valse triste de Sibelius. Emportements oniriques…

MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné le 3 décembre au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

Siska, une tête chercheuse 

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Siska © Charlie Kapagolet – Agence Jam Teery

Ce vendredi 2 décembre Siska a un problème. Son oreille est bouchée et elle doit voir un ORL. Ce mal classique des musiciens aurait pu faire annuler l’interview, mais elle tient sans aucune hésitation son engagement : « J’irai lundi matin… », dit-elle élégamment.

Voilà maintenant quelques jours qu’elle occupe La Mesón, la salle du centre-ville de Marseille, où elle invite les vendredi 9 et samedi 10 décembre à deux soirées qu’elle prépare avec excitation. Il y aura son groupe No Night In Zion le premier soir et, point d’orgue du week-end, un duo piano-voix avec Cathy Escoffier le lendemain. Une rencontre étonnante, entre une artiste qui a grandi et appris son art dans les conservatoires, et Siska, dont l’aventure musicale, construite en autodidacte, a commencé à quelques mètres à peine de La Mesón. 

Sourire éternellement vissé aux lèvres, Siska pointe le premier étage du 63, rue Consulat. « Je ne reconnais pas la porte mais c’était ici ! » Ici, c’est l’endroit où elle habitait « en communauté », au début des années 1990. « Je vivais avec des musiciens, on était une dizaine et on faisait tout ensemble ». Avec eux, Siska rencontre des « frères » et monte son premier groupe Axxam, avec lequel elle fait ses débuts dans les bars du coin. « On était plus nombreux sur scène que dans le public », sourit-elle. 

Au même moment, elle crée avec cette bande un nouveau rendez-vous dans le quartier de Noailles. Ce sera la première édition du Festival du Soleil, devenu par la suite la fête la plus importante du quartier – un 14 juillet sauce épicée – aujourd’hui disparu, mais qui lui a permis une rencontre décisive. 

Alors qu’ils ont rencardé de nombreux groupes pour participer à cette soirée, au dernier moment tous annulent, sauf un. Ce groupe, c’est Les Guenilles, « des petits blancs avec des dreads » descendus de Serre-Chevalier. Forcément, au début, ils sont pris « de haut », mais l’ambiance tourne vite quand ils commencent à jouer. « C’était le feu. Je n’avais jamais vu des mecs sauter comme ça sur scène, ils nous ont tous calmés. » Dans ce groupe il y a un certain Julien Soupa Ju, avec qui elle va fonder Watcha Clan et, plus tard, une famille. 

© Charlie Kapagolet – Agence Jam Teery

Un coup de fil qui change tout 
Une quinzaine d’années plus tard, nous voilà sur la scène du festival Fusion à Berlin. C’est un des plus grands rendez-vous de musique underground et Watcha Clan y est programmé pour la troisième fois. Siska, qu’on appelle alors Sista Ka, est la chanteuse charismatique de ce groupe à succès, qui donne en moyenne cent concerts par an dans toute l’Europe. Mais si ce concert devait être formalité pour elle, ce soir-là, il se passe quelque chose : Siska a les yeux humides quand elle monte sur le plateau. 

Quelques minutes plus tôt, elle a eu sa fille au téléphone. Elle fête alors son premier anniversaire, loin d’elle, à Marseille. « J’ai craqué, je sentais que je loupais un truc. » Au moment de monter sur scène, sa décision est prise : Watcha Clan, c’est terminé. Paradoxalement, ce concert est selon elle une de ses meilleures performances, joué avec cette énergie d’une aventure qui touche à sa fin.

De l’énergie, il lui en a fallu toutes ces années passées sur la route. « Un soir on était à Istanbul, le lendemain en Alsace. » Chaque membre du groupe a ses petites astuces pour lutter contre la fatigue et la monotonie. « L’un c’était la prière, l’autre son instrument, et moi le yoga. » De ces années, elle en garde un souvenir vivace.« C’est une chose que ça marche musicalement dans un groupe. Mais après il faut vivre sur la route, dans la voiture. Et nous on était une vraie famille. »

Nomade à sédentaire
Quand vient le moment de tout arrêter, ce n’est pas si évident. Elle doit réapprendre la vie quotidienne, se sédentariser, faire ses courses… mais elle s’occupe de sa fille. Une petite qui jusqu’à présent appelait sa grand-mère « maman ». Cette nouvelle étape de sa vie va aussi nourrir son nouveau projet musical. 

Car si le groupe est terminé, l’envie de rejouer pointe très vite. « La musique ne s’arrête jamais, elle est toujours en toi, et puis il faut bien gagner sa vie. » Elle commence alors la composition de son album A Woman’s Tale, puis cinq ans plus tard de Mauvaise graine, dans lesquels elle raconte sa vie de femme, affiche aussi une sensualité qu’elle avait souvent cachée, peut-être due à son enfance passée dans les Quartiers Nord de Marseille, au Merlan.

Les paroles changent, la musique aussi ; comme dans sa vie, le rythme ralenti. Fini la jungle et la drum and bass de Watcha Clan, place désormais à une trip-hop lancinante empreinte de soul. Une musique qu’elle compose dans sa nouvelle maison, proche de la mer et des Goudes, loin des tumultes du centre-ville. 

© Charlie Kapagolet – Agence Jam Teery

Si au départ, elle souhaite couper avec ses anciens compagnons pour démarrer ce projet, elle comprend vite que Clément, du Watcha Clan, lui est indispensable. Frère de Julien Soupa Ju, il a intégré le groupe quand il en était à ses balbutiements. Très doué dans tous les styles de musique, Siska le présente comme un « cadeau des dieux ». Aujourd’hui, elle échange avec lui les morceaux qu’elle compose dans ce que cette docteure en économétrie appelle « son labo de recherche ». 

C’est dans ce studio à domicile que Siska termine actuellement la composition de son prochain album. Un retour à ses premiers amours reggae qu’elle écrit en pensant à son ami Joby alias Ras Jahby, personnage central du reggae marseillais décédé en 2021. Quand elle l’évoque, pour la première fois son visage toujours radieux s’assombrit quelque peu. C’est à ce moment que Krystle Warren arrive pour les balances de son concert qu’elle donne le soir-même à La Mesón. Siska doute qu’elle la reconnaisse, alors même que la chanteuse américaine a fait des chœurs sur son album. Humble, elle s’approche timidement vers Krystle qui la remet immédiatement. Un échange cordial a lieu, mais il est temps pour Siska de rentrer chez elle, retrouver sa maison et son quotidien de sédentaire, qu’elle tient aujourd’hui à préserver. 

NICOLAS SANTUCCI  

Carte blanche à Siska
Projection du film Le Premier Rasta
8 décembre
Les Variétés, Marseille

No Night In Zion
9 décembre

Siska & Cathy Escoffier
10 décembre
La Mesón, Marseille
lameson.com

La vie est une perpétuelle acrobatie !

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Dans ton coeur (c) Richard Haughton

On le sait, le quotidien n’est pas le fleuve tranquille de la fin des contes et leur « ever after ». Il y a la vaisselle, les enfants, les tracas familiers, le travail, l’entourage, bref, autant d’éléments avec lesquels chacun jongle comme il peut. Prenant l’expression au pied de la lettre, le metteur en scène Pierre Guillois a imaginé pour les artistes d’Akoreacro une narration sans temps mort qui évoque un univers urbain avec ses violences : une jeune femme fuit ses harceleurs qu’elle affrontera un jour lors d’une scène mémorable où elle endosse un rôle à la Bruce Lee et les défera.

Claire Aldaya, seule femme sur scène, joue, swingue, lutte, voltige avec un naturel déconcertant. Toujours au téléphone lorsqu’elle rentre chez elle (un appartement qui ne cesse de s’agrandir au fur et à mesure que sa vie familiale se remplit de nouveaux arrivants), elle s’élance en équilibre sur ses acolytes au sol qui semblent se transformer en marionnettistes. Tandis que les appareils électro-ménagers entrent dans la danse, le frigo se balance, la machine à laver s’illumine puis s’anime en une marche chaotique sur deux jambes. La musique suit ces acrobaties impossibles, commente, souligne, rend perceptible l’ironie ou le tragique des situations…

Des virtuoses

Peu à peu l’usure s’installe. Le couple amoureux après le coup de foudre mémorable qui l’a réuni sur une chaîne de montage à l’usine se sclérose dans les gestes répétitifs du quotidien, l’élan vers l’autre devient un automatisme, et au deuxième enfant, l’ennui sépare, les disputes éclatent, les deux amants vont chercher ailleurs, lui dans un cabaret, elle avec un autre collègue, après s’être envolée dans une baignoire emplie de mousse vers les cintres, puis nos protagonistes se rapprochent, entrent dans une danse étourdissante au trapèze volant.

Rarement on voit sur scène des artistes aussi complets, si ce n’est dans les formes contemporaines du cirque. Citons-les tant ils sont virtuoses : Claire Aldaya, voltigeuse, Romain Vigier, acrobate, porteur, Maxime Solé, acrobate, porteur, jongleur, Maxime la Sala, porteur cadre, Antonio Segura Lizan, voltigeur, Graig Dagostino, porteur, acrobate, Joan Ramon Graell Gabriel, porteur, acrobate. Aux qualités athlétiques s’ajoutent celles de la comédie, de l’expressivité. Quel éblouissement ! La salle du Grand Théâtre de Provence est conviée par les circassiens dans le hall afin d’être reconduite en musique par Vladimir Tserabun (contrebasse, violoncelle, basse), Éric Delbouys (batterie, percussions, guitare), Nicolas Bachet (saxophone, acrobate), Johann Chauveau (clavier, flûte).  

MARYVONNE COLOMBANI

Dans ton cœur a été donné le 7 décembre au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence.

Marianne et les autres

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Ces femmes qui ont réveillé la France (c)StephaneKerrad

On pouvait s’étonner à la lecture de l’affiche annonçant les représentations de Ces femmes qui ont réveillé la France : un ancien ministre, ancien président de l’Assemblée nationale, ancien président du Conseil constitutionnel, mais auteur aussi d’essais et de romans policiers couronnés de succès, se retrouvait sur le plateau. Jean-Louis Debré est l’auteur du texte initial, avec sa compagne à la scène comme à la ville, Valérie Bochenek, réunissant un florilège de portraits de femmes « qui ont bousculé et changé le destin de la France ». À travers ces vignettes plus ou moins développées, s’élabore aussi une vision de la république et de la démocratie.

Sur scène sont disposés des bustes de Marianne, un bureau de travail et un piano (Christophe Diès) qui égrène les mélodies composées par des musiciennes, Elisabeth Jacquet de la Guerre, Hélène de Mongeroult, Louise Farrenc, Nadia Boulanger et tant d’autres que notre époque a la bonne idée enfin de reconnaître. Un seul air joué ce soir-là, ne sera pas dû à une femme, La Marseillaise, qui vient compléter le portrait de la symbolique Marianne dont la naissance est expliquée avec humour par Jean-Louis Debré.

Certes, il ne s’agit pas de théâtre, il n’y a pas de distanciation entre l’homme et son personnage. C’est l’ancien homme politique qui parle, joue de sa familiarité avec les institutions et les personnalités qu’il a fréquentées. Même son ami de toujours Jacques Chirac a droit à sa parodie, ne parlons pas de celle de Giscard D’Estaing, de Nicolas Sarkozy, de François Hollande, d’Emmanuel Macron ou de sénateur cacochyme avançant à petits pas.

Douce ignorance

Au cours de cette conférence illustrée (un écran en fond de scène projette les portraits des personnes évoquées), défilent les femmes souvent trop peu connues qui ont osé exister hors des canevas qui leur étaient dévolus, et le travail n’était pas aisé ainsi que le souligne Jean-Louis Debré rappelant le projet d’une loi « portant défense d’apprendre à lire aux femmes » soumis par le révolutionnaire Sylvain Maréchal en 1801 invoquant la sensibilité propre au sexe féminin plus épanouie dans la « douce ignorance »…

L’écrivain se sent alors porté par une saine indignation et devient lyrique dans son évocation d’Olympe de Gouges, George Sand, Simone Veil, Colette, Marguerite Yourcenar ou Louise Michel. L’histoire étant écrite par les hommes, les femmes sont systématiquement oubliées constate-t-il, présentant les pionnières, Julie-Victoire Brès, première bachelière, Jeanne Chauvin, première avocate, Julie-Victoire Daubié, première médecin ou encore la duchesse d’Uzès (présidente-fondatrice de l’Automobile Club féminin de France), première à passer le permis de conduire et à avoir été l’objet de la première verbalisation pour excès de vitesse au bois de Boulogne un 7 juillet 1893 (presque 15 km/h au lieu des 12km/h autorisés « dans Paris et les lieux habités)…

Valérie Bochenek complète les propos du meneur de jeu, mime, chante (imite avec talent Barbara). Jean-Louis Debré narre avec humour et une admiration non dissimulée ces femmes qui ont pensé, agi, lutté pour que la devise de la France, Liberté, Fraternité, Égalité soit effective autant pour le sexe masculin que le féminin.  

MARYVONNE COLOMBANI

Ces femmes qui ont réveillé la France a été présenté du 6 au 10 décembre au Jeu de Paume, Aix-en-Provence.

Enfance de l’art

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On tend à oublier la richesse du répertoire choral français, et plus particulièrement du répertoire destiné au chœur d’enfants. Samuel Coquard, à la tête de la Maîtrise des Bouches-du-Rhône depuis vingt ans, le connaît sur le bout des doigts et sait lui rendre honneur. Fruit de nombreuses dates de concerts, le programme concocté par le chef de chœur autour du Requiem de Fauré sait exploiter les talents dont il s’entoure. 

En premier lieu, le jeune Lenny Bardet, soliste pour le moins prodigieux, qui fait du Pie Jesu de la pièce maîtresse un moment rare. Mais aussi le Chœur Asmarã et le baryton soliste Marc Scoffoni, qui s’empare avec une vigueur poignante du Libera Me.Et enfin l’organiste Emmanuel Arakélian, complice de la formation dont l’interprétation inspirée conjugue et fait le liant entre les différentes esthétiques. 

Tintinnabulement 
Le choix d’interpréter le Requiem dans sa version d’église confère au tout un caractère à la fois intime et monumental. Mais aussi une dimension baroque, dans le phrasé comme dans les textures, que le choix de mélanger chœur d’adulte et chœur d’enfant amplifie. Donné également dans sa version pour chœur et orgue, le Cantique de Jean Racine s’adosse avec grâce au Requiem. Tout en effets de transparence et d’équilibre, il fait entendre, dans le chant comme dans les lignes esquissées par l’orgue, des élans romantiques comme des teintes un brin plus atonales, ou du moins plus dissonantes. 

Ce sont ces teintes que les Litanies à la Vierge noire de Poulenc exploreront quelques décennies plus tard. Les harmonies s’y font plus tranchantes, les jeux d’orgue plus nasaux, et la pulsation plus diffuse. Le chœur ne fait cependant qu’une bouchée de ces difficultés techniques et s’empare avec précision et musicalité de ce chef-d’œuvre d’expressivité. Donné en conclusion de l’enregistrement, la pièce écrite spécialement pour la Maîtrise en 2021 par Marc Henric ne détonne pas. Presque un peu trop sage à côté des explorations polytonales de Poulenc, la sérénité modale de Melior est sapientia tire le meilleur des jeux de tintinnabulements explorés par l’orgue et les voix. Pour un résultat chatoyant et envoûtant.

SUZANNE CANESSA

Requiem de Fauré – Poulenc – Henric
Maîtrise des Bouches-du-Rhône
et Chœur de Chambre Asmarã
Klarthe

Prégnance coloniale

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© Philippe Delacroix

Mathieu (Charles Zevaco) et Kendy (Roberto Jean) se rencontrent le jour du concours de Sciences Po Paris. Le premier, banlieusard et fils d’un professeur d’histoire ; le second, Haïtien venu étudier en France. L’un réussit l’épreuve, l’autre est recalé. Ce qui n’empêche pas une amitié quasi-fusionnelle, une intimité dont le degré reste flou, de s’installer entre les deux jeunes hommes qui finissent par cohabiter. Mathieu est animé par un idéal progressiste, à la fois républicain et internationaliste. Kendy ne cache pas son ambition d’échapper à l’existence à laquelle l’assignent ses origines. Dans un dialogue permanent d’où transparaissent les certitudes de chacun, la perception de l’Occidental va se heurter à la réalité historique, politique et sociale dont le Caribéen est l’héritier. Leurs divergences larvées éclatent au grand jour quand Mathieu envoie tout balader pour s’investir dans une mission humanitaire en Haïti. 

Révolutions
À travers le récit passionné de son ami au téléphone, Kendy ne peut s’empêcher de voir la permanence des rapports de domination, plusieurs siècles après l’indépendance et l’abolition de l’esclavage, exercée par la France sur son ancienne colonie. Le Blanc sachant, bien que sincèrement altruiste, qui raconte les malheurs et dysfonctionnements – et croit pouvoir contribuer à les résoudre – de la pauvre île sur laquelle s’acharnerait le mauvais sort… Car bien que féru d’histoire, et semblant particulièrement au fait de celle de la Révolution française, Mathieu en ignore pourtant certains faits qui, à l’endroit de Kendy, et de la révolution de son propre pays, sont essentiels pour expliquer la situation actuelle de son peuple. Dans cette confrontation d’angles plus que de points de vue, les auteurs·trices Alice Carré et Carlo Handy Charles pointent les stigmates de l’histoire coloniale et esclavagiste dans le quotidien des Haïtien·nes. Mis en scène par Olivier Coulon-Jablonka, Kap O Mond tente de rendre possible l’écriture d’une Histoire commune, qui prône une forme d’égalité mémorielle.

LUDOVIC TOMAS

Kap O Mond a été joué le 30 novembre au Théâtre Joliette, à Marseille, dans le cadre des Rencontres à l’échelle.

La mélancolie est dans le lac 

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© X-DR

Extravagante miss météo sur Canal+ en 2010, fiancée à Guillaume Gallienne alias Jolitorax dans la quatrième adaptation des aventures d’Astérix et Obélix, fidèle amie du Colin de L’Écume des jours version Gondry, muse de Dior puis de Saint Laurent dans le biopic de Jalil Lespert, parisienne égoïste et irresponsable de la mini-série Cheyenne et Lola… À la télévision, au cinéma, dans le drame ou la comédie, Charlotte Le Bon n’a guère chômé pendant sa jeune carrière. Illustratrice, mannequin, animatrice, actrice, déjà auteure d’un court-métrage en 2008, Julith Hotel, la voilà scénariste et réalisatrice de son premier long, Falcon Lake, présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2022. 

Libre adaptation du roman graphique Une Sœur de Bastien Vivès dont l’intrigue se déroulait en Bretagne, la réalisatrice nous emmène au cœur des paysages familiers de son enfance canadienne : les Laurentides, au nord de Montréal, ressuscitant les fantômes de sa propre mémoire pour les superposer à ceux qui obsèdent déjà celle de ses jeunes protagonistes. C’est l’été. Bastien (Joseph Engel), 13 ans, presque 14, précise-t-il, son petit frère Titi (Thomas Laperrière) et leurs parents (Monia Chokri et Arthur Igual) viennent de France, invités par une amie d’enfance de leur mère québécoise (Karine Gonthier-Hyndman) à passer leurs vacances dans son chalet au bord du Falcon Lake. Elle y vit avec sa fille Chloé (Sara Montpetit) une ado de 16 ans, fascinée par la mort, qui voit, de prime abord, cette arrivée comme une intrusion, et dont Bastien tombe peu à peu amoureux. 

Hors du temps
Les adultes restent au second plan. Le film, épousant le point de vue du jeune garçon, se concentre sur la construction de cette relation sentimentale aux frontières mouvantes. Elle, plus mature, frayant avec des « vieux » de 18 ans, fumant et buvant. Lui, malhabile, ingénu, encore si proche de l’enfance. Tous deux se rencontrent dans une zone intermédiaire, oscillant entre d’innocents jeux platoniques et d’autres moins innocents excitant le désir naissant. La réalisatrice filme avec inventivité et pudeur, la distance fluctuante entre le corps de femme de Chloé et celui si frêle de Bastien, les gestes maternels de la jeune fille l’aidant à vomir, le lavant, tout en se glissant dans la baignoire avec lui. Les tâtonnements, les silences et un état de grâce, dans un été hors du temps. 

Séquence après séquence, dans une suite un peu répétitive, la caméra capture cette complicité non dénuée de cruauté de la part de la jolie adolescente. Chloé se sent seule. Bastien étranger au cercle dans lequel elle l’entraîne. Devenant presqu’invisible quand il les observe, acceptant d’être photographié en fantôme par celle qu’il aimerait hanter, se soumettant aux défis qu’elle lui propose. 

La tension monte
Le film s’ouvre sur le lac serti de forêts dans une lumière crépusculaire. À sa surface miroitante, flotte un corps qui semble sans vie. Est-ce un suicidé ? La victime d’un meurtre ? Le film sera-t-il un polar ? Le plan se prolonge, en apnée, jusqu’à ce que le présumé cadavre s’ébroue, bien vivant. « C’était pour de faux », comme disent les enfants. Jouer à se faire peur sera un des fils rouges de ce teen movie flirtant avec les codes du cinéma de genre, épouvante et horreur. On ne sait pas si les cris qu’on entend sont de joie ou de douleur. Un arbre mort et gris revient à l’écran. Chloé invente la légende d’un noyé tirant les nageurs vers le fond. La tension monte et l’angoisse plane sur ce lieu de villégiature paradisiaque. La musique anxiogène, peut-être un peu trop appuyée, égrène a minima les mêmes notes. 

Servi par le talent des jeunes comédiens qui expriment avec grande justesse le chaos sentimental et les pulsions des personnages qu’ils incarnent. Tourné en pellicule 16 mm, souvent entre chien et loup, nourri par les souvenirs et la culture cinématographique de sa réalisatrice, Falcon Lake est un récit initiatique qu’infuse une étrange mélancolie.

ÉLISE PADOVANI

Falcon Lake, de Charlotte Le Bon
Sorti le 7 décembre

Dying in America

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Angels In America © Thierry Laporte

Écrite en 1991 (éditions L’avant-scène théâtre), Angels in America a révélé le dramaturge américain Tony Kushner, lauréat du prix Pulitzer de l’œuvre théâtrale et deux Tony Awards pour cette pièce fleuve, qui a connu bien des adaptations. Parmi elles, un opéra du compositeur hongrois Péter Eötvös (2004) et une mini-série (2008) réalisée par Mike Nichols, avec Al Pacino et Meryl Streep. Pour le théâtre, après la mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman pour le Festival d’Avignon en 1994, et avant celle d’Arnaud Desplechin pour la Comédie-Française en 2020, existait la version d’Aurélie Van Den Daele, créée en 2015 à la Cartoucherie à Paris.
Celle qui constituait l’un des événements très attendus de la deuxième édition de la biennale Le Liberté + In&Out 2022, coorganisée par la scène nationale de Toulon et l’association niçoise Les Ouvreurs. Mais la durée annoncée, 4h30 avec entracte, pourtant loin des 7 heures de la pièce originelle, a visiblement refroidi les moins aventuriers. Pourtant Angels in America est une expérience théâtrale déroutante dans ses passages les plus aboutis. Alors que sévit le néolibéralisme reaganien, une épidémie, plus directement mortelle, tétanise les États-Unis. Roy Cohn, avocat aussi véreux qu’influent cumule les oxymores : homosexuel et homophobe, juif et antisémite. Malade du sida qu’il travestit en cancer du foie, il est hanté par le fantôme revanchard d’Ethel Rosenberg, qu’il contribua à condamner à la chaise électrique une trentaine d’années plus tôt. 
Également atteint, Prior, que son compagnon Louis quitte par lâcheté et non par désamour, est hanté par sa possible mort. Harper et Joe, couple mormon en déliquescence, finit d’exploser quand l’époux décide d’assumer son homosexualité. Autant d’individus paumés voire névrosés qui dépeignent une Amérique où les seuls rêves viennent d’hallucinations mystiques. La mise en scène détonante d’Aurélie Van Den Daele trouve sa puissance dans une dichotomie de l’espace, surlignant la dualité des personnages, l’ambiguïté de leurs sentiments et, au final, leur capacité à coexister dans une forme d’acceptation de ce qui semble une fatalité. Longuet, pesant, insuffisamment insolent mais étrangement captivant.

LUDOVIC TOMAS

Angels in America a été joué le 2 décembre au Liberté, scène nationale de Toulon, dans le cadre du festival Le Liberté + In&Out 2022.

Nue comme un verre
Le titre intrigue. Il ne pourrait pourtant être plus explicite. Je te chante une chanson toute nue en échange d’un verre est une performance certes osée mais on ne peut plus douce et bienveillante de Vanasay Khamphommala. Dans l’intimité de sa loge, l’artiste pluridisciplinaire fait choisir une chanson à son petit comité d’invité·es. Nous élirons Hallelujah de Leonard Cohen. L’interprète s’exécute, retirant ses vêtements, jambes croisées et ukulélé à hauteur du bas ventre. C’est au sortir du confinement que Vanasay a imaginé cette performance initialement jouée à domicile contre un repas. Réflexion conjuguée sur l’avenir incertain de l’expression artistique et l’enfermement du corps dans un genre assigné, ce numéro sans apparat offre un quart d’heure musical et d’échange dans la plus saine simplicité. L.T.

Liberté ballroom

Quand la scène nationale de Toulon s’immerge dans la culture voguing
Si beaucoup ont découvert l’existence du voguing grâce au tube de Madonna en 1990, cette discipline inspirée des poses et démarches des mannequins remonte aux années 1920. Pour en apprendre un peu plus sur ceux qui la pratiquent, le festival toulonnais proposait une conversation avec des figures de cette danse emblématique au croisement des communautés minoritaires noires, latinos, gay et transgenres aux États-Unis. Une occasion de comprendre la culture ballroom (du nom de la scène où les compétiteurs performent dans un mélange de défile de mode et de battle) et ses codes.
Et d’avoir en tête que, si le voguing s’est popularisé ces trente dernières années, il continue de véhiculer des valeurs politiques issues de la scène underground. Animée par l’artiste visuel et spécialiste Frédéric Nauczyciel, cette rencontre revient sur le parcours de Lisa Revlon. De sa première participation à un ballroom à la manière dont elle a imposé le voguing dans la ville de Baltimore. Également présent à cette soirée sous le signe de la Célébration, le danseur et maître de cérémonie de renommé internationale Matyouz Ladurée « mother » (chef·fe) de la « house » (à la fois groupe social et écurie sous la protection de la mother) qui porte son nom, première du genre à Paris. On comprend alors que le voguing, en plus d’être un espace de libre affirmation de soi, représente aussi une cellule de protection et de sûreté dans une société où les violences et discriminations à l’égard des LGBTQIA+ n’ont jamais cessé. Une fois les bases acquises par le public dont une partie a participé à un atelier pratique en début de soirée, le hall du Liberté se transforme alors lui-même en ballroom pour une démonstration conviviale de fierté et d’extravagance. Après le Mucem l’été dernier, une autre institution culturelle à dimension nationale ouvrait donc ponctuellement ses portes au voguing en région Paca.
L.T.

La soirée Célébration s’est déroulée le 3 décembre au Liberté.

L’art à portée de troc

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©Trocadance

Le principe de Trocadance : les œuvres sont exposées dans les 300 m2 du 52 de la rue de la République, et les visiteur·euses  séduit·es sont invité·es à formuler des propositions de troc, sur des post-it, qu’ils collent à côté de l’œuvre. À la fin, l’artiste choisi le troc avec lequel il va échanger son œuvre. Un resto en tête à tête avec une demoiselle admirative ? Une place en virage nord pour un match de l’OM ? Un T2 pour une semaine dans le IVe arrondissement ? Des bijoux ? Trois nuits dans un bungalow à Sanary ? Ou bien, proposé par des enfants lors d’ateliers scolaires, « une semaine gratuite dans l’hôtel où travaille ma mère… »  (« Et ta mère elle est propriétaire de l’hôtel ? -Non, elle fait le ménage… ») ou « ma maison contre votre œuvre » (« Et tu vas l’accrocher où le tableau si tu n’as plus de mur ? -On ira tous vivre chez ma grand-mère et je mettrais le tableau au-dessus de la télé »). 52 œuvres d’artistes sont proposées à l’échange dans cette dixième édition, qui ont été choisies sur des critères uniquement techniques (taille de l’œuvre, système d’accroche, espace disponible).

Droits culturels
À la manœuvre, c’est Marseille 3013. Un collectif d’artistes, de créatifs, de chercheurs et d’entrepreneurs, puis association créée pour prolonger la dynamique créée par le Off de Marseille 2013. Un collectif pour qui la culture doit toujours sortir des hiérarchies établies, et remettre les citoyen·nes au centre, dans le droit fil des « droits culturels ». Ces derniers sont inscrits depuis 2015 dans la législation – article 103 de la loi Notre (Nouvelle organisation territoriale de la République) – qui, à côté des droits sociaux et économiques, sont indispensables pour chaque personne. Démarche plus que participative donc, mais visiblement, la façon de faire de Marseille 3013 ne convient plus à la municipalité, qui, comme le dénonce l’association, vient de supprimer les 8000 euros de subventions qu’elle avait octroyé pour l’édition 2021(qui s’était déroulée pendant trois semaines).

Au programme
Cette dixième édition a donc lieu sur une seule grosse semaine, avec néanmoins un programme bien chargé. Car il ne s’agit pas seulement d’accrocher les œuvres sur les murs en attendant que ça se passe : il y aura trois jours de Trokakids, un loto de Marseillologie, avec « forcément, plein de cadeaux débiles à gagner », un thé dansant des voisins, avec René et Josy Marchetti, ambiance chansons françaises spécial 1950-70. Et des ateliers d’artistes divers et variés : ravi de la crèche, cyanotype, découpe laser, initiation peinture, sérigraphie, photo nature morte, dessin et impression végétale, portrait, initiation au fanzine… Le tout s’achevant par une soirée de clôture en musique (5€) avec le groupe Grumpys Pappés, suivi d’un DJ set worldwide signé SAAZ.

MARC VOIRY

Trocadance
Jusqu’au 17 décembre
52 rue de la République, Marseille
marseille3013.fr